LXX.XVI" MERVi:iIJ,E
-'uUMULli MANSUETUDE SE CHANGEANT EN UN 2LLE PLEIN DE RIGUEUR.
Accipiet armntitram :,eluji ili'iiis ad ultioncm iiiimicorum. Sap. 5. 18.
Son zèle prendra des armes pour châtier ses enneuiis.
L'humilité et la mansuétude étaient si propres au séraphique saint François, qu'il a pu dire, à l'exemple du Sauveur : Apprenez de moi; car je suis doux et iiurable de cœur ; discite a me, quia mitis sum et hiimilis corde. (Matth. 1 1 . 29.) 11 y eut pourtant des occasions où il se monti-a très-sensible aux injures faites à son Ordre; c'est quand il en résultait du préjudice pour la gloire de Dieu et le salut des àmcs
Pour donner une idée de sa bénignité, je me con- 1cnte de dire que non-seulement il ne montra jamais k. «. II. ;U
la moindre humeur contre ceux qui le persécutaient, mais qu'il souffrait même paisiblement les iraportunités des insectes les plus fâcheux. 11 ne chassait pas les mouches qui s'attachaient à son visage; il les laissait de plein gré se nourrir de son sang. Lorsqu'il était à la Purtioncule, un bienfaiteur lui fit présent d'un agneau vivant, pour qu'il fit la pàque avec ses religieux. Le voyant si doux, François n'eut pas le cœur de le faire tuer; il lui donna au contraire le nom de frère et l'exhorta à vivre dans la communauté, sans trouliler les frères, et même à prendre part aux divins offices. Chose admirable! l'agneau, comme s'il eût été un être raisonnable, suivait la communauté à l'église pour la psalmodie, et s'y tenait fort tranquille. 11 saluait l'autel de la Vierge, en se mettant à genoux et en donnant quelque petit bêlement. A la messe, au moment de l'élévation, il s'agenouillait aussi comme pour l'adorer.
Le Saint prêchant un jour dans un village de l'Ombrie , une foule d'hirondelles se mirent à jeter des cris si perçants, que la prédication en était troublée. Les villageois, fâchés de leur 'impostunité, les voulaient chasser; le Saint les en empêcha; mais s'adressantàces oiseaux, il leur dit avec douceur : Hirondelles, mes sœurs, c'est mon tour à parler ; vous avez assez chanté ; taisez-vous donc et écoutez atlentivement just^u'à ce (}ue j'aie fini le sermon. — Elles firent soudain silence et cessèrent de se remuer jusqu'à la (in du sermon. Le Saint leur donna alors la bénédi.c-lion, et elles se mirent à redoubler leurs chants, comme pour applaudir à son discours.
Muis tout \)\c\n de béiiir.'iiité (ju'il élail. même enver.,
les êtres sans raison, il ne laissa pas quelquefois de se montrer sévère et rigoureux envers ceux qui faisaient la guerre à ses religieux. Voici un fait rapporté par de graves auteurs. Quelques prélats, on ne sait par quel motif, s'étaient concertés pour expulser et -anéantir rOrdre des Frères mineurs. A cet effet, ils coiivo- •juèrent un Concile de plusieurs évêques. Or, l'église dans laquelle ils se réunirent, avait de grandes verrières, où Ton voyait représentés saint Paul, tenant une épée à la main, et saint François, tenant une croix. La nuit, le sacristain crut entendre saint Paul dire à saint François : Que faites-vous? pourquoi ne défendez-vous pas votre Ordre? — François répondit : Que voulez-vous que je fasse? Je n'ai que cette croix en main, et elle m'invite à la patience. — Alors l'Apùtre l'engagea à ne pas tolérer l'injure qu'on faisait à sa religion, au grand dommage de la gloire de Dieu ; il l'exhorta à s'armer pour sa défense : Donnez-moi votre croix, ajouta-t-il, et prenez mon épée; elle vous servira au besoin.
Frappé de ces discours, le sacristain ne vit pas plus tôt paraître le jour, qu'il courut à l'église et vit de ses yeux que les deux images avaient changé leurs attributs. Saint Paul tenait la croix, et saint François, l'épée encore rouge de sang. Pendant qu'il réfléchissait tout ému sur ce qu'il voyait, il apprit que l'évêque qui avait été le principal auteur de ce triste dessein, avait été trouvé mort, la tète tranchée. Lui de son côté se mit à raconter la vision dont il avait été témoin et les discours qu'il avait entendus la nuit ; et en témoignage de sa véracité, il fit remarquer l'état des deux images, ce (jui causa autant de terreur que de surprise.
-iOO LXXXVII" MERVEILLE.
Ccsl ainsi que la diviue Providence permet que les Saints, qui ont été comme des agneaux dans leur vie pour souffrir toutes les injures, deviennent comme des l'ons pour protéger leux's enfants spirituels qui n'ont d'autres armes que ia prière. Dieu en effet a les yeux et les oreilles ouvertes pour exaucer leurs supplications. Il les laisse pendant un temps à la merci des trihulations ; mais il vient un jour où il sait aussi les en délivrer pleinement. Ocitli Domini super juslos, et aiires ejus in preces eonim. MiUtœ tribulationes jiistorum , et de his omnibus liberabit eos Dominus. (Ps. 33.)
Laurent. Surius. 4 Octobr. Vita S. Prancnci. — Chronic. fratr. minor. l. 9. cap. 36. — P. Anton. Dauroult. Cath. lus t. pari. 4, cap. 7. iil. 02.