‹ Les merveilles du corps humain; précis méthodique d'anatomie, de physiologie et d'hygiène dans leurs rapports avec la morale et la religionChapitre 40 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La ^^oix est le son produit dans le larynx par les vibrations que Tair éprouve en traversant la glotte. Ce qui constitue la parole, c'est la modification, l'articulation imprimée à la voix par l'action des diverses parties de la bouche.

La voix est commune à tout animal qui respire par des poumons; la parole, c'est-à-dire la i^oix articulée et intelligente, n'appartient qu'à l'homme. C'est à l'aide de ce précieux privilège qu'il agrandit le cercle de ses relations sociales, qu'il cultive son esprit, qu'il multiplie ses connaissances, toutes émanées du Verbe créateur.

Nous allons exposer : i" l'appareil vocal; a** le mécanisme de la voix et de ses différentes modifications; 3* les règles hygiéniques à suivre pour la conserver dans son état normal.

§ I. Appareil voeal.

Cet appareil, si parfait chez l'homme, se compose de deux parties qu'il importe de distinguer : Tune, fondamentale, ne manquant à aucun animal capable

de produire des sons, des i^oix : c'est le larynx ou porte-çojelles ; l'autre, de perfectionnement, est la cavité buccale y ou porte-consonnes , laquelle comprend : la langue, le palais, les joues, les dents, les lèvres, et même les fosses nasales, dont nous avons déjà parlé. Grâce au développement harmonieux de ces organes secondaires, grâce à leur docile mobilité, nous possédons, seuls dans la nature, un langage articulé, seuls nous jouissons du précieux don de \^ parole.

Jn3truxnent spécial de la voix, le larynx (du grec A«puy$, aifflet) nous présente un appareil assez compliqué : quatre cartilage»* un fibro-^cartilage^ des muscles intrinsèques et extrinsèques, une membrane rauqueu$e| plusieurs corps glandulaires^ de$ liga- Hoents, défi vaisseaux et des nerfs entrent dans sa composition. Il est placé sur la ligne médiane du cprps, à la partie supérieure et antérieure du cou, au-'dessous de l'os hyoïde, qui lui ©st commun avec la langue. Par sa face postérieure, le larynx est annexé au conduit alimentaire ou œsophage; en avant, il e«t recouvert par la peau et par le corps thyroïde, dont le développement anormal est connu sous le nom àe goitre; enfin, des vaisseaux et des nerfs volumineux répondent à ses parties latérales.

Le larynx a la forme d'un cône tronqué renversé surmontant la trachée-artère, avec laquelle il communique. Il est composé de plusieurs pièces, mobiles les unes sur les autres, et dont l'ensemble peut aussi s'éloigner ou se rapprocher des parties environnantes. Sa cavité est tapissée dans toute son étendue par une membrane muqueuse. On y remarque

quatre replis merabraneiix , disposés à peu près, deux àdeuxy comme les bords d'une boutonnière : les deux replis les plus élevés constituent les liga^ ments supérieurs de la glotte ; les deux autres sont les cordes vocales ou ligaments inférieurs de la glotte y ouverture triangulaire occupant leur intervalle, et qui, au moment de la déglutition, se trouve fermée par le fibro-cartilage appelé épiglotte.

La cavité du larynx se continue inférieurement avec celle de la trachée-artère. C'est à l'inflammation de leur muqueuse que Ton a donné le nom écossais de croup, variété de l'angine, dans laquelle il se forme de fausses membranes, qui tapissent les voies aériennes et déterminent très-souvent la suffocation.

Les muscles du larynx sont distingués en extrinsèques et en intrinsèques : les premiers attachent l'instrument aux parties voisines ; les autres impriment le mouvement aux quatre cartilages dont il est composé.

Le cartilage thjrréoïde, qui constitue la principale pièce du larynx, occupe ses parties antérieure, supérieure et latérales ; il parait formé par la réunion de deux lames quadrilatères produisant en avant par leur jonction l'angle saillant, vulgairement nommé Pomme dAdam. Il est situé entre l'os hyoïde, qui est au-dessus, et le cartilage cricoidcy qui est audessous. Au milieu de sa face interne, se trouve un angle rentrant, donnant attache aux cordes vocales, et contenant les deux cartilages arjrthénoïdes. Ses bords postérieurs^ élevés verticalement, se terminent de chaque côté, en haut; par un prolongement en forme d'épée, qu'on appelle sa grande corne ; en

3ôO roNcnoNS de relation.

bas, par une autre éminence, moins saillante, qu'on nomme sa petite corne, et qui s'articule avec le cartilage cricoïde.

Les dimensions du larynx varient selon les individus ; il est plus volumineux chez Thomme que chez la femme, et situé plus bas.

§ II. AléeaniMiie vocal.

On se tromperait fort en ne recherchant que des effets physiques ou mécaniques dans la production de la voix. La puissance vitale est ici nécessaire avant tout. Cela est si vrai, que si Ton pousse de l'air dans la trachée-artère d'un cadavre^ le larynx reste muet. Ce sont quatre rameaux nerveux de la huitième paire, ou pneumo-gastriques, qui, chez le vivant, transmettent aux muscles du larynx le mouvement nécessaire pour que le son ait lieu : coupez ces nerfs, à l'instant même la voix est détruite.

Chassé par le soufflet pulmonaire, l'air s'élève rapidement dans le tuyau porte-voix. Resserré en traversant la glotte, il entre en vibration, et résonne dans les sinus du larynx, dont les cordes vocales frémissent et donnent aux sons leur timbre, c'est-à-dire le sentiment habituel qui les caractérise.

Pendant la production de la voix, laquelle coïncide avec le temps de l'expiration, le larynx se meut en totalité et dans ses diverses parties. Pour les sons aigus, il s'élève en même temps que les cordes vocales soni tendues et rapprochées. Pour les sons graves, le contraire a lieu. Quant à la forme et à la

DE Là VOIX ET D£ LA PÂR(H.E. 361

faiblesse de la voix, elles tiennent surtout à la quan- * tité d'atr expulsé des poumons et au degré de vitalité des oi^anes expirateurs.

Le larynx, le plus admirable de tous les instru^ ments de musique, réunit les avantages des instru* ments à cordes et à anches, avec lesquels on s'est complu à vouloir le comparer. Les sons ravissants qii'en tiraient les Garât, les Martin, les Elleviou, les Ponchard, les Rubini, les Duprez, ont prouvé à leurs contemporains combien est puissant le charme de la voix humaine quand la nature et l'art s'entendent pour la porter à sa perfection.

Nous avons signalé dans l'appareil vocal deux parties distinctes : Tune, fondamentale, ou tuyau laiyngien; l'autre, de perfectionnement, ou cai^ité buccale. Nous trouvons également d'eux éléments dans le langage, les voyelles et les consonnes : les voyelles, sortant toujours du larynx, constituent le fond du langage ; les consonnes, produites par les organes compris dans la bouche, en constituent la forme, le internent.

— C'est à la voix laryngienne, à la voix instinctive qu'est dû le cri, moyen d'expression formant un langage borné, et toutefois parfaitement saisi par les animaux, dont les besoins sont bien moins nombreux qtie les nôtres. Pour l'émission des différents criSy il suffit des lettres appelées uoyellesy et que je nommerais volontiers les caractères du sentiment *; voilà pourquoi les véritables interjections, qui se

* Le jeu brillant et passionne du chant italien ne coïncide t-il pas avec Je retour fréquent des voyelles les plus sonores ?

réduisent aux cinq sons a, e, i, o, u, se retrouvent chez tous les peuples. Remarquons en passant que l'interjection est le premier cri poussé par Tenfaut qui vient de naître, comme elle est le dernier son exhalé de la poitrine du mourant.

Caractères de la pensée, les consonnes, ou sons articulés, peuvent être distingués en labiales {b^ jp), particulièrement dues à l'action des lèvre&; en deu'» taies {cl, t)y dues à celle des dents; en gutturales (g, Â), âues au gosier ; en palatale (l) y provenant de la langue sur le palais; en nasales (jn, n)j dues à l'intervention spéciale des ondes sonores des fosses nasales; enfin, en sifflantes {/, v, s, j, z, h, x)j résultant surtout du frottement de l'air contre les parois de la bouche. Comme on le voit, il n'est pas une partie entrant dans la composition de notre double tuyau porte-voix, qui ne contribue à la formation des lettres. Cela explique la défectuosité de la prononciation dès qu'une de ces parties vient à s'altérer.

Nous ne saurions parler des lettres, c'est-à-dire des divers signes ou sons caractéristiques, dont se compose l'alphabet, sans signaler ici l'influence exercée parle climat. Quel linguiste n'a pas observé la fréquence des voyelles dans les langues du Midi, et celle des consonnes dans les langues du Nord? Cette différence ne tiendrait-elle pas à ee que les Septentrionaux sont plus tourmentés par l'activité de l'intelligence, et les Méridionaux, par la chaleur du sentiment ?

Chez les Français, dont le climat est tempéré, on trouve dans la langue une harmonieuse distribution

des voyelles et des consonnes, de raéme qu'on Vemarque, dans les nombreux chefs-d'œuvre de leur littérature, un heureux accord de l'imagination, du bon sens et du bon goût.

S'il ne faut que des voyelles, que des cris instinct lifsj pour rendre nos sensations et nos sentiments ])rimordiaux, il faut des consonnances, des conson* nés pour la parole, pour cette voix acquise, comprise et articulée, parce qu'elle ne se borne pas à traduire vaguement chacun de nos besoins animaux, sociaux et intellectuels, mais qu'elle peut les exprhner jusque dans leurs moindres nuances, même jusque dans leurs rapports avec le Verbe éternel, dont procède tout alphabet, tout langage, toute révélation, toute science, en un mot tout ce qui a eu un commencement.

Ainsi, le en est le moyen de communication instinctive entre les animaux doués de la voix ; la parôle est le moyen de communication intelligente des hommes entre eux et avec leur Créateur.

Quant à la transmission de la pensée, c'est surtout un de ces mystérieux phénomènes devant lequel la science humaine n'a qu'à s'incliner. Sans doute, lorsque nous exprimons une pensée par la paroJe,^ le souffle exhalé de notre poitrine devient d'abord de l'air battu,, un son articulé qui vibre dans l'oreille; mais la pensée, qui émane d'un être intelligent, ne se change pas en sons, elle ne s'en sert que comme d'un véhicule; et, parvenue à l'âme de ceux qui nous écoutent, elle est restée tout entière dans sa nature immatérielle et lumineuse.

Et puisque je viens de parler du Verbe, qu'il me

36& FONCTIONS DS lELATION.

soit permis de donner ici un aperçu philosophique sur ce nom mystérieux.

Je n^avais jamais compris la véritable valeur de ce substantif, avant d'avoir médité les admirables lignes qui commencent YÉvangile de saint Jean^ lignes qu'un philosophe néo-platonicien souhaitait voir inscrites en lettres d or au frontispice de toutes les écoles : Au commencement était le Verbe , et LE Verbe i5tait en Dieu, et lé Verbe était Dieu.

Le mot i^erbe signifie parole ; et, en remontant à l'origine des choses, la parole divine^ qui est Irrité, esprit et vie.

Cette divine parole, renfermant en elle toutes les existences, s'est un jour manifestée, et tout a été fait.

Verbe désigne donc Y Être des êtres, l'Être qui crée d'un mot, le Créateur,

Dans le Verbe ou Parole de Dieu, resplendissent la puissance créatrice du Père, l'intelligence miséricordieuse du Fils, Verbe incamé ponr le salut des hommes; puis l'amour infini de TEsprit-Saint, ainsi nommé pour faire conaprendre que cet amour qui procède du Père et du Fils, en les unissant, est pour ainsi dire leur souffle {spiritus)^ leur éternelle spiration.

Ainsi, Verbe exprime à \A fois la suprême Puissance, la suprême Intelligence, le suprême Amour, c'est-à-dire Dieu, l'auteur et la plénitude de la vie, l'ensemble adorable de toutes les perfections.

Si maintenant nous descendons à l'acception grammaticale du substantif i^erbe , nous trouvons que i^erbe désigne le mot des mots, comme Bible désigne le lii^re des Hydres, le livre par excellence.

I^ verbe est en effet la clef, ou plutôt Tàmc du discours, le mot sans lequel on ne pourrait affirmer ni Texistence ni ses différents modes.

Et, de même qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il n^ a en réalité qu'un seul verbe : les autres mots ainsi appelés renfermant tous un acJjec tif quaMûcSitif, facilement dégagé du verbe être par l'analyse *.

En résumé, le Verbe est Dieu^ VÉtre des êtres; et, pour que l'homme sache bien que tout langage parlé ou écrit émane de Dieu, le mot par excellence porte le nom de verbe ; puis, précisément, le verber substantif être suffit pour affirmer les innombrables modifications des créatures présentes, passées ou futures, en présence de Celui qui est éternellement le même.

Ferbe et Étrey magnifiques synonymes de Dieu 1

On me pardonnera sans doute cette digression, que je n'ai pas crue déplacée dans un chapitre où sont exposées les merveilles de la voix humaine; mainte-^ nant, je reviens à ses diverses modifications.

— On se contente de définir la parole une voix

^ Le mot chargé de désigner les êtres, le nom ou substantif, ne les repré^ sente qu'à l'état de vague isolement, d'immobilité, ou de mort. Le verbesubstantif être peut seul constater leur existence. Pour les verbes-adjectifs, ils se bornent à signaler l'action ou la situation de l'être renfermée en eux. (Je dormais = j'étais dormant; ils lisent = ils sont lisant,)

Aussi, dans l'hébreu, dans cette langue mère, émanée de Dieu, et, par cela même, si pleine de vie et de révélation, chaque nom peut devenir verbe, étant déjà presque verbe par lui-même. Tant il est vrai que le Créateur a laissé dans toute la nature, et principalement dans le langage, l'empreinte de son Verbe étemel !

On l'a dit avec raison, cette présence du Verbe qui anime, éclaire, féconde les inlelligences, n'est ce pas elle qui devrait inspirer la verve des poètes, trop souvent oublieux que verbe et verve sont deux mots identiques , séparés seulement par une légère dissonance ?

articulée^ j'ai cru devoir ajouter et intelligente : parler, en effet, ne consiste pas uniquement à joindre des consonnes à des voyelles, à articuler des mots, c'est surtout à attacher un sens à ce que l'on prononce ; voilà pourquoi l'homme intelligent seul sait réellement parler; Tidiot, aussi bien que le perroquet, se borne à articuler vaguement le petit nombre de mots qu'il a fini par retenir.

a La parole, dit Damirôn, est produite par un organe si vivant, si riche et si délicat, si docile et si prompt, si variable et si perfectible ; elle est si souple, si mobile^ si facile à conduire, susceptible de tant d'art, de combinaisons et de ressources ; elle va si bien comme l'âme, qu'elle en est réellement le plus fidèle interprète. Elle lui est quelquefois d'une telle utilité qu'on serait presque tenté de les confondre l'une avec l'autre et de dire indifféremment : Point de pensée qui ne soit parole, point de parole qui ne soit pensée. Il suit de là que la parole se plie à tout et se prête à tout, ressent tout, accuse tout, s'adapte et obéit aux moindres actes de l'intelligence, s'y conforme de point en point, les traduit à la perfection; en sorte que, dans toute langue qui n'est pas trop grossière, il est bien peu de perceptions qui ne puissent passer dans le discours. » {Psychologie.)

Ainsi, ce qui distingue essentiellement l'homme des animaux est moins le don de la parole que la science de la parole. « Dieu, dit le texte chaldaïque, souffla su?' la face de l'homme, et l'homme fut fait esprit parlant. » La parole, dont l'origine est divine, coexiste donc avec la pensée : elle en est le rayonnement, le vêtement lumineux.

— L'accélération et la force imprimées au timbre habituel de la voix constituent Vaccent, lequel^ autrefois , différait presque dans chaque localité. Un double effet de la civilisation a été de diminuer Tacf* cent particulier à chaque province, et d'affaiblir les traits saillants de notre caractère national.

Il est des personnes dont la voix criarde nous étourdit, tandis que d'autres nous causent un ennui soporifique, par leur voix sourde et inarticulée. Ces défauts de prononciation disparaîtront d'autant mieux qu'on aura pris plus tôt un maître de lecture perfectionnée. Quant au ion brusque, hardi ou moqueur, qui dénote toujours un manque de civilité, on parviendra aussi à s'en corriger par une grande attention soutenue d'une volonté bienveillante. La politesse, si bien définie Vamahilité apprise^ devra s'attacher à mettre une douce harmonie entre le regard, l'attitude, les gestes et le son de la voix : simple devoir de société, la politesse devient un devoir sacré, un besoin du cœur, quand il s'agit de témoigner à des parents l'amour et le respect que l'on a pour eux.

— La voix est-elle modulée en sons parcourant les degrés de l'échelle harmonique, elle constitue le chanty l'expression la plus naturelle des sentiments et des passions; et les sons appréciables, susceptibles d'être notés, ont reçu le nom de notes. Il suffit d'examiner les mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement opérés sur le larynx d'un chanteur dont le cou est à nu, pour se convaincre que le chant exige bien plus d'efforts que la parole.

— Quant à la déclamation, c'est une sorte de

débit chanté) clans lequel les tons ne sont pas complètement appréciables. Les Italiens continuent à chanter les vers; nous les déclamions trop autrefois; Talma nous a appris à les dire, et M"^ Racbel achève les admirables leçons de ce grand tragédien.

— Il e^t une dernière modification de la voix, improprement appelée ventriloquie ou engastrîmie, puisqu'il est impossible de prononcer une parole dans le ventre^ ni même au-dessous du larynx.

Cet artifice, dont on n'a pas encore donné d'explication satisfaisante, paraît consiste»* à retenir et à distribuer d*une certaine manière Tair destiné à former le son vocal; puis à modifier l'articulation des mots, jusqu'à ce que l'on parvienne à imiter le timbre de voix d'une ou de plusieurs personnes qui appelleraient du fond d'une cave , d'un puits, de derrière un mur, ou de l'intérieur d'une cheminée. Fitz-James, Borel et Comte m'ont plusieurs fois donné cette intéressante récréation.

— Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à là voix sans consacrer quelques lignes à la musique, sorte de langage universel, destiné à rendre les pensées et surtout les sentiments, par une suite de sons qui s'appellent les uns les autres.

Puissant modificateur de l'organisme, dont elle remue les moindres fibrilles, la musique peut opérer les effets les plus favorables comme les plus nuisibles, selon que son caractère se trouve approprié ou non à notre situation physique et morale. Religieuse, elle élève l'âme à Dieu, et calme les passions humaines; guerrière, elle sait au besoin ranimer le courage abattu ; grasse et douce ^ elle soulage les

souffrances du corps, en communiquant à ses fibres un mouvement plus régulier; wVe et légère, elle peut dissiper le chagrin et provoquer la gaieté. Telle est la musique que nous devons préférer. Mais évitons cette artillerie musicale qui nous assourdit sans toucher notre cœur; cette musique inintelligible etloquace, à laquelle il faut des milliers de notes pour mal rendre un seul sentiment ; défions-nous surtout de cette musique molle et voluptueuse qui ne fait que tendre des pièges à Tâme, au lieu de la dispo^r à la vertu.

Il est bien surprenant que les modernes, avec toutes les ressources que leur a apportées la découverte de V harmonie, science toute céleste, produisent si rarement ces effets prodigieux que les anciens obtenaient simplement avec la mélodie. Ne serait-ce pas que notre musique est en général trop savante, trop compliquée, puis trop exigeante, perdant de vue que chaque voix, comme chaque instrument, ne peut parcourir qu'une certaine région de sons et de sentiments, au delà de laquelle il ne faut rien lui demander? Pour moi, je voudrais trouver, dans la plupart des grandes compositions musicales, moins de longueurs, moins de répétitions, moins d'obscurité, moins de confusion dans les genres, beaucoup moins de notes enfin, et un peu plus de choses. Oui, le bon goût, d'accord avec le bon sens, réclame que la musique et la poésie sa sœur abandonnent aux saltimbanques les tours de force et les propos licencieux, pour ne songer qu'à émouvoir utilement les âmes par une éloquente simplicité de style, l'un des premiers caractères du beau.

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Benurqnes et Cooseils hygiéniques relatifs à la voii.

I . L'exercice modéré de Tappareil vocal donne à son jeu plus de flexibilité, plus de grâce, plus de force et d'étepdue.

:). S'obstiue-t->on à forcer sa voix , à Texercer outre mesure, surtout en plein air ou en face d'une fçnétre ouverte, on est à peu près œrtain d'en altérer bientôt la pureté; il peut même arriver qu'on la perde entièrement, et parfois avec la vie : on cite deux poètes comédiens, morts subitement par la rupture d'un vaisseau : François Brécourt, en jouant sa comédie de Timon; et Molière, en prononçant avec trop . de feu le juroy dans son Malade imagi-nuire.

3. I^es orateurs, les professeurs, les avocats, les acteurs, les chanteurs ne seraient pas si fréquemment atteints d'affections graves du larynx, s'ils ne négligeaient pas autant l'observance du précepte : uti, non abuti (use^ mais n'abuse pas).

4. Nous recommandons surtout à ces derniers de faii^ usage d'une alimentation tonique sans être échauffante ; d'éviter les liqueurs fortes, les condi* mei^ts acres ou acides, ainsi que les noix, au moment de chanter.

5. Ils devront aussi se mettre en garde contre les refroidissements si faciles à gagner dans un courant d'air, et si souvent suivis d'aphonie ou extinction de voix. C'est particulièrement à eux qu'il convient, pendant l'hiver, de mettre dans la cravate un cous*

DB Là von IST DE LA PABOLE. S7i

sinet de crin ou de coton , qui, la tenant mieux appliquée contre le cou, protège le larynx du froid et de rbumidité, ces deux grands ennemis de la voix.

6. Plus que personne, ils devront observer toutes les règles de la tempérance, dont la violation ne manquerait guère de leur laisser un de ces timbres qui caractérisent le crieur public, Tivrogne de profession ou la tille de mauvaise vie.

7. Rappelons ici un conseil déjà plusieurs fois donné aux gouvernements : c'est de faire entrer îa musique vocale dans le plan de notre éducation publique ', non-seulement comme Tun des exercices les plus agréables et les plus salutaires, mais encore comme Tun des meilleurs moyens de moraliser les masses. Qui sait même û ce genre de musique, déjà si utile à un grand nombre d'aliénés, ne parviendrait pas à dompter certaines natures de criminels, en les ramenant doucement au bien ?

8. Fidèle à notre plan, terminons par quelques conseils moraux et religieux sur Thygiène de la langue, en tant qu'elle a pour office la transmission de la pensée ; car, Parini l'a dit avec justesse : « La langue est la partie par laquelle les médecins reconnaissent les maladies du corps, et les philosophes celles de l'âme. »

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