LA SAINTETÉ GLORIFIÉE ET SERVIE PAR LES ETRES PRIVÉS DE RAISON
Non solum homines servlunl illi, sed et bcstice agri obtempérant. Judith. U. 5.
Ce ne sont pas seulement les hommes qui le servent, mais même les bétes sauvages.
Ce que Martial a dit par hyperbole, parlant de Vespasien, qu'il apprivoisait les liêtes féroces, on peut le dire à la lettre du bienheureux Jean de Vicence, dont la sainte éloquence ne touchait pas seulement les cœurs les plus endurcis, mais adoucissait même la férocité des bêtes sauvages :
Quos dccel esse hominum lali siib principe mores, Quijubel ingenium milius esse feris. (L. 1. epigr. 10.)
Le serviteur de Dieu, allant un jour de Brescia à Bologne, fut invité par un curé de village à adresser quelques paroles d'exhortation à ses paroissiens. Bien que fatigué du voyage, le Saint ne rejeta pas la demande. Il prêcha avec tant de zèle qu'autant il encouragea ce bon peuple à la vertu, autant il s'épuisa lui-même, si bien qu'il n'avait plus la force de poursuivre son voyage. En conséquence, il pria le curé de lui procurer une monture. Celui-ci s'excusa, alléguant qu'il n'avait qu'un cheval féroce et indompté qui no
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sentait pas plus tôt le cavalier qu'il se mettait à bondir et à ruer, jusqu'à ce qu'il l'eût jeté à terre. Le Saint le pria de le lui prêter malgré ce défaut; il espérait, disait-il, que Dieu, pour l'amour de qui il faisait ce voyage, l'aurait préservé de tout danger. Le curé, accédant à"sa demande, fait amener le cheval qui déjà se met à trépigner et à sauter. Mais le Saint, s'approchant, fit le signe de la croix sur le front de la bête : Que Jésus-Christ, le prince de la paix, t'adoucisse, lui dit- il. — Chose étonnante 1 dès ce moment, le cheval cessa de ce cabrer et devint extrê- -mement doux. 11 se mit même à genoux devant le serviteur de Dieu et resta très-docile tout le temps qu'il le porta.
Témoin d'un tel prodige, le curé fit présent du cheval au prédicateur qui s'en servit dans la suite à raison de ses infirmités; car jusque-là il avait toujours voyagé à pied.
La bête conserva toujours la même douceur et la même docilité ; il ne manquait jamais de s'agenouiller, quand le Saint devait la monter.
On se rappelle ici, non pas le bucéphale d'Alexandrele-Grand, mais la monture du suint pape Jean, laquelle se montrait indomptable pour tout autre et n'était docile qu'à la voix du Saint.
Notre bienheureux reçut des hommages à peu près semblables de la part d'un aigle. Il était allé prêcher dans une ville du Bolognais, quand un villageois, occupé à labourer son champ , voit descendre et s'arrêter sur un petit arbre un aigle d'une grandeur extraordinaire. Poussé par on ne sait quel sentiment, ce villageois, se tournant vers l'oiseau, lui cric d'un
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ton plein d'assurance : Reste-là, jusqu'à ce que j'aie terminé mon travail; car je vais te prendre pour t'offrir au bon père qui proche chez nous. — L'aigle, docile à l'injonction, attendit sans faire un mouvement ; puis se laissa prendre sans la moindre résistance. Le paysan le porta au Saint qui le reçut avec plaisir, le caressa et le rendit tellement familier que l'aigle le suivait partout, à la grande stupéfaction de tous ceux qui le rencontraient ou assistaient à ses prédications. L'aigle en effet suivait toutes ses traces, et quand le Saint allait prêcher, il se tenait à ses cfités, attentif et recueilli. Le Saint l'avait-il béni; il prenait joyeusement l'élan et semblait applaudir aux paroles du prédicateur. On conçoit combien ce spectacle devait disposer le peuple à profiter des exhortations du saint Apôtre, Dieu manifestant sa vertu par un symbole si frappant.
Le fait suivant n'est pas moins digne d'admiration. Le serviteur de Dieu était ami d'un gentilhomme de Padoue, qui avait chez lui une pie familière à qui il avait appris à parler. La pie jasait surtout, quand le Saint venaît chez son maître. Elle répondait à son salut et à certaines questions qu'il lui faisait, comme si elle eût eu l'usage de la raison. Or, il advint qu'un domestique glouton s'empara secrètement de l'oiseau, le tua et le mangea. Le jour même, le bienheureux Jean alla faire visite au gentilhomme, et s'élant informé de la pie, il apprit qu'elle était perdue et qu'on ne savait ce qu'elle était devenue. Le saint homme, (|ui sans doute le savait, se mit à parcourir la maison, eu disant : Ma chère pie, où es-tu? — En circulant ainsi, il rencontre le domestique qui l'avait
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dévorée. Une voix sortit en ce moment des eolrailles du coupable, et dit : Père, je suis ici, je suis ici. — Et cette voix raconta tout ce qui s'était passé. Pas n'est besoin de dire quelle fut la confusion du gourmand. La même voix se fit entendre plusieurs jours de suite, et une foule de personnes vinrent pour voir et entendre cette étrange merveille.
P. Dominic. Maria Marchcsius. In Sacr. Diar. /)omiîiîc. 2 julii. In \'iia D. Joan de Shio VicciU.