‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 48 sur 54 · LES SOMGES SONT QUELQUEFOIS DES AVERTISSEMENTS DU CIEL · texte numérisé non relu

LES SOMGES SONT QUELQUEFOIS DES AVERTISSEMENTS DU CIEL

Audivit Deum per visioncm twctis vocantcin se. GENES. 46. 2.

II entendit Dieu qui l'appelait pendant une vision nocturne.

On lit dans la Genèse que Dieu a souvent révélé en songe ses desseins mystérieux aux patriarches Abraham, Jacob et Joseph. Il tient parfois la même conduite dans son EgUse, et il manifeste par le même moyen à ses serviteurs les secrets de sa providence. C'est ce

dont les annales ecclésiastiques nous offrent des preuves nombreuses. En voici une des plus récentes.

Catherine Godignez Sandoval , née d'une famille très-distinguée de l'Andalousie, était extrêmement fîère de sa beautés et de ses autres avantages naturels. En conséquence, elle refusa tous les partis que lui proposèrent ses parents, les estimant peu dignes d'elle. Un jour qu'elle se promenait dans ses appartements, elle fixa les yeux sur l'image du Crucifix, et ce regard lui changea le cœur et la remplit de saintes affections, selon ce que Notre-Seigneur avait dit à sainte Gertrude : Que ceux qui regarderaient avec piété son image, il les regarderait lui-même d'un œil de misélicorde. Pénétrée soudain d'une vive connaissance de son néant, elle conçut en même temps un ardent désir de se consacrer entièrement à Dieu, et se proposa dès lors de lui vouer sa virginité. Ses parents, ignorant cette disposition, continuaient de lui offrir toute sorte d'alliances. Les prétendants affluaient à cause de sa rare beauté; pour elle, jalouse d'échanger son palais pour un monastère, elle sollicitait instamment ses parents de consentir à son départ ; et quand elle sortait, c'était sans parure aucune et avec une toilette négligée, espérant de refroidir ainsi l'ardeur des prétendants. Mais comme sa beauté contrariait son désir, elle tâcha de la ternir par des jeûnes et des macérations secrètes. Comme sainte Agnès, elle se disait : Périsse le corps qui peut plaire à des yeuxprofanes. Pereat corpus quod amari potest oculis qiiibus nolo. (S. Arabros. 1. 1 . de Virg.)

Cependant ses parents moururent, et elle se trouva libre de disposer de sa personne et de ses richesses.

Il ne lui restait plus qu'à faire clioix de l'ordre religieux. Dieu la tira d'incertitude au moyen d'une vision. Une nuit, il lui sembla dans un songe qu'elle marchait, par un sentier étroit et rocailleux, entre deux précipices, en sorte qu'àchaquç pas, elle risquait de rouler dans un abîme, ce qui lui causa une sueur froide. Mais elle vit venir à elle un frère carme déchaussé, qui lui dit d'un air serein : Venez avec moi, ma sœur, je vous conduirai sûrement. — Et l'accompagnant, il la conduisit dans une grande maison où se trouvaient grand nombre de religieuses qui tenaient chacune un cierge en main. Catherine les regardant attentivement, leur demanda de quel ordre elles étaient. Mais au lieu de répondre, elles gardèrent le silence et levant leurs voiles, elles lui montrèrent un visage épanoui et un sourire modeste. La mère prieure la prit alors par la main et lui dit : Ma ûlle, je vous choisis aujourd'hui pour être notre compagne; puis elle lui présenta à lire un petit livre : Considérez attentivement ces constitutions et ces règles, lui dit-elle, parce que vous devrez les garder. — La jeune personne les lut, et ferma le livre.

C'est en ce moment que, s' éveillant de son songe, Catherine revint à elle-même. Une joie sensible lui fit goûter alors queltjue chose des délices du paradis. Pendant qu'elle avait les règles toutes fraîches dans sa mémoire, elle les écrivit en fort beaux caractères. Mais elle ne savait encore de quel institut ces religieuses étaient membres. Enfin s'entretenant de ses desseins avec un père de la Compagnie de Jésus, elle lui mit sous les yeux les règles en question, ajoutant que si elle connaissait l'ordre où on les observe, elle y entrci»

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rait sur-le- champ. — EIi bien! lui répondit le père, ces constitutions et ces règles , ce sont précisément celles des monastères que la mère Térèse de Jésus est occupée en ce moment à fonder.

11 ne lui en fallut pas plus pour se décider. Elle écrivit sans i^etard à sainte Térèse, pour lui offrir de fonder un couvent dans sa terre de Veas, la suppliant avec les plus chaleureuses instances, de venir en personne y mettre la main et la recevoir au nom lire de ses filles. L'exécution éprouva certains délais à cause d'une foule d'obstacles qui surgirent. Mais enfin, toutes les diflîcultés ayant été aplanies, sainte Térèse se transporta à Veas avec six religieuses de sa réforme, et y fonda une nouvelle et sainte colonie du Carmel. Elles y furent accueillies comme des anges descendus du ciel. Catherine , à la première vue, les reconnut pour les religieuses qui lui étaient apparues en songe , et la mère Térèse était celle qui l'avait choisie pour son institut. De plus , apercevant dans leur compagnie un frère déchaussé, nommé Jean de la Misère, elle assura que c'était celui-là même qui était venu à sa rencontre et qui l'avait guidée dans ce sentier étroit et périlleux, où elle marchait entre deux précipices.

La joie que ressentit la pieuse fille à cette rencontre lie saurait s'exprimer. Elle consacra ses grandes richesses à l'érection du nouveau monastère, auquel on donna le nom de saint Joseph du Sauveur. E]lle y entra pour y vivre, non comme fondatrice, mais comme servante de toutes. Elle se voua si parfaitement à l'amour du céleste Epoux, et le servit toujours ^vcc une pureté et une ferveur si grandes, qu'elle justifia

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à merveille le nom qui lui avait été donné de Catherine de Jésus.

Nous pouvons donc comparer la merveilleuse vocation de celte heureuse Vierge à celle du jeune Samuel. L'un et l'autre furent appelés pendant le sommeil au service du Seigneur; et leurs songes, pour me servir de l'expression de saint Augustin, étaient aussi clairs que les pensées de l'homme qui veille. Tant felicia crnnt somnia dormienilum, qiiam vila vigilantium. (L. 5. Contra Julian.)

P. Franciscus Ribeia. S. J. Viui S. Teresiœ. l. 5. cap. ù. el aliis vùis ejusdem.

LXXXVllI'' MERVEILLE.

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