‹ Les merveilles du corps humain; précis méthodique d'anatomie, de physiologie et d'hygiène dans leurs rapports avec la morale et la religionChapitre 37 sur 70 · Quand, par un exercice habilement dirigé, les · texte numérisé non relu

Quand, par un exercice habilement dirigé, les

^ SII est ime classe de ta société qui ait phis partfciiIIdrenieBt Kesoin da perfectiooiieaieiit de tous les aeos^ c'est, sans contredit» c^ila des hommes qui se vouent au soulagement de leurs semblables. Aussi, nous ne saurions trop eoBseiUer aux étudiants en médeeine de ^'accoutumer à foire l'appHcatioD successive de leur cinq sens à chacune des maladies soumises à teur examen : il y a tant de cas où un sixième sens ne serait pas Inutile pour le diagnostic !

Bieo que Jean-Louis Petit ait goûté un liquide sorti de rabdomen, et qui lui fit reconnaître une fistule biliaire ; bien que Valsalva ait trouvé à la gangrène une âcreté des plus fortes, on n'emploie guère le sens du goût au diagnostic des affections chirurgicales. Eu pathologie interne, le ^abèle ea réclame quelquefois remploi -, encore doit-on lui préférer l'analyse chimique, sous tous les rapports. — Il n'en est pas de même pour Vodorat : le diagnostic des plaies, des abcès, des fistules, des affections gangreneuses et cancéreuses est merveillausement éclairé par Fodeur spéciale que répandeat les humeurs des malades. — Depuis Cqrvisart et Laënnec, ia science a retiré d^assez grands avantages de Tappiication de Vouïe, à l'étude des maladies de la poitrine et de l'abdomen. — On a dit du toucher que c'était le sens le plus chirurgical; ce qu'il y a de certain, c'est que la sûreté du coup d/œil médical n'est pas moins utile aux malades qu'avantageuse au praticien qui la

instruments chargés de la transmission des idées au< ront acquis une grande justesse, nul doute que les sensations n'arrivent plus nettes, plus distinctes, et qu'elles ne restent mieux gravées dans Tesprit ^

8 . Combien de discussions, de disputes, de guerres même n'ont-elles pas eu pour point de départ le faux rapport d'un sens mal exercé l Dans ces circonstances, l'esprit agissait comme un juge inique, qui^ sur cinq témoins à interroger, n'écouterait que la déposition d'un seul, peut-être même celle du moins compétent.

9. N'oublions pas cet axiome de l'expérience : C'est presque toujours l'erreur de l'esprit qui fait gauchir la droiture du cœur.

10. Ce sont d'excellents serviteurs que nos sens; mais^ il faut l'avouer, de forts mauvais maîtres ! Dans notre constitution individuelle, ils ne se montrent que trop disposés à s'emparer du pouvoir, et à l'exercer d'une manière tyrannique.

1 1 . Gréés pour le service de l'âme, les sens doivent, au moindre commandement, lui rendre, comme à leur souveraine, tous les bons offices qu'elle réclame d'eux ; l'âme, à son tour, doit les traiter avec ménagement, c'est-à-dire en user au besoin et dans l'ordre, mais n'en abuser jamais.

i:a. Que survient-il quand cette harmonie provi-

^ yoy», p. 311, la remarque de Builbn à ce sujet. — Je signalerai ici la distraction comme l'une des causes les plus fréquentes du mauvais emploi de nos sens : il est une foule de gens qui regardent sans voir ; qui touchent à tout et n'ont rien palpé ; qui avalent sans avoir rien dégusté, ni odoré : c'est qu'ils ne sont pas à ce qu'ils semblent faire ; ils sont là où est leur pensée, et leur pensée est presque toujours dans le trésor de leur afifeclion.

dentielle est détruite par l'effet des passions? Pour* le corps : le dérangement de ses rouages, la maladie, les infirmités, la mort; pour Tâme: le malaise, la souffrance, l'abdication de sa souveraineté sur la matière, enfin sa séparation d'avec Dieu.

N'oublions pas que si nos sens sont des porteidées , ils sont aussi àes porter-passions j dont on ne saurait trop se défier \

^ Voir, dans les Confessions de saint Augustin, l'exemple d'AlIpius (liyre VI, c. 8).

%Qt^

CIFAPITRE IL

Dans Timpossibilité, bien reconnue par les esprits sages, d'admettre chez Thomme des fonctions céré* braies indépendantes de l'âme, ni des fonctions inteliectuelles indépendantes du cerveau et de ses annexes, nous avons adopté ici le litre conciliateur de fonctions céréhro -intellectuelles et affectis^es. Heureux si nous pouvions concourir à réhabiliter la manière, un peu trop dédaignée par les psychologues ; et à sauvegarder la prééminence de l'âme, souffle îiïiinortel que le Créateur a répandu sur son plus bel Qt^vrage!

§ I. Revne analytique des facultés de rame.

Hayon de lumière et d'amour émané de Dieu, * ^lîie est faite pour connaître et pour aimer. Intelliê^rice et volonté tout ensemble, elle perçoit, elle sent, ^lle compare, elle juge, elle veut ; et, par l'exercice ^^ï*ié de son activité toujours une, elle ne cesse de ^^ndre à la triple fin de son être : le vrai^ le bien, le

JLi'ensemble des facultés par lesquelles l'âme tend ^ ^^ vérité et réalise en soi la connaissance, se nomme

ï entendement. La philosophie distingue deux formes de renlendement, V intellect et la sensibilité, suivant que Ton perçoit par l'idée pure ou par la sensation.

Tout acte par lequel Tâme connaît est une conception, ou une perception. Que Tâme considère deux idées, et qu'elle en recherche les rapports^ c'est la comparaison. Qu'elle prononce sur ces mêmes idées : qu'elle les unisse par Taffirmation, ou qu'elle les sépare par la négation, c'est le jugement. Qu'elle opère de la même £açon sur deux jugements : qu'elle les compare , qu'elle en déduise un jugement nouveau, qui affirme ou qui nie la convenance mutuelle des deux premiers, c'est le raisonnement \

Par une extension naturelle des idées et du langage, on dit qu'une personne a du jugement quand elle raisonne juste: en ce sens, le jugement n'est autre chose que la droite raison ; et la raison n'est toujours que l'âme distinguant le vrai du faux. Voilà pourquoi l'homme seul peut être défini une créature raisonnable.

L'âme a, comme on le sait, la faculté de réunir les diverses sensations qui lui arrivent ensemble : c'est, à proprement parler, le sens commun. Transporté de l'ordre physiologique aux opérations de l'esprit, ce terme devient synonyme de droite raison, jugement, bon sens. Il existe toutefois une nuance bien sensible

^ La limite qui sépare Ximlinzi ou intelligence des animaux de la raiswi ou intelligence humaine semble résider dans la réflexion déductive, fincnlté qui permet à Tbomme de s'étudier, de ee eomiaitre et de s'éleyer jusqu'à ridée de Dieu. C'est dans l'absence de tout sentiment religieux queLactance faisait consister la différence qui sépare l'homme des bétes.

FONCTIONS GÊBÊBRO-INTELLBCTCCLLES BT AFFECTIVES. 3U

entre le jugement et le bon sens : Tiin semble plutôt Je fnik de Tétude^ Tautre un don de la nature; rhomme de jugement raisonne bien, Thomme de bon sens derine juste. Aussi, voit-on toujours le bon sens dominer dans les productions du génie^ dont le na« turel et la simplicité forment le principal caractère^ « Le bon sens et le génie, selon M« de Bonald, sont de la même famille; l'esprit n'est qu'un collatéral* »

Esprit est encore un terme générique applicable aux divers modes de l'âme intelligente, mais qui a aussi un sens particulier et distinct. Le propre d^ l'esprit est de combiner et de mettre en saillie les rapports des choses , puis de donner du tour à oe qu'il dit et de la grâce à ce qu'il fait; flamme vive et brillante, il est plus voisin de l'imagination que du bon sens. C'est sans doute ce qui a fait dire au profond penseur que nous venons de citer : « Dans le monde de l'intelligence, le bon sens est la pto* priété foncière, l'esprit n'est que le mobilier. »

— L'âme possède en outre la faculté précieuse de conserver, de se rappeler les perceptions passées et les phénomènes intellectuels qui les ont accompa*> gnées : cette faculté est connue sous le nom de /»ëmoire *, et Ton a consacré celui à' imagination kc^Vtt

^ Trésorière de l'intelligence, la mémoire tient en réserve les innombrables images entrées par le moyen des sens. De leur côté, nos sens n'étant que des porte-idées qui s'aident et se corrigent mutuellement, pins nous aurons d'idées sur une même chose, plus le souvenir de cette chose se reproduira aisément. Aussi, voulons-nous rendre notre mémoire fidèle, servons -nous de tous nos sens pour considérer un objet. « Cest, dft Buffon, faute de cet usage combiné des sens que l'homme oublie plus de choses qu'il n'en retient. » — On connaît cette pensée de Napoléon I": « Une tête sans mémoire est une place sans garnison. >»

autre puissance magique non-seulement de conserver les perceptions et de les renouveler, mais de les combiner, de les colorer, d'en créer de nouvelles, puis de trouver des rapports inconnus entre les idées et les faits déjà connus. Ne pourrait-on pas appeler cette faiseuse d'images le prisme de t intelligence? Montaigne se complaît à la nommer la folle du logis.

Tempérée par la réflexion et réglée par le jugement, l'imagination qui se joint à l'intuition vive des choses, constitue le génie , faculté rare et privilégiée, dont l'activité persévérante découvre soudain le vrai dans les sciences et le beau dans les arts. Trois facultés, réunies dans certaines proportions^ sont donc nécessaires pour constituer le génie: une grande puissance de bon sens pour voir juste, d'intuition pour voir de loin, d'imagination pour féconder e^v^ -t animer ces vues, qu'une volonté forte doit réalisei^Er r par le travail.

En résumé, l'entendement est l'âme qui perçoit ^; la sensibilité, l'âme qui sent; la mémoire, l'âme qu^^coi se souvient^ l'imagination, l'âme qui colore; le juge- ^^sment, l'âme qui voit juste , comme la volonté es^^ssi encore l'âme qui clioisit.

Mais, pour choisir, l'âme doit être libre; et, mal M^ -' heureusement, elle ne jouit pas toujours de sa li -i ^ berté, entravée qu'elle se trouve par les besoins dé ^^^ réglés connus sous le nom dépassions. Du moment ^*' en effet, qu'elle s'abandonne à leur fougue, elle inter"^ vwtit l'ordre établi par le Créateur : faite pour com-^'^^ mander au corps, elle est régie par lui; alors ses dé-*^ terminations sont aveugles et vicieuses , parce qud^ ^

rimagination a faussé la conscience en matière de morale, et le jugement en matière de goût.

— La conscience^ juge intérieur du bien et du mal, est encore Tâme satisfaite ou mécontente de nos actions ; sa joie nous paye comptant du sacriBce fait au devoir; sa tristesse nous en fait expier d'avance la violation. Au moment de commettre un acte coupable, rhomme sent vers la région du cœur quelque chose qui se remue. Ce frémissement intérieur a fait supposer que le siège de la conscience morale était dans le cœur, et le siège de la conscience intellectuelle, dans le cerveau ; supposition inadmissible. Comment, en effet, comprendre qu'il puisse y avoir en l'homme deux consciences, puisqu'il n'y a qu'une âme, juge unique de nos sensations et de nos sentiments, aussi bien que de nos déterminations ! Quant au siège de l'âme, on ne saurait lui en assigner aucun sans tomber dans le matérialisme. Ainsi, au lieu d'admettre une conscience cérébrale et une conscience ifiscéralcy il faut simplement reconnaître, comme nous l'avons déjà vu, que l'ébranlement nerveux produit par la sensation retentit plutôt dans le cerveau, et que celui qui est occasionné par les sentiments a plutôt son contre-coup dans les en-*trailles *.

Du goût. — Reconnaissant deux sortes de goûts, le goût physique et le goût intellectuel , nous définissons le premier : le sens chargé d'apprécier la saveur des aliments ; et le second, le sentiment appréciateur des productions de la nature et de l'art.

^ Fot/. ci-dessus, p. 239, la distinction des sensations et des sentiments

31& FONCnœiS DB «BLâTIOll.

Ces deux goûts, dont Tétude parallèle est si inté* ressante et si féconde dans ses résultats, sont Vm et l'autre un don, une £ftculté naturelle, perfectible, altérable, variable selon Tâge, le sexe, Ja constitu* tion, le caractère, le climat, les saisons, les siècles, les nations, les individus, la civilisation, les moeurs, Tesprit de parti, la mode, Thabitude. Cette iaculté varie, en outre, cfaesle même individu, avec Tétat de sa santé, les maladies qu'il éprouve, les passions qui le travaillent.

Résumons ici, en quelques propositions, les prin* cipes émis dans notre Théorie rjwrale du Goût.

Dès les premiers pas que Ton fait dans l'esthéti* que, ou science des caractères du beau, on est frappé de rencontrer le goût des époques variable, celui des nations pariiai, celui des individus incertaùt^ ca^ pricieiiXf excessivement mobile. Où donc aller cher* cher le bon goût ? A qui demander la règle, le crité* rium du vrai, du bien, du beau ? A défaut des siècles, des peuples et des individus, adressons^ious d'abord à la nature, c'est-^^dire à ce merveilleux ensemble des êtres que Dieu a semés dans le temps et dans Tes* pace; et si la nature elle-même ne répond qu'im* parfaitement à nos questions, remontons plus haut, allons humblement interroger son divin auteur* Pour fixer les caractères du beau, nous poserons ici quelques principes clairs, précisément parce quUls appartiennent à des idées d'un ordre supérieur.

I . Considérée dans l'absolu , Ut vérité est ce *qui est; non ce qui est multiple, faible, obscur, mobile, sujet à la destruction; mais ce qui est un, tout-puis-

FONCTIONS CÉRMMMNTCLLECTUELLfiS ET AFFECTIVES. S15

sant, respitendiwant de clarté, immuable, éternel, en tin mot, la vérité, c'est Dieu.

2. Le bon est le i^rai passant à Facte ; ainsi l*être, le vrai et !e bon sont identiques, .ou, si l'on peut s^xprimer de la sorte, le i^rai et le bon sont les deux faces de VÊtre.

3. Le beau, si admirablement défini Y éclat du vrai et du bon, c'est encore Dieu manifesté par les merveilles de la création.

4. Au point de vue moral, le bien est la réalisation du bon ; c'est V ordre dans Vamoury c'est-à-dire dans nos affections. Au point de vue physique, c'est Vordre dans la vérité, ou, si on l'aime mieux, la vérité à sa place.

5. La soif de la science témoigne de notre amour du vrai, comme la joie que nous trouvons dans l'accomplissement du devoir témoigne de notre amour du bon , du bien ; enfin , le plaisir que nous prenons au récit des actions héroïques, à la contemplation des beautés de la nature ou des chefs-d'œuvre de l'art, témoigne de notre amour du beau, du besoin d'admiration qu'il nous inspire.

6. Ijes lois du goût ne sauraient dépendre de l'opinion capricieuse des hommes; elles demeurent invariables, parce qu'elles ont pour base le vrai, le bien, le beau.

7. Dans tous les arts d'imagination, le beau intellectuel est le reflet du beau physique, c'est-à-dire la reproduction exacte de la belle nature.

8. La manière dont les hommes sentent et jugent les beautés de la nature doit exercer une influence analogue sur l'art,. qui n'en est que l'imitation.

316 FONCTIONS DE RELÂHOM.

9. Ce qui prouve la réalité du beau, c'est le sentiment qu'en ont tous les peuples, quelle que soit la diversité de ce sentiment.

10. Le sentiment du beau variant selon les peuples et les individus, le beau ne peut être à la fois ce qui plaît aux uns et ce qui déplaît aux autres.

1 1 . Ce sentiment présentant aussi des variations aux différentes époques de la vie des peuples, comment le beau serait-il à la fois ce qu'on admire dans un temps et ce qu'on méprise dans un autre?

12. Donc, le beau est ce quiplait toujours et partout, ce qui est jugé beau universellement. Quant à la différence qui existe entre le beau et le bon goût^ la voici : le beau est, comme nous venons de le voir, l'éclat impérissable du vrai et du bien ; le bon goût n'est que le sentiment appréciateur, et le conservateur de cette beauté universelle, qui plaît surtout à la vertu éclairée.

Pâles copies de la nature, les plus magnifique productions des arts et des lettres ne sauraient donc^ avoir qu'une beauté relative, le beau absolu n'ap — partenant qu'àCelui^qui est le principe et l'ensemble^ de toute perfection. Aussi, comme le dit Pascal, la0 nature elle-même , si riche en perfections, parceÊ qu'elle est l'ouvrage de Dieu, a-t-elle des imperfec — tions, pour montrer qu'elle n'en est que l'ouvrage. - Étudions néanmoins consciencieusement la nature; puis, efforçons-nous de l'imiter dans ce qu'elle offre • de plus beau, de plus utile. Alors, seulement alors, nous pourrons espérer d'atteindre la perfection prescrite à l'humaine faiblesse, surtout si cette étude est

FONCTIONS GÊRÊBRO-INTELLEGTUELLES ET AFFECTIVES. 317

viviBée par la pensée de Dieu, inséparable de celle du bonheur de nos semblables.

S II. Des Passions.

Je demanderai encore à mes lecteurs la permission de reproduire ici le résumé qui termine la seconde édition de ma Médecine des Passions * , résumé que j'ai revu avec le soin le plus minutieux. L'importance du sujet ne m'a pas permis d'être aussi court que je l'aurais désiré.

Notions préliminaires.

1 . L'homme, ce chef-d'œuvre de la création, est composé d'im corps et d'une âme, unis de telle sorte que son parfait développement dépend de leur action réciproque et harmonique.

2. Comment s'opère cette union de la matière et de l'esprit? Mystère aussi impénétrable que les grandes lois de la nature : le suprême Régulateur s'en est réservé le secret .

3. Qu'est-ce que la nature, le temps, l'éternité, la vie, la mort? La nature ou univers est l'ensemble des êtres que Dieu a semés dans le temps et dans l'espace. Le temps est la durée de la nature ; l'éter-

^ Les pTopositioDS que renferme ce résumé ne sont qu'un extrait presque textuel des principales idées émises dans celte Pathologie morale. Classées dans nn ordre méthodique, elles feront saisir facilement l'ensemble et le bot de mon premier travail : montrer Harmonie de la Médecine, de la Législation et de la Religion, notamment la nécessité de leur concours dans le Traitement des Passions.

318 FONCXION& m ftELiTKUU

uité est la durée de Dieu. Par rapport aux destinées de rhomme, la vie, c'est V union de rame et du corps ; la mort, c'est leur séparation; Téternité, leur réunion.

4. Dès l'enfance, l'homme est enclin au mal ; ses sens l'entraînent vers la terre, vers des plaisirs matériels, par conséquent finis et passagers ; son âme, au contraire, l'élève et le fait aspirer au souverain bien, qui peut seul satisfaire Timmensité de ses désirs.

5. Ce désaccord esl-il l'ouvrage de Dieu, ou n'annonce-t-il pas plutôt un renversement manifieste an plan primitif de la création? L'homme n*est donc pas, en général, une intelligence sentie par des orga^ nés ; mais une intelligence déchue y luttant ici^bas contre des organes.

6. Cette lutte presque continuelle entre les 01^-^ nés et l'intelligence, entre la chair et Tesprit, c'ei^^ l'épreuve qu'on appelle la vie.

7. Pour soutenir ce combat dont la ptûme est au^^ deux y l'homme possède, dans Tordre naturel, K sensibilité, rintellîgence et la liberté, facultés pr^S cieuses qui l'avertissent de ses besoins, }\m en foK=3 calculer l'importance et recourir aux moyens qv^ doivent les contenir ou les satisfaire.

8. Ainsi, l'homme est conduit par deux guides, 1^ besoin et la raison : Tun qui le sollicite et le pousse;

1 autre qui l'éclairé et le retient.

9. L'enfant et l'animal obéissent immédiatement à la stimulation du besoin ; l'homme complet ne le satisfait qu'après avoir jugé s'il peut et s'il doit le sa* tisfaire. Du reste, le plaisir et la joie, la douleur et U

FOKCnONS CÉRfiBai IHraiLECTIIEIABS £X AFFECTIVES. 319

tristesse, viennent bientôt lui apprendre si la satis- Eiction est permise ou illicite, suflBftaate ou dépassée : la douleur Tavertit du mal physique } le re- Knordsy du mal moral : la douleur, en e£fet, est le zri plaintif des organes malades, comme le remords est le cri accusateur de la conscience blessée.

10. Tous les besoins de Thomme ont rapport à la conservation et au développement de son corps, de les relations avec ses semblables et de son intelU^ gence ; partant, trois sortes de besoins : des besoins animaux, des bescnns sociaux, des besoins inielke* tueb.

11. Les besoins animaux nous sont communs SKvec la brute; ils apparaissent les premiers, et prédominent pendant Tenfance de rhomme comme pendant celle des peuples. lies besoins sociaux» plus [Murticulièrement développés chez Thomme que chez ks animaux, se montrent en second lieu. Viennent ensuite les besoins intellectuels ou supérieurs, qui sont Tapanage de Thomme, seule créature capable île connaître Dieu, de Taimer et de le conquérir»

la. Tous nos besoins sont intrinsèquement bons, par cela même que Dieu nous les a donnés; mais, [Kiur qu'ils restent tels, il faut qu'ils soient satis&its Tune manière harmonique et dans la limite du devoir; sans quoi, ils dégénèrent eu passions.

i3. Les passions, toutes essentiellement mauvai- ^s, ne sont autre chose que des besoins déréglés, mon moins nuisibles à l'individu qu'à la société, et [[ui renversent la hiérarchie divine établie entre jl'âme et le corps.

i4- Dans Tordre providentiel, Tâme est faite pour

320 PONCTIONS DE RELATION.

commander, le corps pour obéir ; par TefTet de la passion, l'âme détrônée n'est plus que l'esclave de so n propre esclave.

i5. Le besoin séparé du devoir conduit au mal; 1 y a donc nécessité pourThoramede faire accorder ses besoins avec ses devoirs, lesquels sont également animaux, sociaux et intellectuels.

i6. Nos devoirs, ainsi que nos besoins, ne sont pas toujours simples ; il se compliquent même trèsfréquemment ; souvent aussi ils arrive qu'ils se trouvent en opposition : dans ce cas, on doit obéir au plus noble, en écoutant la voix de la conscience, juge inné du bien et du mal.

17. La limite qui sépare le besoin de la passion, le bien du mal, n'est qu'une simple ligne; cette ligne, c'est celle du devoir. Malheur à celui qui la franchit : car l'abîme vers lequel il marche est d'autant plus dangereux que sa pente est d'abord agréable et presque insensible.

id. L'hygiène, code physiologique; la législation, code social ; la religion, code spirituel, code divin : tels sont les trois guides qui apprendront à l'homme à régulariser ses triples besoins, comme être animé, comme être sociable, comme être intelligent : celuilà seul est maître de lui-même, dont les besoins obéissent à la raison, et la raison à Dieu.

19. Sans doute, il y aura toujours des passions s!jr la terre, de même qu'il y aura toujours des maladies : il est donc de notre intérêt, autant que de notre devoir, de nous maintenir dans l'atmosphère physique et morale la plus propre à arrêter leur funeste contagion.

FONCTIONS CÉRÉBRO-INTELLECTUELLES ET AFFECTirES. 321

ao. Que dirait-on d*un médecin qui soignerait avec zèle les serviteurs d'une maison, et qui, par indifférence, en laisserait mourir le maître? Tels sont ceux qui ne se préoccupent que des infirmités des organes, et n*accordent aucune attention aux maladies de rame.

21. Là mort de Tâme est causée par les actes de nos passions, par le péché qui nous sépare de Dieu : car Dieu étant la vie de l'âme, Tâme se meurt en lé perdant.

22. Mais rame est immortelle! Aussi emploieton seulement cette expression de mort pour signifier que, par reflFet de la passion, Tâme a perdu son empire, sa dignité, sa beauté : son empire sur riiidîvidu, sa dignité aux yeux des hommes, sa beauté aux yeux de son Créateur, avec qui elle n'est pluis unie. Du reste, l'immortalilé ne sera pas toujours l'apanage exclusif de râtne, le corps de l'homme ne devant pas plus s'anéantir que le souffle divin qui l'anime. Encore une fois, la mort du corps n'est queisa séparation momentanée d'avec l'âme, comme la mort de l'âme est sa coupable séparation d'avec Dieu. Quant au ♦'/ce, c'est la laideur de l'âme et l'esclavage; la i^ertu, c'est la beauté morale et la vraie liberté.

Classification des Passions.

23. Ainsi que les besoins et les devoirs, les passions peuvent être divisées en passions animales, en passions sociales, eii passions inteltectuetles. l^s passions anima tes, bornées dans leurs désirs, et, comine

322 FONCTIONS DE RELATIOII.

les besoins dont elles émanent^ sujettes à une sorte de périodicité, comprennent Vwrogneriey la gourmandise, la colère, la peur, la paresse et le liberUnage. Parmi les passions sociales , dont les désirs sont presque toujours continus et insatiables , on peut ranger Y amour, Vorgueil et la inanité, Yambition, Y envie et \2i jalousie, Yayarice, hi passion du jeu. Parmi les passions intellectuelles viennent se classer les manies de Yétude, de la musique, de Yor» dre, des collections, ainsi que les fanatismes ortistique, politique et religieux.

On a prétendu admettre des passions permises et despassions défendues ; on a aussi qualifié certaines passions y grandes, nobles, généreuses :. c'est une erreur. D'abord, le mal ne peut jamais être permis; puis, à proprement parler, il n'y a pas de petite passion : le désir de l'objet le plus insignifiaoït peut grandir et s'exalter au point d'altérer la santé et de troubler la raison, en même temps qu'il dégradera l'âme en la séparant du souverain bien. .

Siég^ des Bossions*

24. Où les passions ont-elles leur siège physique? L^observalion, d accord avec le raisonnement^ conduit à admettre que les passions, qui résident dans tout lorganisme, sont transmises du corps à l'âoJ^ et de l'âme au corps par l'intermédiaire de no^ deux systèmes nerveux, qu'elles ébranlent simult^^ nément; avec cette différence que leur contre*co^iP^ va retentir de préférence tantôt sur le centre cérébrC^ spinal, tantôt sur le centre neryeux gangUonnaire.

FONCTIONS CÊRÊBiO-INTUIiUrrUBUBS EX AFFECTIVES. S13

Causes des Passùms.

^5. Pour prévenir ïes passions, ou pour en art^ter Feffc^nresccnce, il faut, ayant tout, connaître le* causes qni les produisent et les circotrstances qui en ÊiYorisent le développement. Ainsi , on doit étudier Vinflttcnce qu'exercent sur elles les différents âges, les sexes, les climats, la température et les saisons, la nourriture, l^rédité et rallaitement, les tetnpéramefifls o^ constitutions, tes maladies, h. menfstrtia*» tion et la grossesse, la position sociale et les profes-siOBs, l'état civil deTinditidUj Tédocation, Thabitode et l'exemple, le grand monde, la solitude et ta vie champêtre^ les spectacles, les romans et la datise, l'irréligîoiï, les différenteis formes de gouvernement, enfin l'imagiuc'^tion, sans oublier certains préjugés,

26, Parmi ces causes, les unes sont soumises ft fempire de la volonté : nous devons les déffoirerf les autres ont une existence indépendante de notre volonlé : nous devons nous appliquer à modi^fier leur action.

^7. Ce» causes, dont la connaissance est aussi otite au magistrat, au prêtre et au l^islateur qu'an aiédecin, ne aauraitot, de quelque nature qu'^effeu iQi€$ivt, nous empêcher de flétrir le vice et d'admirer k^vertii; elles doivent seiilemenl nous faire adopter pour base de nos jugements cette maxime toute chrétienne : Sii^érieé pour soi, indulgence pour

Marche y Pronostic et Terminaison des Passions.

28. L'observation découvre un parallélisme parfait entre les passions et les maladies : elles naissent, marchent et finissent de la même manière; leurs symptômes offrent également la plus grande analogie.

29. Quant au pronostic que l'on peut porter sur la terminaison plus ou moins funeste des passions, une expérience de tous les jours nous démontre que les maladies, la folie, une mort prématurée, l'opprobre, la misère, les crimes, les châtiments humains, précurseurs ordinaires de la justice divine, sont la triste perspective des imprudents qui ne s'attachent pas de bonne heure à modérer la violence de leurs désirs.

30. Cet effrayant pronostic sur les individus livrés à la fougue de leurs passions s'applique aussi aux nations corrompues. Dès que ces grandes familles ont brisé les liens qui faisaient leur force, alors que chaque individu, érigeant en loi ses propres doctrines, se fait une religion de Tégoïsme^ de Tintempérance, du luxe et de la cupidité, on peut infailliblement annoncer leur dssolution prochaine ou leur retour à la barbarie; à moins que la Providence, toujours bonne, lors même qu'elle châtie, n'envoie quelque fléau destructeur qui les force '^ se retremper dans des sentiments purs et généreu:^-

Effets des Passions sur l'organisme, sur le corps social et siu '^ les croyances religieuses.

3i. Plus les passions sont mises en jeu, plus elJ^'

abrègent Texistence des individus aussi bien que celle des peuples.

32. Les nerfs sont ordinairement d'autant plus développés que les affections morales ont été plus vives, plus fréquentes, et la pensée plus active. Aussi, toutes choses égales d'ailleurs, trouve-t-on le grand sympathique beaucoup plus fort chez la femme que chez l'homme, tandis que l'arbre cérébro-spinal prédomine chez celui-ci.

33. L'ébranlement imprimé à tout le système nerveux par les diverses passions va-t-il indifféremment retentir sur telle ou telle partie du corps, ou bien fait-il ressentir son contre-coup à un organe plutôt qu'à un autre? Les faits pathologiques conduisent à admettre les trois lois suivantes :

I® Quand il y a dans l'économie un organe malade, c'est toujours sur lui que la passion va retentir. 2® Existe-t-il harmonie complète entre toutes les fonctions, les passions gaies ébranlent de préférence les organes thoraciques ; les passions tristes, les viscères abdominaux; et les passions mixtes, ces derniers d'abord, les premiers ensuite.

3"* Enfin, chez les individus dont la constitution

est fortement dessinée, les effets morbides varient

selon les diverses prédominances, qui, du reste, sont

vine véritable disposition à des maladies en quelque

^orte déterminées.

34- L'étude, féconde en résultats, et jusqu'ici beaucoup trop négligée, de l'influence des passions ^ur les maladies et des maladies sur les passions, peut facilement conduire à la solution des deux problèmes suivants :

336 IK)NCnOKS De ItSLATKnv. '

I® * Un individu bien portant et d'une constitution connue étant donné, s'il s'abandonne à telle on telle passion, quel genre de maladie épronvera-t-il ; quels seront les organes principatemeat affectés ? »

a"" « Un individu d'un caractère connu étatit donné, indiquer, d'après les altérations survenues dans sa santé, quelle est ia passion qui le domine actuellement. »

35. C'est encore une loi de l'économie, que towt organe souffrant s'efforce de dimintier T irritation on la congestion qu'il éprouve, en ia irenvoyaut vers les parties avec lesquelles il sympathise davantage. Dans les passions portées au plus kaul d^^ré , ia réaction des viscères tfaoraciques ^ abdominaux ft surtout lieu vers TenoéjAale qui, k soti tour, ébranlé par ce reflux mofi)ide, trouble sensiblement la raison, et la rend le jouet des hallucinations les phis bizarres.

36. Un phénomène de réaction, digne de fixer l'attention des médecins, c'est V excrétion critique, qui a lieu surtout dans les passions provenant da besoins animaux.

37. Les humeurs excrétées pendant la crise de certaines passions peuvent acquérir tout à coup de» qualités anormales et même d^étères.

38. Les maladies produites par les passions sont:- ^ elles seules incomparablement plus fréquentes q«-^ celles qui proviennent de tous les autres modifie-^ teurs de l'organisme.

39. Les trois quarts des morts subites sont occ^^ isionnées par l'ivrognerie, la gourmandise, le liberté nage et la colère.

FONCTIONS G£RÉBR0*INTELLEGTUBLL£S ET AFFECTIVES. 3^21

4t). La majeure partie des individus admis dans les établissements d*aliénés y sont conduits par de violentes passions, ou à la suite de chagrins trop vivement sentis.

4î. Le suicide, ce fléau qu'on voit régner d'une manière épidémique aux époques de corruption et de perturbation sociales , est d'ordinaire la conséquence de passions fougueuses ou de peines excessives.

4^. L'affaiblissement des principes religieux est presque toujours la conséquence et Tindice de quelque honteuse passion.

43. IjCs passions se montrent encore pluà délirantes et plus terribles chez les masses que chez les individus. C'est surtout alors qu'éminemment contagieuses, elles gagnent de proche en proche jusqu'aux simples spectateurs, et les entraînent souvent à des actes qu'ils déplorent dès qu'ils sont revenus de leur funeste aveuglement.

44- Les tableaux statistiques de la justice criminelle montrent à la fois l'action perturbatrice des passions sur la société, TinefBcacité des lois en vigueur, et la nécessité d'une éducation chrétienne et complète, appliquée au développement harmonique de l'homme physique, de l'homme moral, de l'hoiHme intellectuel.

Traitement médical, législatif et religieux des Passions,

Traitement médical. — 45. Le traitement médiéal des passions est, comme celui des maladies, préservatif ou curatif. Dans les deux cas, il exige l'em-

328 FONCTIOWS DE RELATION,

ploi simultané des moyens physiques et moraux le mieux appropriés à l'excès qu'on veut prévenir ou faire cesser.

46. Beaucoup de maladies réputées incurables arrivent à parfaite guérison quand on ^'attache à détruire la cause morale qui les entretient.

47. Ce n'est pas lorsque les passions se sont fortifiées par une longue habitude qu'il faut songer à les attaquer , c'est aussitôt qu'elles apparaissent : alors on les maîtrise avec facilité ; plus tard, le succès est douteux^ quelquefois même impossible.

48. Le traitement médical des passions consiste principalement :

I** A bien étudier la prédominance organique et son influence sur le bespin surexcité.

t!^ a neutraliser cette influence par tous les mo

dificateurs hygiéniques.

3"* A éloigner les causes occasionnelles de la pas

sion, à en soustraire l'aiguillon.

4® A imprimer aux idées une nouvelle direction ^^ afin de répartir d'une manière égale la suractivité di^^ besoin dominant.

5® A rompre la périodicité de l'habitude, pério

dicité que l'on remarque dans certaines paasions^^ notamment dans celles qui dépendent des besoin^==^ animaux.

6® Enfin, à s'efforcer de ramener à l'état norma!!^ les organes foyers de la passion, ou bien sur lesquelî==:==^ la passion a retenti, et qui, à leur tour, réagiraient^* sur elle pour en augmenter l'intensité. Dans le plus grand nombre des cas, on atteindra ce but à l'aidt^ des agents thérapeutiques ordinaires, pourvu qu'on

FONCTIONS GÊBÉ9iB0-lNTELLECTUËU.ES ET AFFECTIVES. 329

les emploie de concert avec les moyens moraux les plus propres à agir sur Tesprit du malade, afin de lui rendre le calme, sans lequel il n'y a ni santé ni vertu.

49. Le calme n'est pas l'immobilité complète, le repos absolu, l'inaction ; mais un balancement doux et harmonique qui contribue au bonheur de l'individu ainsi qu'à celui de la société : pour le corps, c'est la ^a/îté ; pour l'âme, c'est la vertu; pour ce qu'on appelle esprit, c'est la raison. Au^dessqs et au-dessous du calme, commencent la maladie, la passion, la folie.

50. Les passions peuvent être considérées comme le prélude de la folie : outre qu'elles présentent les mêmes symptômes, elles ont avec elle une analogie bien remarquable, c'est que, en général, si elles viennent à produire un dérangement complet de la raison, ce dérangement conserve tellement le cachet de son origine, qu'il semble n'être qu'une suite d'accès de la passion primitive.

5j. Les passions sur-aiguës, c'est-à-dire qui éclatent tout à coup et avec violence, sont on ne peut pi us voisines de la folie. Dans les passions dont la rxBdrche est chronique, Vimputabilité existe principsdement pendant leurs deux premières périodes. Oans la troisième , la liberté morale , le libre arbitre lA *^t plus dans toute sa plénitude , parce qu'alors , P^r un funeste effet de l'habitude , la conscience est ^''^iinairement muette , et que le jugement , plus ou '^^^ins faussé, peut même prêter à des actes coupables ^^ air de devoir et de vertu.

5^. Les passions surgissent d'aulaut plus tyran-

530 PONCTIONS DE RELATieN.

niques que les déterminations tle la ' volonté sont moins calmes «t moins puissantes; on ne saurait donc trop s'attachei* à ne plus autant développer l'imagination au préjudice du jugement, faculté si précieuse et, de «os jours, malheureusement si rare : puisque Timagination est la folle du logis j te jugement devrait sans cesse en être le mentor.

53, Les passions doivent -elles être employées comme moyens tiiérapeutiques? en d'autres termes, est-il permis de développer une passion pour guérir une maladie ou une auti-e passion préexistante? Nul doute que certains sentiments, qui agissent à la ma* nicre des passions, ne puissent être mis en jeu pour laguérison de Tâme ou du corps; mais les passions proprement dites ne doivent être employées à cet usage que dans les cas exceptionnels, et d*accord avec les principes sévères de la morale chrétienne.

Traitement législatif. — 54- L'homme, ce com — posé de passions, est destiné â vivre en société; mai?è=3 la société elle-même développe de aouvelles passion'^ que l'homme isolé ne connaîtrait pas, et qui tenden ^ à troubler la tranquillité générale : de là, la nécessit^^ de lois répressives.

55. Le traitement législatif des passions offre bi quelques mesures de police propres à lès réprioiei mais il consiste surtout à punir les eiccès qu^elles fantent, dès le moment que ces excès dev}enner"^=3l nuisibles à la société.

56. L'amende, la confiscation, la r^aratio-^^' d'honneur, la dégradation civique, la surVeiHanc::::^^ de la haute police, la privation des droits civils, viques et de fiamille, l 'emprisonnement, la réelusior

FONCTIONS CÊBÊSIKVlMTELLEGTCnBLLES ET AFFECTIVES. SKi

les travaux forcés, l'exposition, le bannissement, la déportation, enfin, la condamnation à mort: telles sont les peines que prononce la législation française contre les infractions, les délits et les crimes qtA troublent l'ordre social.

67. En ajoutant à ces peines la torture, que Louis XVI a supprimée en France, la mort civile, tout récemment effacée de notre Code , le fotiet , la bastonnade, la mutilation, la potence, les fers, l'exil, toujours en vigueur chez quelques peuples de l'Europe; puis l'esclavage, la cangue, la roue, la claie, la marque sur le front, l'empalement, la suspension par les aisselles, le chevalet, le supplice du feu, celui de la faim, celui de la croix, l'enterrement et la dissection du vivant, encore en usage chez quelques autres nations qui se prétendent civilisées, on atira réuni les principaux moyens employés par les législateurs pour arrêter les désordres sociaux qa€ les passions entraînent à leur suite.

Traitement religieux. — 58. Nous venons de voir ]a législation et la médecine s'efforcer de prévenir les passions, ou d'en réparer les tristes effets, l'une en sévissant contre les délits qui troublent l'ordre social, l'autre eh donnant des conseils hygiéniques pour maintenir !es besoins de l'homme dans de justes limites, et en s' appliquant à guérir les maladies, suites inévitables de tous les vices : la Religion fait phls encore.

59. Dans sa continuelle vigilance, elle embrasse tmite l'humanité, cette grande famille qui a Dieu pour père, et la terre pour exiU k ses yeux, les hommes étant tous frères , elle leur témoigne la

même tendresse, leur donne les mêmes lois, leur promet les mêmes biens. Mais comme^ dans un monde qui passe, le juste ne saurait trouver de récompenses proportionnées à ses sacrifices, c'est dans le sein de Dieu qu'il goûtera un bonheur dont ses passions vaincues ne viendront plus troubler réternelle extase.

60. Le christianispie ne se contente pas de nous voir observer ses préceptes par la crainte seule des peines de l'autre vie : il exige que le mobile de toutes nos actions soit l'amour de Dieu, et du prochain en Dieu : loi d'amour, dont l'accomplissement ennoblit le cœur, éclaire l'intelligence, et rend l'homme véritablement libre, en régularisant tous ^es besoins. .

61. Outre les sacrements, qui purifient l'âme, en même temps qu'ils diminuent les souffrances du corps , la Religion prescrit l'usage journalier de la prière comme un rempart puissant contre les aittaques continuelles des passions. Il n'est pas, en effet, de moyen plus propre à dissiper ces dangereux ennemis de notre repos, que cette fréquente communication de l'homme avec son Créateur.

62. Aux sacrements et à la prière, la Religion joint encore le jeûne et l'abstinence, moyens hygiéniques propres à amortir la violence des passions; et, dans sa profonde sagesse, elle les prescrit plus longs cX plus sévères précisément à l'époque de Tannée C3^ toute la nature est sur le point d'entrer en ferme ^^' tation. La rigueur de la saison, la misère , une corr^S' titution affaiblie par l'âge, la maladie, ou le trava :^'> s'opposent-elles à ce que l'on suive le précepte, çU i^

en dispense facilement ; mais elle veut que chacun y supplée par une aumône proportionnée à sa fortune. C'est ainsi qu'en combattant deux vices, malheureusement si communs, l'intempérance et l'avarice, la Religion affaiblit les transports de l'amour et l'impétuosité de la colère , en même temps qu'elle verse le superflu du riche entre les mains du pauvre : admirable institution, qui fait expirer sur les lèvres de l'indigent le blasphème contre la Providence, et change en bénédictions les fureurs que lui eût inspirées l'envie! Les institutions humaines ont-elles jamais fait preuve d'autant de sollicitude, de prudence et de charité?

63. Les trois modes de traitement que nous venons d'apprécier n'échouent que trop souvent quand on les emploie isolés, tandis qu'on a fréquemment observé l'effet salutaire de leur concours. Pourquoi donc ne pas toujoura combattre les passions avec un ensemble de moyens' qui ont entre eux les plufe grands rapports, et qui tendent au même but? La médecine, la législation et la religion s'occupent, en effet, de l'homme, depuis son berceau jusqu'à sa tombe, et toutes trois n*^ont en vue que son bonheur: seulement, l'une veut plutôt en faire un individu robuste; l'autre, un citoyen paisible; la dernière, ^n homme éminemment vertueux. Toutes trois font encore observer leur code par les mêmes motifs , l'intérêt et la crainte : pour ceux qui le respectent, la santé, l'estime publique, la paix d'une bonne conscience, avant^oùt des joies célestes ; pour ceux qui le violent, la maladie, les punitions des hommes, les châtiments de Dieu ; toutes trois, enfin, ont

33/i rONGTIOKS D£ &EiAT|02k . .

chacune leur ministre : le médecin, ^i soulage; le magistrat, qui punit ; le prêtre, qui pardonne.

De la Récidive dans ta Maloftie, dans le Crime et dans la Passion,

64* Malgré raugmentation de la peine prononcée contre les récidivistes, le chiifre annuel de& récidives en matière criminelle et en matière correctioiiDetle a plus que doublé depuis dix ans.

65. Quelles sont les causes qui portent tant d'individus, déjà frappés par la justice, à rentrer dsLos U carrière du crime ? Les principales sont ;

1 "^ L'abus des circonstances atténuantes , ainsi que l'inexacte constatation des récidives^ qui, ne permettant pas de proportionner la peine au délit, énerve la répression, et encourage au crime.

2!" Les vices de notre système pénitentiaire, ^i, malgré de récentes améliorations, re^etle dans la société des condamnés pour la plupart nullement corrigés, et même plus pervertis qu'avant leur châtiment.

3"* Le manque de patronage et de surveillance de tous les libérés de justice,, auxquels le séjom de la capitale devrait être interdit, au moins pendant quelques années d'épreuves, à cause du grand nomhre de malfaiteurs qu'elle renferme,, et des anciens camarades de détention qu'ils peuvent y retrouva.

4'' Le manque d'ateliers spéciaux où ils auraîenk constamment de l'ouvrage, et d'une colonie dans laquelle ils pourraient devenir propriétaires.

5"* La privation de l'espoir d'une franche et entière réhabilitation, espoir qui suffirait pour ramena beaucoup de libérés dans la voie du biea«

PONCTIONS GÊRÉBaOHUCrBLL£€TUELLES BT AFFECTIVES. 5^5

6"^ £iiÛBi rirréligiou profonile des récidivistes^ et trop souvent rimmoralité de ceux-là méoie qui, par leurs bons exemples, devraient améliorer les masses, et ramener les condamnés à la vertu.

66. Énumérer les causes qui favorisent le plus les récidives, c'est en faire connaître le principal remède, lequel consisterait à les éloigner toutes. Il faudrait ensuite, dans un bon système pénitentiaire, chercher à guérir le condamné de la passion doqiinante qui lui a fait commettre un nouveau crime ou un nouveau délit. La plupart des voleurs, en effet, ne volent pas pour le plaisir de voler, ni les assassins, pour le plaisir de tuer : la paresse, Tivrognerie, le libertinage, la colère, la cupidité, les poussent seuls au vol ou au meurtre : ce sont donc ces vices qu il faut déraciner, si l'on veut que ces malheureux ne retombent pas dans les mêmes crimes.

&j. En punissant les coupables, le législateur n'a pas eu seulement «n vue d'intimider les citoyens vicieux : il a dû compter aussi sur la réforme morale des individus atteints par la loi. C'est ce à quoi l'on pourrait parvenir si les gouvernements voulaient reconnaître l'existence d'une corporation religieuse spécialement chargée du soin des prisonnier;»* Combien d'entre eux, en effet, reviendraient à la irertu, si la loi qui les frappe les environnait ep loeme temp^ d'hommes honorables, occupés de lew flaire reconquérir leur dignité morale, en leur inspirant l'amour du travail, et en gravant dans leur esprit des idées d'ordre et de religion, sans lesquelles la société ne saurait sub^ster !

6&^ Qujelque. peryers que soit le criminel, il est

bien rare qu'on ne puisse faire vibrer dsn^ son cœur une fibre capable de le ramener au bien^

69. Ce qui favorise les rechutes dans la passion, c'est le besoin immodéré d'émotions ou d'excitation, besoin qui devient d'autant plus impérieux que la passion a été plus souvent satisfaite; car la fréquente réitération des mêmes actes ne tarde pas à produire Vhabitude , qui n'est autre chose que le dernier degré de la tyrannie du besoin , puisqu*âlors la passion se satisfait sans combat, presque sans remoï'dsy et, pour ainsi dire, machinalement. Cette loi physiologique et morale, dont la connaissance est si importante, né prouve-t-elle pas que, dans leur premier degré, les passions demandent; qu'an deuxième, elles exigent; qu'au troisième, elles contraignent?

70. Ce qui doit surtout nous engager à sortir de notre esclavage, c'est la fatale corrélation qui existe entre la passion, la maladie et le crime. Et, en effer, la récidive dans la passion amène très-souvent la récidive dans la maladie, et presque toujours la récidive dans le crime.

71. Voulons-nous sérieusement notre bonheur cl celui de nos semblables, appliquons-nous à connaître la passion qui nous est habituelle; car c'est elle qui dirige presque toutes nos actions, et qi^i 1 par cela même, constitue notre caractère. Les autr^* passions ne sont guère qu'accessoires : la passi^^dominante, c'est notre propre fonds, c'est not*^ Cette connaissance une fois acquise, travaillons to ^* les jours à briser quelques anneaux de la chaîne cf ^ nous relient esclaves. Si, en tombant, l'homme fC*^

PONCTIONS GÉRÊBRO-INTELLECTUFXLES ET AFFECTIVES. 337

preuve de faiblesse, en se relevant de sa chute, il fait preuve de vertu.

72. Aux yeux de la Religion, la vertu est le triomphe habituel de la volonté aidée du secours divin, sur les mauvaises inclinations de notre nature; c'est aussi la santé de râmc , conservée par l'innocence, ou recouvrée par le repentir,

73. Quelque fréquentes qu'aient été nos rechutes, nous ne tarderons pas à nous réhabiliter, à reconquérir notre dignité d'homme, si nous suivons à la fois les conseils de l'hygiène, qui nous rendront plus forts; ceux de la loi, qui nous rendront plus sociables; ceux de la Religion, qui nous tendront meilleurs, et en même temps plus heureux.

74. La vie est un chemin escarpé, que borde de chaque côté un précipice souvent caché par des fleurs : le médecin, le prêtre et le magistrat devraient toujours s'y rencontrer, pour tendre une main secourable aux imprudents qui s'approchent trop près des bords.

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