CHAPITRE V
On désigne, eu général, par sécrétion Ja coiifection d'un fluide donl les matériaux sont fournis par le sang, notamment par le sang artériel.
Le mot sécrétion dérive du latin secernere^ séparer^ parce que les appareils sécréteurs séparent^ extraient du sang les matériaux de certainei) humeurs qu'ils fabriquent , et dont les noms sont aussi variés que les usages.
Chose surprenante , et dont Texpiication fera toujours le désespoir de la science! les hiuneurs sécrétées sont autant de produits différant du sang par leurs propriétés chimiques, contenant des substances dont le liquide n'offrait aucune trace avant d'avoir traversé les organes sécréteurs; d'un autre côté, l'urée, le lait et la bile ayant été trouvés dans le sang après l'ablation des reins , de la glande mammaire et du foie, 1ns expérimentateurs ont cru pouvoir avancer que le sang contient tout formés les éléments des fluides qui doivent être sécrétés par des organes spéciaux. Les savantes disputes qui ont eu lieu à ce sujet n'aboutissant à prouver qu*nne seule chose , notre ignorance , nous nous bornerons à dire que le triple but des fonctions sécrétoires paraît être de produire certaines humeurs
208 FONCTIONS NITTRITIVES.
nécessaires au jeu des organes et de débarrasser le corps des molécules organiques élirainées par le mouvement de décomposition nutritive; |)uis, de dépurer les humeurs, et particulièrement le sang, des substances nuisibles qui peuvent y avoir été importées par l'absorption.
Parmi les humeurs sécrétées, les unes sont vei'sées dans des cavités qui ne comniuniquent pas au dehors , et sont ensuite reportées dans le torrent de la circulation; tels sont les fluides qui lubrifient les membranes séreuses et synoviales : on les nommait autrefoi:s fluides récrémentitieb. I^s autres, matériaux déjà exploités et devenus impropres à l'assimilation, sont expulsés du corps, comme l'urine et la sueur : ce sont les fluides dits excrémentitiels* Enfin, on donnait le nom barbare de fluides récré-mentO'€XCT^mentitiels ou excrémento^récrémenlitieh à ceux qui se trouvent en partie résorbés, en parlie expulsés, tels que la salive, la bile, etc. A ces dénominations horriblement savantes et peu exactes, nous substituerons la classification basée sur les appareils, qui divise toutes les sécrétions en perspiratoires ou exhalations^ en sécrétions folliculaires y et en sécrétions glandulaires.
% !• ISéerélion» perspiraloires ou Exhalations.
On nomme ainsi des fonctions encore peu connues, par lesquelles des fluides sont versés, sous forme de rosée, à la surface de la peau et des diverses membranes, ainsi que dans les mailles du tissu
cellulaire. Les exhalations paraissent se faire par une sorte de transsudation vitale des fluides à travers les parois des vaisseaux capillaires artériels. Les exhalations séreuse, synoviale et cellulaire sont dites internes j parce qu'elles ont lieu dans des cavités closes de toutes parts; Texhalation cutanée est qualifiée externe , ainsi que Texhalation muqueuse, qui communique avec l'extérieur.
Exhalation séreuse. — Les memhranes séreuses produisent à leur surface une abondante exhalation de sérosité. Cette sérosité , partout identique et analogue au sérum du sang , constitue la partie la plus aqueuse des matières animales. Elle a poqr usage d'entretenir le poli des membranes séreuses ety par là , de faciliter leur glissement ainsi que le uiouvement des organes sur lesquels elles se déploient en les enveloppant de toutes parts. C'est l'épanchement anormal de ce fluide qui constitue les hydropisies y ainsi que les phlyctènes ou vésicules produites, soit par les brûlures, soit par l'action des ^ésicatoires.
Exhalation synoviale. — Les capsules ou enveloppes synoviales ont la plus grande analogie avec les ïïiembranes séreuses proprement dites. Elles tapissent les articulations mobiles, forment des gaines à quelques tendons, et se rencontrent sous certaines aponévroses où elles reçoivent le nom de bourses synoviales. On pense à tort que les franges seules qui flottent dans ces capsules ont pour usage de sécréter ^^ synovie, humeur offrant de la ressemblance avec le blanc d'œuf, et dont la viscosité favorise le jeu ^es parties en les rendant plus glissantes, comme
Mt PONCTIOIIS nUTftlTtTES.
l'buik Sivorise \m rotation d'une porte mr ses gonds.
Exhalation cellulaire. -^\jts physologittes dm- JieAt cette exhalation en séreuse et en adipeuse^ selon qu'elle s'opère dans le» mailles dn tissu cellulaire lamelleux^ répandu dans tout rorganisme , ou dans les yéstcttles du tissu adipeux, ainsi nommé ^ du Iftiin oàqi^s ( graisse) , parce qu'il produit cette substance longtemps regardée comme un principe ii^médiat des animaux. V exhalation cellulaire sereûsej analogue à la lymphe et à la sérosité du sang, a pour destination d'humecter la trame du tissu cellulaire et d'en entretenir ainsi l'élasticité et la souplesse. De Vexlialation adipeuse résultela graisse, «latière moUe, constamment composée de deux priftcipes : l'un solidifiable ou stéarine ; l'autre H» quide, analogue à l'huile, et, pour cette raison, appelé ilaïne. Généralement abondante chez l'enfant et la femme, dans les constitutions lymphatiques et saisines, ainsi que chez les peuples du Nord, la graisse a de nombreux usages : elle sert à la nutrition ; elle entretient la température du corps ; eUe émousse la susceptibilité nerreuse; elle garantit nos organes contre la violence des chocs, en formant une sCMTte de conssin; enfin, joignant l'agrément à Tutilité, elle embelHt les formes par les contours gra*» cieux qu'elle produit.
Qu'cm mni» permette ici ime courte digression sur la maigreur et l'obésité.
Ne confondons pas la maigreur arec Vama^Hssê' ment. La ma^reur est' l'état d'un individu nejouis- •atit pa» du degré d'embonpoint que présentent la plupart de ceux qui se trouvent dans les mêmes con-
DES SÉGRÊTIOffS. 211
dirions ; elle n*est pas incompatible avec la santé ; tandis que V amaigrissement tient presque toujours à un état maladif; son dernier degré constitue le marasme y Vétisie*.
Le nom d'obésité se donne à un excès d'embonpointy qui rend Tindividu lourd et disgracieux. Vohésité diffère essentiellement de la pléthore ou constitution pléthorique, dont les principaux symptômes portent sur l'appareil circulatoire sanguin.
Entre les individus maigres et les individus obèses^ se trouvent les personnes suffisamment grasses; ici, un juste milieu est chose généralement désirable. Est'On par trop maigre, le meilleur moyen pour engraisser consiste d'abord dans un régime aliaientaire approprié. Ainsi , à déjeuner : potages aux pâtes , côtelettes , bifteck aux pommes de terre, œufs, purées de légumes, chocolat. A dîner : soupe Ou potage , pain frais , viandes rôties , mets aux riz, toacaroni, pâtisserie, crèmes, charlotte; on évitera tous les acides, on sucrera les fruits cuits, on pourra n^anger une assez grande quantité de raisin, en ^yant soin de jeter les pellicules. La bière mérite I9 préférence pour boisson habituelle. A ces moyens, il faut joindre Tair pur de la campagne , le calme de l*âme, de courtes promenades, le sommeil assez Prolongé (de dix heures du soir à sept heures du ^atin), des vêtements aisés mettant suffisamment à ï'abri des variations atmosphériques.
^ Une diarrhée continue peut, en trois Jours, enlever à nn individu les ^^x-dixièmes de son poids. En fait d'amaigrissement par abstinence, la perte ^^ quatre-dixièmes du poids total du corps est la limite au delà de laquelle ^Ut animal trouve inévitablement la mort.
242 FONCTIONS NUTRIXITES.
Dans le cas où Ton aurait atteint une obésité incommode , le bon sens réclamerait un régime tout différent : il consisterait à diminuer peu à peu l'alimentation et le sommeil , tandis que Ton augmenterait l'exercice musculaire ( gymnastique, équitation y natation , chasse ). Quant au choix des aliments j on ferait usage d'un peu de pain de seigle, qui est moins nourrissant et plus laxatif que celui de froment; les potages seraient préparés à la julienne, aux légumes verts, à l'oseille surtout. Parmi les viandes, on donnerait la préférence au bouilli, au Veau et à la volaille. Point de fécule , ni d'œufs^ ni pâtisserie d'aucune sorte. Pour boisson habituelle : un mélange d'eau et de vins blancs légèrement:> acidulés , tels que ceux de l'Anjou , et encore mieu?^ du cidre. Brillât-Savarin recommande aux personnei==i obèses de fuir la bière comme la peste , et en mêmci^ temps le vinaigre pur comme un poison. Pour plufc== amples détails sur le traitement préservatif ou curatitf de la maigreur et de l'obésité , consulter le diction — nuire des substances alimentaires ^ inséré ci-dessus^ au chapitre Digestioiî.
Exhalation muqueuse. — Toutes les membranes^ dites muqueuses sont le siège où se confectionne le mucus, humeur visqueuse, analogue au mucilage végétal , mais dont elle diffère par l'azote qu'elle renferme. Nous avons dit que les produits de l'exhalation séreuse sont partout identiques ; ici, c'est le contraire : le mucus, en effet, présente certaines différences, selon qu'il est fourni par la bouche, par les narines , par les oreilles , par la trachée-artère ou par les intestins. Cette couche visqueuse.
DBS SÉCRÉTIONS. 213
enduisant la surface des membranes , diminue le contact nuisible des corps étrangers atissi bien que leur frottement réciproque. Nous avons vu précédemment l'utilité de ce fluide dans les différents points du canal digestif.
Exhalation cutanée. — Une exhalation aqueuse, acide, salée et odorante a lieu à travers les pores de la peau, dont nous renvoyons la description à YJppareil du Toucher, Ce fluide est-il vaporisé à mesure qu'il se forme, on l'appelle transpiration insensi^ ble; se condense-t-il en gouttelettes , on lui donne le nom de sueur. La chaleur , les boissons excitantes et diapho rétiques, l'exercice, ainsi que la gaieté, favorisent ce dernier effets qui coïncide avec l'activité de la circulation.
L'exhalation cutanée se produit en raison inverse des autres sécrétions, particulièrement de la sécrétion des reins : plus on sue, moins on urine, et vice versa. Cela explique pourquoi la quantité de liquide urinaire excrétée en hiver est bien plus abondante qu'en été. Par une disposition analogue et toute providentielle, la perspiration pulmonaire augmente précisément sous l'influence du froid, afin de venir suppléer à la diminution de la perspiration de la peau.
On concevra bien l'utilité delà sécrétion qui nous occupe , en songeant qu'elle est un grand moyen de dépuration ; qu'elle sert à maintenir la température propre du corps , et qu'elle favorise la guérison d'un grand nombre de maladies. C'est grâce à la matière odorante de la sueur que le chien peut suivre la trace du gibier et retrouver son maître longtemps même après l'avoir perdu. Quelques physiologistes
214 PONCTIONS NUTRlTIfES.
ont avancé qu'on peut , dans certains cas , attribuer la sympathie à la qualité de la transpiration.
— On a donné le nom de suette à une maladie épidémique, d'apparence pestilentielle, qui débuta en Angleterre vers la fin du xv"" siècle, et qui, pendant quarante ans , parcourut plusieurs autres États de l'Europe. Une sueur continue, excessive et d'une odeur fétide, en était le principal symptôme. Cette ter* rible affection rie durait guère que vingt-quatre heures, et se terminait presque toujours par la mort. De nos jours, la suette simple ou miliaire n'exerce plus les mêmes ravages.
5 n. Sécrétions folllealaires.
Ce sont celles qui s'opèrent dans un nombre in« fini de petites ampoules, cachées dans l'épaisseur des membranes muqueuses et de la peau, à la surface desquelles leur orifice verse le fluide sécrété. Nous avons vu précédemment que les papilles fongueuses de la langue , ainsi que les amygdales et quelques autres parties, sont considérées comme des amas de follicules ou cryptes.
La sécrétion des follicules muqueux est analogue à l'exhalation muqueuse : aussi , ces deux produitsi^ étaient-ils confondus par les anciens sous le nom de^ phlegmCy de pituite, de glaires , comme ils le sont de-^ nos jours sous celui de mucus.
La sécrétion folliculaire de la peau présente des différences notables : tantôt c'est une humeur huileuse , très*abondante chez certains individus ; tantôt
mss sftCRtnoMt. M5
c'est le cérumen , matière grasse et jaune , dont Tac* cumulation dans le conduit auditif externe peut produire une surdité facilement curable ; parfois, c'est une matière concrète qui forme sur la figure ces points noirs appelés tannes, lesquels sont toutsim* plement des follicules distendus par une sécrétion anormale, et non des vers de peau, comme l'affirme le vulgaire ignorant.
§ III. Sécrétions glandnlalres.
Les sécrétions glandulaires y au nombre de huit, ont lieu dans des organes parenchymateux, pourvus» au moins, d'un canal excréteur. Ces organes lobu* leux, appelés glandes^ sont une masse compacte et mollasse, composée de granulations d'où naissent de« conduits qui se réunissent, comme les racines d'un arbre, pour former un tronc par lequel le produit de la sécrétion est versé au dehors, soit immédiatement, soit après avoir séjourné dans un réservoir. Les glandes reçoivent des vaisseaux sanguins qui Jes traversent et les matériaux de leur nutrition, et ceux qu'elles élaborent afin d'en former le produit animal qu'elles ont pour destination de fabriquer. Comment agissent-elles? On l'ignore : leur élabora* tien moléculaire échappe aux plus savantes inves- ^gâtions. Toutefois, il est rationnel d'admettre que les phénomènes qui ont lieu dans leur tissu inextri«> Cîable appartiennent à la fois à l'ordre chimique et k l'ordre vital. C'est, du reste, l'unique moyen de concilier l'école matérialiste et l'école apiritualiste 9 dont
216 Fo^(:TlONS nutritives.
les prétentions exclusives nous sembleraient hors de la vérité.
Parmi les sécrétions glandulaires , quatre appartiennent à des appareils spéciaux : ce sont les sécrétions lacrymale^ spermatique y ovariqne et laiteuse ; les quatre autres sont affectées au seul appareil digestif: ce sont les sécrétions salwaire, pancréa» tique^ biliaire et urinaire. Consacrons quelques pages à l'étude de cette dernière, que nous avons à peine mentionnée jusqu'à présent.
Appareil sécréteur de l'urine.
Les reins , les uretères , la i^essie et le canal d^ l^urèthre constituent l'appareil destiné à la sécrétiocr urinaire. Ici nous allons trouver six pièces essen — tielles ; deux organes sécréteurs , deux canaux affé — rents^ un résers^oir et un canal excréteur.
Reins. — Ces deux glandes, vulgairement appelées rognons chez les animaux , sont l'usine vivante ov^ se confectionne l'urine. Situés profondément dani9 la région lombaire, sur les côtés de la colonne vertébrale, derrière le péritoine, l'un à droite, l'autre à gauche , les reins se trouvent enveloppés d'un^ tissu cellulaire graisseux très-consistant. Leur formel est celle d'un ovoïde, comprimé sur deux faces et^ échancré sur son bord interne, ce qui la rapproche^ de celle d'un haricot.
Cette échancrure, ou scissure des reins, reçoit* les vaisseaux et les nerfs qui vont porter la vie dans^ l'organe.
Plus consistant que celui des autres glandes, le-^ parenchyme rénal apparaît composé de deux subs*
tances distinctes : Tune, extérieure et brunâtre, appelée corticale, parce qu'elle enveloppe la glande comme une écorce; l'autre, d'un rouge pâle, dite substance tuhuleuse ou mamelonnée. Cette dernière, dont le tissu est plus compacte , semble formée d'une multitude de canaux déliés, réunis en faisceaux conoïdes, nés de la substance corticale. Ces faisceaux se terminent par des mamelons qui font saillie dans les calices , petits entonnoirs continus avec le bassinet, ou partie évasée de l'uretère.
Uretères. — On nomme ainsi deux longs canaux membraneux, cylindroïdes, recevant l'urine de chaque bassinet ou infundibulum, et la portant dans la vessie, réservoir commun des glandes rénales. Ces conduits afférents et non pas excréteurs^ comme les appellent à tort quelques anatomistes, descendent iNin à droite, l'autre à gauche de la colonne vertébrale, entre le muscle psoas et le péritoine, dont ils Sont recouverts; puis, parvenus dans l'excavation du l>assin , ils gagnent les côtés de la vessie , traversent obliquement l'épaisseur de ses parois , et s'ouvrent dans son bas-fond, aux angles postérieurs du trigone "^ésical.
Vessie. — Ce réservoir de l'urine est \\\\^ poche ^usculo-membraneuse, située dans l'excavation du l^assin , derrière le pubis , au-dessus duquel elle fait ^^illie quand elle est pleine. En devant, une expansion fibro - celluleuse (^ligament antérieur) fixe la "^^ssie à la symphyse pubienne ; des replis du péritoine {ligament postérieur) l'unissent en arrière au **^ctum chez l'homme, à l'utérus chez la femme. La cavité de cet organe présente inférieurement
216 rONGTIONS NUTRITIVES.
et postérieurement une dilatation appelée bas^fond, où se trouve l'orifice des uretères, et, en avant, l'ouverture du col y lequel se continue avec le canal de l'urèthre. C'est à l'espace triangulaire compris entre ces trois ouvertures qu'on a donné le nom de trigone vésical.
Comme le tube intestinal, la vessie est composée de trois membranes superposées : une séreuse oa péritonéale, qui est externe; une musculeuse ou. moyenne ; une interne ou muqueuse.
Urèthre. — Le canal excréteur de Turine a che& l'homme une longueur de neuf à douze pouces; pen-* dant le repos, sa direction figure une sorte d'S. Oa lui distingue trois portions : \di portion prostatique, voisine de la vessie, longue de quinze lignes ^et tra— versant la glande proState ; la portion membraneusey rétrécie , longue d'une dizaine de lignes , et séparées du rectum par du tissu cellulaire seulement; pui ]a portion spongieuse, étendue de la symphyse pubienne jusqu'à l'extrémité du gland.
Chez la femme , le canal de l'urèthre n'a qu'un pouce de longueur, et n'offre qu*une légère courbure. Sa largeur et la dilatation dont il est susceptible rendent pour ce sexe l'opération de la lithotritie bien plus facile et moins grave.
De l'Urine.
L'urine est le produit de la sécrétion des glandes rénales , transmis par les uretères dans la vessie, d'où il est expulsé par le canal de l'urèthre. D'ordinaire, Vurine de la digestion se présente sous l'aspect d'un liquide transparent et d'un jaune citrin. Elle
VÊS sÊGBinofis. 319
a. uine saveur salée, un peu acre, et une odeur parti* culière qui devient ammoniacale par la putréfaction ; elle rougit Tinfusum de tournesol. Chez Tadulte, d'après Berzélius , Turine est composée en grande partie d'eau , contenant de Turée , de Tacide urique» d^ i'acide lactique, du mucus , du lactate d'ammoniaque uni à des matières acides y des sulfates de potasse et de soude , des phosphates de soude tt d*ammoniaque , des phosphates terreux avec un ^tome dechauxy de silice, d 'hydrochlorate de soude ^t: d'ammoniaque. Enfin , d'après les expériences ^*autres savants chimistes , ce liquide renfermerait ^^core des acides phosphorique et carbonique à ^^état libre. Abandonné à lui-même, il dépose de **acide urique au bout de quelques heures; plus ^^^rd , l'urée se décomposant , il devient alcalin et ^omie un nouveau dépôt composé d'urate d'ammoniaque, de phosphate de chaux et de phosphate ^mmoniaco-magnésien. On conçoit, du reste, que les propriétés physiques et chimiques de cette sécrétion si complexe doivent varier selon la nature et la cjuantité des boissons ingérées, et suivant l'état dans lequel se trouve le corps, soit en santé, soit en maladie. Dans diverses maladies, l'urine rendue se trouble promptement, et elle offre des phénomènes variés : tantôt il apparaît à sa surface une pellicule, formée de mucus et de différents sels ; tantôt elle présente à sa partie supérieure un nuage, qu'on appelle énéorème quand il reste en suspension au milieu du vase; tantôt enfin elle forme un sédiment ^ un dépôt plus ou moins considérable, ce qui a lieu aussi en santé, quand on est resté longtemps sans boire,
OU qu'on a eu une abondante transpiration. Par opposition, Xurine de la boisson, c*est-à-dire l'urine rendue peu de temps après que Ton a bu, est pâle et limpide, offrant de la ressemblance avec l'urine cme expulsée après une crise nerveuse.
Ajoutons que la térébenthine, prise à l'intérieur, communique aux urines l'odeur de la violette, tandis que les asperges lui en donnent une des plus désagréables.
C'est à tort que le vulgaire affirme avoir vu de l'urine laiteiis€y c'est-à-dire contenant du lait : l'aspect blanchâtre qu'elle offre parfois n'est dû qu'à une proportion plus grande de phosphate, ou de son mélange avec du mucus ou du pus.
— Les pathologistes appellent diurèse la sécrétion abondante de l'urine; dfsurie, son émission douloureuse ; strangurie, celle qui ne se fait que goutte à. goutte; ischurie ^ celle qui est impossible; énuré" sie, celle qui a lieu involontairement. Eu égard à l'altération de ce produit excrémentitiel , ils on* désigné par albuminurie une modification parti^ cuiière des reins, dans laquelle ces glandes sécrètent, contre l'ordinaire, de l'albumine; et, par hématurie, l'altération de l'airine entremêlée d'un^ certaine quantité de sang, lequel peut provenir du canal de l'urèthre, de la vessie ou des reins.
Parmi les nombreuses affections des voies urinai* res , il en est une , heureusement assez rare , daï^^ le siège et les causes sont obscures, les symptôme ^^ irréguliers , la marche lente et la terminaison ^^ plus souvent funeste ; on lui a donné le nom de d^^' bète, d'un mot grec qui signifie passer à trave^^
DBS SÉCRÉTIONS. 221
ette singulière affection est caractérisée par une Ligmentation excessive de rurine, laquelle se trouve lus ou moins chargée d'une matière sucrée, ana- >gue au sucre de raisin. La faim et la soif extrêmes ûntes à l'amaigrissement qui se manifeste d'ordiaire dans le diabète sucré, ont fait présumer que î sucre se forme dans Testomac aux dépens des ibstances alimentaires, et que les reins se bornent à éliminer du sang. Quoi qu'il en soit de cette trans- >rmatiou organique et vitale, dont la cause nous ^happe, le traitement des diabétiques , bien simplié depuis quelques années, consiste dans Tadminisation des opiacés, et principalement dans la priition des substances alimentaires susceptibles de 'oduire du sucre. Ainsi , pas de pain ordinaire, is de laitage; rien de sucré ni de féculent; au >ntraire , viandes fortes et toniques associées aux gumes herbacés et au pain de gluten. Ce régime ivra être exactement suivi pendant plusieurs mois, Lsqu'à entière guérison, et repris du moment où affection semblerait reparaître, (^o/r l'article Pain.) Quant à la néphrite ou inflammation des reins, le est le plus souvent produite par la présence de ilculs , soit dans l'uretère , qu'ils obstruent , soit ans le rein lui-même. Les chirurgiens qui embaulèrent le corps du maréchal deTurenne, ne lui cuvèrent (\aun seul rein, anomalie assez rare.
Mécanisme de la sécrétion urinaire*
Nous avons vu que les reins sont les laboratoires i\ants où se fabrique l'urine. Sécrété par la subs» lïice corticale de ces deux glandes , le liquide ex-
222 FONCTIONS mJTRtnVES.
crémentitiel est filtré par la substance tubuleuse; puis, versé goutte à goutte dans les bassinets , qui le transmettent aux uretères. Ici , favorisée dans son cours par la direction presque verticale des canaux afférents , par l'action tonique de leurs parois , par le battement des artères voisines, enfin par les mouvements du diaphragme et des intestins , Turine descend peu à peu , et arrive dans la vessie par un suintement continuel. Quelle admirable perfection n'offre pas ce réservoir, qui peut se replier, se distendre même, sans que le liquide contenu soit exposé à refluer dans les deux uretères ou à s'échapper par le canal de l'urèthre ! Toutefois , dès que la vessie contient une certaine quantité d'urine , une sensa — tion désagréable vient nous avertir du besoin d^ l'expulser. Aussitôt , la volonté intervenant , les re — leveurs de l'anus se relâchent, tandis que les muscle ^ abdominaux se contractent avec force. Les premier» laissant alors le passage libre , et les seconds exer*— çant une pression sur le réservoir dont la tunique musculaire se contracte aussi , le produit excrémen — titiel se trouve chassé au dehors. Vers la fin d^ l'émission , les muscles du périnée viennent donne::^ une sorte de coup de piston , afin d'expulser ce qu reste dans le conduit uréthral, et tous ces organes auxiliaires rentrent dans le repos.
Nous avons vu aussi que l'exhalation cutanée était l'antagoniste de la sécrétion urinaire ; cela ex^ — plique pourquoi, pendant les grandes chaletirs, VoïC^ transpire parfois d'autant plus que l'on boit davan- — tage. Toutefois, l'on peut dire, en thèse générale,^ que les boissons froides provoquent d'autant plu^
DES SÊGRtTIOMS. 22S
vite et plus souvent le besoin d'uriner qu'elles sont prises en plus grande quantité.
Maintenant y comment les boissons passent-elles si rapidement de l'estomac dans les reins? C'est qu'à peine tombées dans le réservoir digestif , elles sont absorbées par les veines mésentériques qui, par la veine porte, les conduit dans le foie. lA, elles sont en partie employées à l'élaboration de la bile, et le reste se rend à l'oreillette droite du cœur, par les veines hépatiques et la veine cave inférieure. Entraînées dans le torrent de la circulation , elles ne tardent pas à être conduites, par les artères rénales, dans les reins qui s'en rafraîchissent , puis en rejettent l'excédant avec les matériaux nuisibles dont filles se sont chargées pendant leur cours.
Ceaseils hjgiéniqoes relatifs à la SécrélioD cutanée et i la Sécrétion nrioaire.
Sécrétion cutanée, — i . Nous ne saurions trop le rtpéter, évitons autant que possible le froid humide, la plus défavorable de toutes les conditions pour ^exhalation cutanée. Cette humidité détermine lïiainte affection catarrhale et rachitique, en paralysant le^ vaisseaux exhalants de la peau, et en surexôtant ceux des membranes muqueuses, ainsi que les ganglions lymphatiques.
2. Évitons aussi les brusques passages du chaud ^u froid et les forts courants d'air : la suppression ^e transpiration qui en résulte est la cause la plus ^^rdinaire des pleurésies et des pneumonies confondue» sous le nom de /luxions de poitrine.
22k PONCTIONS NUTRITIVES.
3. Un excellent moyen d'entretenir la sécrétion cutanée dans son état normal, c'est lapropretéy qui est à l'égard du corps ce qu'est la décence dans les mœurs. I-^s lotions partielles ou générales pratiquées au moins une fois par jour, et les grands bains tièdes pris à des intervalles convenables, y contribuent puissamment. C'est surtout chez certaines constitutions irritables que ces bains produisent les effets les plus salutaires : on conçoit que, par le contact immédiat de l'eau avec les extrémités des nerfs épanouis à la peau, et par l'absorption d'une certaine quantité de ce liquide, ils doivent, pour l'ordinaire, rafraîchir le corps et détendre l'éréthisme général \
^ Les purifications, les lotions prescrites par la loi de Moïse avaient pour but hygiénique d'arrêter les ravages de certaines maladies, notamment ceux de la lèpre. Si le législateur des Juifs rendit la propreté obligatoire, en en faisant un précepte de religion, c'est qu'il connaissait le peu d'inclination de son peuple pour cette yertu domestique, non moins utile à la santé qu'aux bonnes mœurs.
—C'est à la généreuse initiative de M. de Cormenln qu'est due la formation d'une société charitable qui, depuis 1853, fait administrer des bains aux enfants des asiles et écoles communales des douze arrondissements de Paris. En annonçant un crédit de 12,000 francs pour l'œuvre des bains et ablutions d'eau cliaude, M. lé Préfet ajoutait qu'il s'estimait heureux d'encourager une œuvre qui allait contribuer à répandre dans la population des habitudes de propreté, et même à améliorer les mœurs des classes ouvrières.
-^ Considérant qu'un moyen efficace d'obtenir l'assainissement des logemeots insalubres était de récompenser les habitants pauvres qui se feraient remuy quer par des habitudes d'ordre et de propreté dans leur intérieur, l'administration municipale et le Bureau de bienfaisance de Valenciennes ont voté une somme de 900 francs, distribuée chaque année, conune prime d'^" couragement, aux ménages les mieux tenus et les plus propres. Ce boi^ exemple, nous l'espérons, ne manquera pas d'être suivi ; car la propre^^ n'est pas seulement la parure du pauvre, elle est encore pour lui Tauxiliai^^ de bonnes mœurs et le préservatif d'une foule de maladies dartreuses.
Que d'avantages ne retire-t-on pas de la propreté ! Outre que cette conT^ pagne de l'ordre est indispensable pour la conservation de la santé, elle m^^
DES &ÊCRËTIONS. 225
4. En fait de cosmétiques^ Teau pure ou légèrement parfumée, le lair, les savons onctueux et la poudre d'nmande sont, sans contredit, les meilleurs; on aura soin d'éviter les préparations qui contiennent du plomb, du bismuth, du mercure, notamment les différentes espèces de fard, sous l'éclat emprunté duquel se décèlent des rides précoces.
5. La science, qui ne s'abaisse jamais en descendant à des dérails utiles, ne craint pas de rappeler ici que, pour conserver une belle chevelure, il faut, avant tout, ne rien négliger pour conserver une bonne santé.
6. Afin de nettoyer la crasse que la transpiration, la poussière du dehors et les pellicules épidermiques ne manquent pas de laisser sur la [^eau du crâne et sur les cheveux, l'hygiène prescrit l'usage journalier du peigne ou de la brosse, sans secousse, sans tiraillement, et, de temps à autre, en dépit des préjugés, des lotions simples ou légèrement aromatiques sur la tête.
7. L'hygiène nous conseille encore de ne pas nous habituer à garder la tête couverte dans im appartement ; et, pour le dehors, défaire usage d'une coiffure qui ne prive pas entièrement les cheveux de l'air atmosphérique, si nécessaire à leur végétation.
8. Pour retarder le plus possible la calvitie ou chute générale des cheveux , n'attendez pas que leur racine devienne douloureuse, ni que leur extrémité se bifurque ; mais qu'une coupe intelligente
nage les chosee» dimiDue les dépenses, et rend resprit plus sain, en flattant âoaeement la Yue.
22t> FONCTIONS NUTRITIYES. •
vienne de temps en lcni[)s les rîjfraîcliir et les fortifier.
9. On évitera de se faire tailler les cheveuif après un repas copieux, pendant le cours d'une maladie et par un temps trop froid ou trop humide.
10. Une chevelure par trop luxuriante entretientelle chez un individu un état de faiblesse ou des maux de tête continuels, il ftuit en faire le sacrifice, ne coupant toutefois les cheveux que peu à peu.
1 1. Si une chevelure qui se casse par trop de sécheresse demande à être assouplie par des corps huileux, une chevelure trop grasse réclame particulièrement quelques lavages avec un peu d'eau légèrement acidulée.
12. Quant aux femmes, que l'usage oblige à un ^ coiffure liée et plus ou moins torturée, elles feroim ^ bim i\e étranger, plusieurs fois par an, la place d ^ cç qu'elles appellent leurs raies. C'est par la négli — gence de celte précaution que beaucoup de tête* ^ féminines, encore jeunes, offrent trois ou quatre sil — Ions disgracieusement larges et tout à fait dépourvu ^ de cheveux.
i3. Ajputons ici qu'au moment d'une couche -^
qu'au début d'une maladie qui doit avoir une cer^ '
taine durée, les femmes auront tout profit à fair^^ de grosses nattes à leur chevelure; c'est un mpyer::^^ fort simple de la conserver et d'éviter de douipureu tiraillements.
14. Arrive-t-il que les cheveux tombent .en masi après une convalescence, il est avantageux de fair^^^ raser tout ce qui en reste ; pour l'ordinaire, ils re-^*^ poussent plus serrés et plus beaux.
i5. L'usage paodéré d'une huile ou d'une pooi* made peu odorante, appliquée sur le cuir chevelu même y assouplira les cheveux que le peigne ou une brosse de poils aura doucement débarrassés des pellicules ou des ignçbles insectes, dont la présence n'est nuUepient indispensable à la santé des enfants, conime le croit le vulgaire.
|6. Ces mêmes insectes pullulent-ils malgré les soins de propreté, on fera pendant quelques jours des lotions sur |a tête avec une forte décoction d'absinthe ou de. petite centaurée , de préférence à la coque du Levant et à l'onguent mercuriel, dont les effets plus sàrs, parfqis même trop prompts, ne sont pas s^ns quelque danger quand l'infection est trèsancienna.
Quant à la plique, naguère si commune chez les serfs et les Juifs polonais, c^tte affection cutanée avec feutrage des cheveu:[^ est encore V\m des tristes résultats d\i manque de soin et de propreté : ce qui Dais^tit dire gu professeur Desgenettes que, « dans ceUe maladie , le vrai médecin , c'était le perruquier. »
17. I^es vêtements, destinés à servir de barrière entre )a température propre de notre corps et la température extérieure, ne doivent p^s être c^pisis au lia^grd ni 4'9près les caprices de la mode : la matière qui Içs compose, leur couleur, leur forme sont autf^nt de points qui tpéritent de fixer l'attention.
1^. jys^ïks pos climats» la teinpérature du corps
l^ufnai|i étant supérieure à celle de l'air extérieur,
préférons en été les vêtements de lin pu de chanvre,
c|ui nous rafraîchissent parce qu'ils laissent échapper
facilement le calorique; en hiver, au contraire, adoptons des vêtements de laine ou de soie, lesquels, conduisant mal le calorique, conservent d'autant mieux celui qui nous est propre.
19. Dans les tissus immédiatement appliqués sur la peau, il est un choix important à faire. Est-on sujet aux affections catarrhales, rhumatismales ou goutteuses, on évitera les chemises de toile, pour en prendre de £oton, matière tout aussi saine, et qui conserve beaucoup mieux la chaleur.
20. Les gilets et les caleçons de flanelle, fréquemment lavés , sont néanmoins favorables aux indivi-* dus faibles el lymphatiques, en ce qu'ils empêchent: le refroidissement trop prompt de leur sueur, et qu'ils stimulent les principales fonctions par Texci-^ tation qu'ils exercent sur la peau.
21. Cette même excitation produite par les villo— ^ sites des tissus de laine doit en faire interdire l'usag^^ aux personnes atteintes d'affections dartreuses e^t: exanthémateuses, à moins que la continuation ou 1^^ réapparition de ces maladies ne soit jugée nécessair^^ par le médecin.