CHAPITRE Yl
§ 1. Des Rêves.
On peut réduire aux propositions suivantes ce que la science humaine a entrevu de plus important sur les rêves, auxquels nous avons cru devoir consacrer un chapitre spécial.
1 . Pendant^ le sommeil, l'activité des sens se trouve suspendue, et le jugement ne vient guère régler les écarts de l'imagination .
2. On peut donc dire, en thèse générale, que le sommeil est le règne de l'imagination privée de mentor \
3. On appelle reines certains assemblages d'idées, d'images qui, pendant le sommeil, se présentent à l'esprit d'une manière phis ou moins confuse. Cet3 mêmes idées, mieux perçues, mieux liées, offrentelles une apparence de raison , on leur donne le nom de songes.
Il est deux autres variétés de rêves, le somnambu^
^ Yoif, à la fin du Yolume, note 0, une des plus belles pages de la langue française sur le sommeil ; elle est due à la plume de l'éloquent panégyriste de Jouffroy.
lisme, dont nous nous occuperons tout à l'heure, et le cauchemar, à la suite duquel le rêveur, éveillé par une anxiété courte, mais dont la sueur qui le baigne atteste la violence, se rappelle d'ordinaire qu'un monstre était placé sur sa poitrine, que des brigands le poursuivaient, qu'il tombait à l'eau, qu'il roulait dans un précipice, ou qu'il sautait en Tair par l'effet d ' une forte explosion .
4. Les rêves ne sauraient être étudiés avec fruit, si l'on ne réunit aux aperçus psychologiques les données les plus positives de la physiologie et de la médecine pratique.
5. Ainsi que les maladies, les rêves ont des causes prédisposantes el des causes déterminantes, dont il n'est pas toujours facile d'apprécier l'influence respective. Ce qu'il y a de certain, c'est que les causes internes des rêves sont bien plus nombreuses que les causes externes.
6. Les rêves naissent le plus souvent des idées qui nous sont les plus familières ou qui se rapportent à notre travail habituel , à notre profession ; — de ce qui nous a vivement émus pendant la journée ; — d'un des derniers sujets dont l'esprit s'est occupé le soir; — de la suppression d'une évacuation sanguine habituelle; — de l'état actuel du corps; — enfin, des causes externes qui agissent sur lui.
7. L*âme étant essentiellement active, on peut croire que l'on rêve toujours' pendant le sommeil, comme on pense toujours pendant la veille. Montesquieu l'a dit; « Notre esprit est une suite d'idées, comme notre cœur est une suite de désirs. »