‹ Les merveilles du corps humain; précis méthodique d'anatomie, de physiologie et d'hygiène dans leurs rapports avec la morale et la religionChapitre 46 sur 70 · Il est des rêves dont on ne conserve aucun sou · texte numérisé non relu

Il est des rêves dont on ne conserve aucun sou

DBS RÊVES t DU SOMNAMBUUSIIE ET DU MAGNÉTISME. 381

venir ; il en est d'autres dont il ne reste qu'un souvenir confus; enfin, on se rappelle quelquefois jusque dans les moindres détails l'objet que Ton a rêvé : c'est ce que l'on doit entendre -par lucidité des songes.

9. Cette lucidité est d'autant moindre que le sommeil est plus profond : les somnambules, les extatiques et les cataleptiques en fournissent la preuve : éveillés, ils n'ont pas conscience de ce qu'ils ont pu dire, faire ou éprouver -quelques instants auparavant.

10. Dans l'état normal, les rêves sont beaucoup plus fréquents le matin que pendant le premier sommeil, et chez les hommes adonnés aux travaux de l'esprit que chez ceux qui se livrent à des travaux corporels.

11. Dans l'état morbide, au contraire, les rêves ont lieu très-fréquemment pendant le premier sommeil, qu'ils troublent d'une manière plus ou moins pénible.

12. Les rêves méritent toute Taltention des praticiens, au début surtout, puis pendant le cours d'un grand nombre de maladies, dont ils aident à reconnaître la nature et le siège. C'est ainsi que les cauciiemars fréquents annoncent un état morbide de l'estomac , l'anévrysme du cœur ou une névrose ganglionnaire.

i3. Comme le fond du caractère se décèle pendant l'ivresse, les penchants, même comprimés, se manifestent par les rêves habituels.

i4- De toutes les passions, la colère, la peur, le libertinage, l'amour et l'avarice paraissent être celles

S82 rONGTUNIS DB tlLATION.

qui produiseat le plus de réves analogues au caractère du rêveur.

1 5. Prétendre que le délire est le rêve de rhomme éveillé est une exagération : il y a anal(^ie, mais non identité.

i6. Les animaux eux-mêmes ont des rêves, et peuvent agir en conséquence de leurs rêves, dont Finstinct ne saurait leur faire concevoir la non-réalité au moment du réveil.

17. Certains songes, pris pour des réalités, s<Nit devenus, chez quelques individus, une cause de folie passagère, et chez d'autres, le premier symptôme de la folie persistante.

i8. Qu'à l'instant du réveil, un concours de circonstances vienne faire croire au rêveur que les choses se sont passées comme il les a vues en songe, il pourra agir conséquemment k sa conviction, jusqu'à ce qu'il parvienne à découvrir son erreur, erreur dont on ne saurait toujours lui imputer les suites.

19. Certains accidents qui surviennent naturellement et de loin en loin pendant le sommeil ne sont en rien préjudiciables à l'équilibre physiologique, surtout sur les adultes chastes et tempérants.

210. Au point de vue moral et religieux, ces mêmes accidents ne sauraient être considérés comme nuisibles, ayant pour effet ordinaire de calmer la violence des sens : ils ont parfois fait éviter de grandes fautes, même des crimes.

Quant au reg^^de ce qui a pu avoir lieu dans les réves, ce ne saurait être un remords pour la vcJonté qui dormait*

:ii. lies meilleurs moyens hygiéniques pour se préserver de rêves fatigants, consistent à ne faire usage d'un coucher ni trop tendre ni trop chaud; à souper légèrement, surtout quand on se met au lit peu de temps après; à maintenir la tête un peu plus élevée que le reste du corps, et à s'endormir de préférence sur le côté droit , position dans laquelle le cœur est moins comprimé , la digestion rendue un peu plus facile, et la moelle épinière dans un moindre état de chaleur.

sa. Nous recommanderons encore Texercice mus* culaire porté jusqu'à un commencement de fatigue, puis le calme de Tâme, qui en est souvent le résultat, et que Ton s'efforcera de conserver par toutes les précautions possibles.

2^. Les actes qui ont Heu pendant les songes sontils toujours exempts de culpabilité? — Non.

24. Sans doute, en thèse générale, les actes produits pendant le sommeil n'emportent pas culpabilité, mais ils peuvent être imputables par culpabilité anté'^ rieurcy si, peudant la veille, le rêveur, connaissant les suites funestes de ses actes, n'a pris aucun moyen pour en prévenir le retour, à plus forte raison s'il a cherché à provoquer ce même retour.

— £st-il étonnant que la passion dominante, qui occupe si souvent l'imagination pendant la veille, puisse être surexcitée par cette séduisante faiseuse d'images, alors que la réflexion et le jugement ne sont plus là pour en contenir la fougue? Non, sans doute. Bien qu'une foule de rêves soient étrangers à notre état moral liabituel, il n'en est pas moins vrai de dire que ceux dans lesquels nous retombons^ le plus souvent

ZSh FONCTIONS DE BEJLâTKHI.

sont ceux qui offrent le plus d'analogie avec notre caractère. Aussi, l'avare, d'ordinaire inquiet, rêve-t-il plus d'une fois qu'on veut lui enlever son or; le joueur, qu'il fait fortune ; le poltron, qu'on le poursuit; l'ivrogne et le gourmand, qu'ils se délectent; le libertin , qu'il satisfait sa lubricité ; le vindicatif, qu'il assouvit sa haine ; le vaniteux, qu'on le comble d'éloges; l'orgueilleux, qu'on l'adore; l'ambitieux, qu'il avance, qu'il monte, qu'on le couronne. Ainsi, soit éveillé, soit plongé dans le sommeil, l'homme est là où est sa pensée dominante, et sa pensée reste presque toujours fixée à l'objet de son affection on de ses craintes.

§ H. Du Somnambiillsiiie naturel et ilu Magnétisme animal.

Des rêves, au magnétisme animal, il est une transition qui se présent^ tout d'abord à l'esprit : c'est le somnambulisme naturel, variété du rêve, dans laquelle la locomotion s'exerce parfois ainsi que d'autres facultés cérébrales avec plus d'assurance même et de précision que pendant la veille. Dans cet état singulier et maladif, ilsembleque les fonctions en exercice profitent d'autant mieux de l'engourdissement des autres que l'on n'a plus conscience des difficultés à vaincre ni des dangers à courir. On cite certains somnambules qui ont terminé des compositions littéraires beaucoup mieux qu'ils n'eussent pu le £aire à l'état normal; on en a vu d'autres franchir les bords d'un abîme ou courir sur des toits très-élevés.

« DES RÊVES, DU «DMNAMBUMSME ET OU MAGNÊTIfME. 385

Pour rordinaire, ces excnrsions nocturnes se terminent saDs accident ; toutefois, elles peuvent avoir les suites les plus funestes, surtout par un réveil intem* peH^tif.

Depuis quelque teraps, un négociant de province se levait au milieu de la nuit, sortait de son domicile, et n*y rentrait que deux heures après. Inquiète de cette conduite, sa femme le suit, et le voit s'élancer dans la rivière pour s'y baigner. Les cris d'effroi qu'elle pousse réveillent le malheureux somnambule, qui, sachant peu nager, se trouble et se noie.

Du Magnétisme animal,

A quoi faut-il s* en tenir sur le magnétisme ? -*- Les ouvrages publiés en Europe pour ou contre le magnétisme s'élèvent aujourd'hui à plus de huit cents ; et, malgré toutes les expériences tentées, tous les travaux entrepris par ses partisans comme par ses détracteurs, il s'en faut de beaucoup que la question soit résolue pour les sociétés savantes, pour les médecins , pour le clergé. L'orgueil , l'ignorance , la nouveauté, les préjugés, la paresse, l'enthousiasme, la mauvaise foi, un aveuglement ridicule, la précipitation, le charlatanisme, tels sont les principaux obstacles que l'on rencontre dans l'examen de ce problème scientifique, par lui-même si difficile, et rendu encore plus obscur par le nombre et l'iraperfection de la plupart des écrits publiés à son sujet*

Je signalerai ici un traité qui m'a semblé de nature à jeter quelque jour sur cette matière tant controversée; il est intitulé : Le Magnétisme et te

3S6 FONCTIONS DE RELATim.

Somnambulisme datant les corps savants, la cour de Borne et les théologiens \ Ce Irairé, dû à WL Tabbé Ix>ubert9 ancien étudiant en médecine, m*a autant iBtéressépar la variété des connaissances de J'auteur que par la bonne foi dont il fait preuve à chaque instant. Les propositions suivantes pourront donner une idée générale de ce travail , dont elles sont euLtraites littéralement, ou avec une analyse fidèle :

1 . La lumière , le calorique, l'électricité, le galva* ntsme, la foudre, le magnétisme animal^ ne sont que des modifications d'un seul et même principe spéci-' fié dans tous les corps de la nature et dans chaque partie de ces corps.

2. Naître, vivre et mourir, c'est, pour le monde matériel, une série de phénomènes électriques dont la volonté divine règle Jes opérations.

3. L'âme agit sur le corps, et le* corps extérieurs agissent sur l'âme par l'intermédiaire do ôuide vital^ autrement dit du fluide magnétique ou électro*ner* veux. -

4- Le corps de l'homme^ possédant à la fois la vie minérale , végétale et animale , réunit toutes les conditions nécessaires pour développer une quantité considérable de fluide électrique, dont le rôle est si important dans la nature.

5. I^ cerveau est le foyer de la vie, distincte de l'âme, le condensateur de l'électricité animale; les nerfs ou cordons nerveux en sont les conducteurs; dans ce but, ils seraient providentiellement formés

* Paris, 1844, chez Germer-Bailliète ; 1 vol.in-S".— Fotr aussi l'ouvrage de M. l'abbé Caupert : Dieu et Vhomme dans leurs rapports; Paris, 1854, chez Douniol, 1 vol. ih-B".

d^une substance condurtrice, retenue par une enveloppe isolante.

6. L'électricité humaine n'agit pas seulement par le contact immédiat, elle agit aussi à distance, en tel ou tel sens, en raison de la sphère d'activité qu'elle possède et de la volonté avec laquelfe elle est projetée.

7. Tout homme qui a la faculté de mouvoir ses membres a la faculté de magnétiser, puisque magné* tiseVy c'est étendre son atmosphère électro-nerveuse, c'est diriger sur un autre individu le principe de vie qui produit en nous les mouvements volontaires.

8. Le magnétisme se pratique par quelque méthode que ce soit, parce que toutes se réduisent à disposer de son principe de vie au profit d'une autre organisation.

9. Le corps du magnétiseur est une vraie machine sécrétant de l'électricité; ce fluide, mis en mouvement paf sa volonté, s'introduit danà le système nerveux du magnétisé, puis se mêle à sa propre activité, plus. ou moins facilement, selon les rapports analogiques qu'il rencontre.

10. Le repos du corps, le calme de l'esprit , sont seuls exigés de celui qui se soumet au magnétisme : certaines, conditions morales telles que l'espérance, la confiance, le consentement même, ne sont pas absolument nécessaires.

11. L'imagination du sujet, loin d'être la cause des phénomènes magnétiques, y mettrait plutôt obstacle en activant trop chez lui la circulation nerveuse, l'exhalation, qui est l'antagonisme de l'absorption. La passiveté d'esprit et du corps sont les dispositions les plus favorables que l'on puisse rencontrer*

la. Il peut y avoir entre deux individus une lutte magnétique, dans laquelle le magnétiseur lui-méine soit vaincu; ou bien, les forces étant égales, ils se retireront , emportant tous deux une lassitude plus ou moins longue à se dissiper.

i3. La puissance magnétique n'a rien en soi de surnaturel : c'est une faculté à la fois physique et morale, commune à tous les hommes, mais inégalement départie à chacun d'eux.

14. I-^ mode particulier d'existence, désigné sous le nom de somnambulisme ^ présente une combinaison mystérieuse de l'état de veille et de l'état de sommeil.

i5. Le somnariibulisme peut être produit : i"* par le jeu propre de l'organisme, comme ch^z les noctambules, et dans certains cas d'hystérie ou de catalepsie; 2** par l'action d'un individu sur un autre; 3" par l'action de l'âme sur notre propre corps, à l'aide du fluide nerveux, comme on en a vu des exemples chez quelques philosophes de l'antiquité, et, de nos jours, chez les convuhionnaires.

16. Les noctambules, ou somnambules naturels, sont mis facilement en somnambulisme artificiel par l'action magnétique ; ils présentent alors des phénomènes psychologiques plus complets, mieux réglés.

1 7. Les phénomènes psychologiques observes pendant le somnambulisme doivent être rapportés à l'âme d'abord, puis au cerveau devenu meilleur serviteur, meilleur associé.

18. Pendant le somnambulisme^ l'âme manifeste quelquefois des facultés qu'elle possède sans doute, mais qui dans l'état de veille ne peuvent pas se traduire au dehors.

19. Le magnétisme rappelle à l'homme sa grandeur primitive, en lui donnant momentanément comme un éclair des lumières plus vives, plus étendues qu'il possédait avant sa chute : Texpérience prouve qu'en général l'individu somnambulisé est plus raisonnable, plus moral, plus religieux.

20. L'état moral habituel du magnétiseur exerce ainsi que son état actuel une puissante influence sur la nature du fluide magnétique, lequel est d'autani plus bienfaisant qu'il a été élaboré par un organisme plus pur.

2 1 . Il existe différents degrés de somnambulisme, selon le degré de pureté de celui qui émet et de celui qui reçoit.

22. Les extases naturelles et surnaturelles soiît d'un ordre d'autant plus supérieur qu'elles appartiennent à des âmes en union plus parfaite avec Dieu. Quant aux prophètes, ils ont toujours vu dans l'ordre surnaturel.

23. Il y aurait ignorance à nier tout phénomène physiologique dans le prophète ; mais il y aurait impiété ignorante à conclure d'une certaine analogie à l'identité absolue avec les somnambules.

24. C'est par l'ignorance des lois du magnétisme qu'on a prétendu qu'il était essentiellement immoral et toujours dangereux. Pratiqué dans certaines conditions et avec certaines précautions , le magnétisme est au contraire éminemment moral et presque toujours bienfaisant.

Telle est en vingt-quatre propositions l'analyse de l'ouvrage de M. Loubert.

QiC est-ce que le Magnétisme ? se demande le doc-

:i90 FONCTIOIfS DD ]ï£tATJOM.

leur Éojile Gromier dans une Étude hi^toriqiifi et critique des principaux phénomènes qui le constituent. Voici le résumé de ce travail consciencieux, qui a paru en i85o : « Tout en reconnaissant les phénomènes magnétiques au point de vue de leur existence, dit le savant médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon, nous différons des magnétiseui^ dans les points essentiels. Au lieu de reconnaître un fluide particulier qui pro* duit au hasard, ou suivant certains procédés, des phénomènes vaguement déterminés ; au lieu de reconnaître chez les somnambules un instinct qui domine fatalement l'intelligence, nous plaçons en première ligne Vinfluence intellectuelle du magnétiseur, qui se transmet par la pensée au sujet magnétisé, et établit en quelque sorte une identification parfaite et temporaire entre leurs deux existences. De cette théorie, qui n'est que Ja déduction rigoureuse dçs faits , nous faisons découler cette conséquence : que tous les phénoniène$ que l'on attribue à de nouvelles facultés qui naisseni; chez les somnambules, ne sont que le résultat de l'influence transmise par le magnétiseur, et que celui-ci est responsable des accidents qui peuvent se produire, parce qu'il dépend de lui d'en provoquer ou d'en empêcher la manifestation. »

—Si maintenant l'on veut connaître mon opinion sur le magnétisme animal dans l'état actuel de la science, je vais l'énoncer avec franchise et en peu de mots.

Je pense que s'il y a de la superstition à ne voir dans le magnétisme animal qu'une intervention diabolique, ou bien à' esprits fluidiques, il faut aussi être d'une grande simplicité pour croire aveuglément toutes les merveilles qu'on lui attribue, comme il faut

une grande dose de présomption pour nier certains faits j)hysiqiies et psychologiques , inexplicables, il est vrai, mais fréquemment observés par des hommes dpnt on ne saurait mettre en doute ni les lumières, ni la prudence, ni la probité : tous les faits négatifii ne sauraient détruire un seul fait positif.

I^ magnétisme me semble être un agent naturel, physique et moral, dont Thomme ne devrait se servir que pour ie soulagement de ses semblables.

C'est un remède parfois héroïque, souvent dangereux, dont Tadministration ne devrait être confiée qu'à des médecins honorant leur profession, et, autant que possible, assistés d'un ou deux témoins parents ou amis du malade. J'ai acquis la coùviction que la présence des témoins est nécessaire : i° sou£ le rapport des mœurs; 2° sous le rapport des se* crets ; 5* sous le rapport des intérêts commerciaux et de famille.

Sans adopter complètement les conclusions du Rapport de V Académie royale de Médecine , en i83i, je crois que le magnétisme peut être essayé avec avantage et en toute siireté de conscience, particulièrement poiu^ la guérison de certaines affûtions nerveuses qui auraient résisté aux traitements les plus rationnels; mais qu'alors, fût-ce entre personnes de même sexe, il exige encore les précautions que je viens de recommander.

Quant à son action curative dans quelques cas réputés incurables, on en tmuvé des exemples frappants dans l'ouvrage de M. l'abbé Loubert et dans celui que le docteur Châties de Résimont a publié sous le litre suivant : Le Magftétisme considéré comme moyen

392 • FONCTIONS DB RfilJlTlOll.

thérapeutique ; son application au Inutement de deux cas remarquables de nés^ropathie.

Relativement à la question des tables tournantes, dont je n'ai guère eu le loisir de m'oceuper, les partisans outrés du magnétisme ont été jusqu^à croire que Vhomme peut communiquer à la ma^ tière insensible une partie de sa force propre de locomotiony s^ en faire obéir, et même lui transmet^ ire, jusqu'à un certain point y la faculté dune seconde vue y particulière au somnambulisme et à la catalepsie. Mais les expériences de M. Faraday ont démontré que^ sans en avoir conscience , les opérateurs exercent un mouvement latéral^ pendant lequel la table reste ce qu'elle est, c'est-à-dire un corps inerte, incapable de se mouvoir autrement que par l'application mécanique d'une force. Les effluves de la plus intense volonté se trouvent, en effet, arrêtées par la présence de raiguille indicatrice, dont le déplacement dit assez : Ne poussez donc pas !

Voici maintenant quelques données positives, extraites du journal que j'ai tenu pendant le peu de mois que j'ai pu consacrer à vérifier l'action curative du magnétisme.

Tétais dans des dispositions sceptiques et moqueuses à l'égard de cet agent, quand le vénérable M. Mardnel, curé de Saint-Roch, vint me consulter avec un de ses collègues sur son emploi comme moyen thérapeutique. Deux sœurs, leurs pénitentes, tombaient tous les mois d'attaques de nerfs épileptiformes. Les divers traitements rais en usage jusqu'alors ayant échoué, l'avis des médecins consultés

en dernier Heu avait éfé qu'elles fussent soumises à l'action magnétique. Les deux ecclésiastiques me demandèrent donc ce que j'en pensais, et si je croyais qu'ils pussent en permettre l'essai sur les jeunes malades auxquelles ils portaient le plus grand intérêt. Je répondis à leur confiance en leur avouant que j'étais tout à fait étranger à l'étude du magnétisme , et que, d'après les opinions contradictoires de ses partisans et de ses détracteurs, j'avais cru devoir jusqu'ici me l'eposer dans une insouciante ignorance. Sur leur invitation pi*essante, je me livrai pendant deux mois à des expériences faites avec un esprit dégagé de toutes préventions, et bientôt je pus leur conseiller, en connaissance de cause, de laisser soumettre les deux sœurs au traitement magnétique prescrit parles médecins, mais avec les précautions que l'expérience m'avait démontrées nécessaires *. La mort de M. Marduel ne m'a pas permis de connaître le résultat obtenu.

J'arrive à celui de mes propres expériences, et, dans l'intérêt de la science, je vais consigner, sans aucune restriction, les non-succès, les améliorations et les guérisons survenues sous l'influence de cette bizarre médication.

J'ai coujplétement échoué dans deux cas de névralgie faciale très -ancienne, malgré les dispositions favorables des malades, âgés, l'un de 36 ans, l'autre de 60.

— Je n'ai non plus amené aucune amélioration chez une femme de 32 ans, affectée de gastro-euté-

* Voy, ci-deMU8, p. 391.

^94 . . FQNGT10N3 m RELkJlW.

rajgie, par suite de chagrins dome&tiques persistanU.

— Un tourneur en bois, âgé de 45 ans^ tourmenté depuis sa jeunesse d'atroces migrâmes .revenant périodiquement, a parfois éprouvé un léger soulagement pendant qu'il était souiois à l'actiop magné* tique.. Ses crises, du reste, ont continué de reparaître avec la luéme régularité et la même violenœ.

— Affecté moi-même d'une migraine héréditaire, je me suis plusieurs fois soumis, sans 1« moÎDdfe succès, à des passes £siites avec le plus grand soiu par des mains amies.

— J'ai magnétisé inutilement une dame sexagénaire, atteinte d'une niélancolie suicide, et qui d'ailleurs apportait les dispositions les plus hostiles.

— Après une vingtaine de séam^es, deux jeunes filles , affectées de douleurs rhumatismales chroniques, ont éprouvé une amélioration sensible et prolongée.

— Une seule séance a suffi pour guérir radicalement une ouvrière, d'une trentaine d'années, qu'une néyralgie sciatique des plus violentes tenait impo*tente depuis quinze mois. Pendant le sommeil, que j'ai laissé durer environ une demi-heure, tout soq corps était couvert d'une sueur écumeuse. Je la magnétisais un jour d'été, par une température de 26 à 28 degrés; j'étais excédé de fatigue et de chaleur, et je me rappelle que les passes nombreuses que je lui fis me procurèrent un calme et une sensation de fraîcheur des plus agréables.

-r- Le jeuae H., depuis sept ans affecté d'épilepsi^, par suite d'une vive frayeur, n'a pas vu revenir une seule fois ses accès quotidiens pendant les soixante

jours qu'il a été soumis à raction magnétique. Son intelligence se développa notablement, son caractère devint moins difficile, et ses parents se réjouirent de voir reparaître les sentiments religieux qu'ils lui avaient inspirés dans son enfance. Malheureusement, Jes accès n'ont pas tardé à revenir quand le jeune malade eut quitté Paris. 11 est bien à regretter qu'on n'ait pu continuer de le magnétisera la campagne.

— J'ai débarrassé instantanément une demoiselle de quarante ans d\in hoquet compulsif dont elle était tourmentée depuis plusieurs semaines.

— Une, demi-heure a suffi pour guérir M™* L. d'une névralgie intercostale dont elle était tourmentée depuis plusieurs mois, et qui, se reproduisant toutes les nuits, l'empêchait de prendre aucun repos. I^ nuit qui suivit la séance, elle dormit paisiblemeut huit heures de suite; et moi, par compensation, je ne fermai pas l'œil un seul instant.

— Une religieuse carmélite, atteinte d'un trismus rebelle à tous les moyens théj-apeutiques ordinaires, put desserrer les dents, parler et manger, immédiatement après quelques passes magnétiques auxquelles le savant et modeste abbé BQudot,« son supérieur^ lui conseilla de se soumettre.

— Une autre religieuse, postulante de Saint- Vincent-de-Paul, allait être rendue à sa famille, parce qu*au moment de l'élévation, elle poussait des cris involontaires qui troublaient l'office divin, et qui nécessitaient qu'on la fit sortir de l'église. Magnétisée cinq ou six fois, elle cessa d'éprouver ces accidents spasmodiques, et put rester dans la communauté.

— Le jeune A. P., affecté de monomanie reli-

gietise avec penchant au meurtre, a été radicalement guéri après la septième séance. 3'ai rapporté celle observation avec détail dans la Médecine des Passions, p. 764, de la seconde édition.

— M"** A. D., depuis plusieurs mois atteinte de domonomanie à la suite de lectures licencieuses, a été aussi complètement guérie après trois séances d'iuie demi-heure chacune. L'influence calmante du magnétisme étant venue en aide aux bons conseils de son confesseur, conseils jusque-là infructueux, son imagination rassurée ne vit plus reparaître les flammes ardentes qui la dévoraient toutes les nuits.

— La femme d'un de nos confrères, qui depuis un mois éprouvait des vomissements spasmodiques dépendant d'une maladie de l'utérus, en a été immédiatement débarrassée par deux boutons de pâte de Vienne que je lui appliquai sur là région lombaire pendant son somnambulisme, sans qu^elle en ressentît la moindre douleur.

— M*^ P. S., âgée de dix-huit ans et demi, somnambule naturelle dès son enfance, était affectée d'aménorrhée et de chlorose, qui n'ont pas tardé à disparaître sous l'influence du magnétisme direct, le seul auquel j'aie quelque confiance. Cette malade n'a jamais pu lire de l'écriture ni de l'impression appliquées sur la région épigastrique. Une montre lui ayant été présentée deux fois à la iiuque, elle a indiqué l'heure avec précision. Ayant au même instant déplacé les aiguilles, je lui ai redemandé quelle heure elle voyait, et elle s'est grossièrement trompée. On lui a mis sur l'estomac une miette de gâteau, tirée de la poche d'un enfant, aussitôt elle s'est écriée:

DES BÊfBS, DU SOMNAMBULISME ET DU MAGNÉTISME. 397

Je sens la biscotte de Bruxelles : c'était exact. Du reste, elle tricotait, cousait et écrivait régulièremenl dans Tobscurilé.

— Pendant un sommeil artificiel, qu'elle trouvait plein de tristesse, M"' P. S. a montré des moyens intellectuels bien supérieurs à ceux qu'elle avait dans Tétat de veille. Elle a, par exemple, commenté avec un goût exquis une fable de La Fontaine, tandis qu'à mon insu , un jeune enfant lui traversait la paume de la main avec une grande épingle à cheveux. Avant d'être magnétisée, cette jeune personne, Tune des élèves les plus distinguées de V École rojrale de chant^ possédait un contralto très-grave, il e3t vrai, mais un peu rude et tout à fait monotone; pendant le somnambulisme^ elle parvint, à l'aide de quelques conseils, à chanter avec autant de goût que d'expression; ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'elle conserva désormais ces précieuses qualités musicales, ainsi qu'un timbre de voix plus doux et pourtant plus vibrant.

Dans mes expérimentations sur M"* P. S., j'ai constamment remarqué que la soie, si mauvais conducteur de l'électricité , transmettait fort bien le fluide magnétique : d'où Ton pourrait conclure que s'il y a analogie, il n'y a point identité entre ces deux fluides.

Je termine ce que j'ai à dire sur le magnétisme par deux observations non moins intéressantes au point de vue psychologique qu'au point de vue niédical.

Monomanie du magnétisme. — Au commencement de ]83o, je fus appelé, vers dix heures du soir, pour

398 FONCTIONS DE ÉELATION.

pratiquer uiîe saignée à une dame du voisinage qui m'était entièrement inconnue. J'avais d'abord refusé d'y aller y alléguant que je saignais seulement mes malades, quand son beau-frère, sous- intendant militaire en retraite, vint me supplier de porter secours à sa parente en ce moment privée de sentiment, et dont le médecin demeurait à plus d'une ïieue. Arrivé chez la malade, que je trouvai renversée dstoa im fauteuil, la tête brûlante, la figure injectée, le pouls fréquent, faible, parfois imperceptible, je me hâtai d'aérer la chambre, qui était d'une petite dimension, et où régnait une chaleur* excessive. Pendant que sa fille apprêtait les objets nécessaires pour la saignée prescrite par leur médecin, le pouls s*améliorait d'une manière sensible : je ne doutai plus que la privation d'air vital ne fût la cause déterminante dé cette syncope; et en effet, la malade rie tarda pas à recouvrer connaissance. Après que je lui eus adressé quelques questions, auxquelles elle me répondit avec une parfaite lucidité, elle ne tarda pas à ajouter : « N'est-ce pas, docteur, que je ferais un sujet précieux pour le magnétisme? )5 Et comme je souriais d'un air d'incrédulité , elle reprit gravement : « Est-ce que, par hasard, vous n'auriez pas foi au magnétisme ? Dans ce cas, donnez-moi votre main ; vous ne tarderez pas à être convaincu. » En lui donnant la main, je sentis son pouls revenu à l'état normal, et je me dis intérieurement : « Voilà un sujet éminemment nerveux et impressionnable; je vais me borner à lui prescrire pour ce soîr un pédiluve, des lotions froides sur la figure, une infusion de tilleul; demain matin, son médecin jugera

DES RÊVES, DU SOMNànULfSSffi ET DU MAGNÉTISME. 399

de l'opportunité de la saignée. » J*avais à peine arrêté ma résolution, que M°^ B., dont le faciès avait pris une expression particulière, pousse un profond soupir, et dit : « C'est fait ; je dors ! » Puis, quittant ma main, elle répéta mot pour mot la prescription que je venais de faire mentalement. Un instant mon scepticisme fut ébranlé; mais j'y retombai dès que la singulière malade m*eut dit : « Je peux devenir un ' sujet bien plus extraordinaire que tous ceux dont il a été fait mention jusqu'ici dans les annales du magnétisme. Une seule condition est nécessaire pour l'entier développement de mes facultés : c*est que vous me dirigiez, et vous seul le pouvez depuis que mon étoile, depuis que Napoléon a disparu. O docteur, quelle fortune, que dis-je? quels monceaux d'or nous amasserions ensemble! » Je ne sais si M"** B. s'aperçut de ma répugnance pour texte association; mais, passant aussitôt à une autre série dldées, elle se débarrasse d'uù grand châle qui l'enreioppait, et, se levant à peine vêtue, elle s'arrête au milieu de la pièce, en prenant une pose académique. En vain son beau-frère veut la faire asseoir, elle résiste; sa fille lui jette alors sur les épaules un grand rideau bleu, dont elle ne tarde pas à se draper avec grâce ; puis, transformant soit mouchoir de poche en une espèce de. fouet : « Docteur, s*écrie-t-elle « «vec enthousiasme, avez-vous vu à Saint-Roch le « tableau qui représente Notre-Seigneur chassant du « temple les marchands ? Le voici ; regardez bien ! » £n ce moment, sa figure avait pris quelque chose d'extatique; ce qui m'étonna le plus fut de la Voir, pendant plus dé cinq tnitiutes, rester soulevée

tàOO FONCTIONS DB RELATION.

sur rextréinité des orteils : un flambeau placé couvenablemeut aie permit de m^assurer que pendant cet espace de temps ses talons ne touchèrent pas une seule fois le parquet. Tout à coup , M"*" B. ayant ajouté avec le ton du reproche : « Voyez, docteur, « quelle puissance vous exercez sur moi. » — «Eh a bien, me dis-je encore mentalement, s*il est vi^ai a que j'aie autant de puissance que vous le préten- <( dez, je désire que vous sortiez vite de cet état pour (c que je puisse aller me reposer. » A Tinstant même, M"*' B., qui n'avait pas cessé depuis une heure de tenir les yeux fermés, se dirige vers moi en cherchant ma main; je la lui ai à peine donnée qu'elle retombe sur son fauteuil, reprenant sa physionomie et son timbre de voix ordinaires.

Après maintes sollicitations de la famille B. et de son médecin, je donnai des soins à cette malade extraordinaire qui éprouvait de temps en temps des accès d*hystérie, suivis d*un état comateux dont elle sortait aussitôt que je lui tenais les mains, parfoii même à mon arrivée qu'elle annonçait une ou deu minutes d ^avance. L'ayant magnétisée un assez gran nombre de fois sans apporter aucune amélioratioi à sa santé, je crus devoir renoncer à ce moyen don^ Esquirol n'approuvait pas l'usage pour elle. Ce fu^ alors que, se livrant à l'idée fixe qu'elle parviendrai^^ à une grande fortune avec le métier de somnambule^ elle fit des dépenses immodérées qui contraignirent sa famille à la replacer dans un établissement d'a^ — liénés où elle mourut plusieurs années après.

— L'observation suivante, par laquelle je termine ces documents impartiaux relatifs à l'histoire du

ningnétismei intéressera aussi j je crois, sous plus (}*un rapport.

Au mois d*avril i832, pendant que le choléra sévissait avec le plus d'intensité^ le comte D***, grand partisan du magnétisme, vint me chercher « pour d^paraljrser, disait-il, un de ses amis, le baron de L., à qui un charlatan avait retiré la faculté de marcher. » Voici les circonstances détaillées de ce mélodrame médical, où ne manquèrent ni les intrigants ni les niais.

Un sieur C. , magnétiseur de profession , avait promis au baron L., âgé de 69 ans, de lui rendre infailliblement la vue dont il était pHvé depuis plusieurs années, par suite d'une double amaurose : on croit facilement ce que Ton désire; au bout de hait ou dix séances , le baron s'imagina voir des flammes passer devant ses yeux; il tint dès lors sa guérison comme prochaine , et gratifia d'un billet de mille francs son magnétiseur, qui ne revint pîus. Surpris de cet abandon , il envoie chercher le prometteur de santé, qui essaie d'abord d'excuser son absence par un embarras d'argent dans lequel il a été jeté par sa famille , et qui arrive à demandei^une avance de deux mille francs à déduire sur ses honoraires ultérieurs. Détrompé par cette demande indiscrète, le baron refuse, ajoutant que sa fortune actuelle ne lui permet pas de continuer un traitement aussi dispendieux, qu'il est résolu de cesser immédiatement.

A ce refus inattendu, le sieur C. se serait emporté jusqu'à traiter son malade d'ingrat, et à le menacer, non-seulement de ne pas recouvrer la vue, mais

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eucore de perdre Touïe et jusqu'à Tusage de ses membres. Débarrassé de ce prophète de malheur, le baron, à J'aide de sa canne et du bras de sa demoiselle de compagnie, se rend aux Tuileries pour faire sa promenade ordinaire; il n'y peut pas rester longtemps, et rentre chez lui découragé, abattu à la seule pensée des nouvelles infirmités dont il doit être atteint. Le lendemain, vers trois heures de l'aprèsmidi, s'étant encore traîné aux Tuileries, au moment où il veut se lever de dessus sa chaise, il sent ; les jambes lui manquer; bientôt, un tremblement cpnvulsif avec des mouvements désordonnés agite ^= tous ses membres, et la surdité légère dont il M

est affecté depuis vingt mois augmente sensible-

ment. On fait aussitôt venir une chaise à porteurs,^- , dans laquelle on place le malheureux ayeugle, qui^ J

arrive à son domicile, rue de Sèze, affecté de para -

lysie presque complète de l'ouïe et des extrémitéi^ -=8 inférieures, avec une chorée ou danse de Saint-Guj^^j des plus prononcées. Tant de maux à la ifois égaren -^t la raison de ce vieillard; ildeniande à grands cri? -Ss ses pistolets, pour.se débarrasser d'une existence ^e désormais insupportable. Sur ces entrefaites , 1^ « comte D*** qui venail lui rendre visite, et auqu^^^' il raconta ce qui s'était passé depuis deux jours > lui dit avec la foi la plus robuste : « Prenez cou— ^" rage, cher baron, ce n'est qu'une paralysie qu ^ votre charlatan de magnétiseur yous a donnée pa^ ^ la puissance de sa volonté; mais mon médecin voi^^^ en débarrassera infailliblement par une puissance ^ encore plus grande. Je vais le chercher. »

Au moment où le comte D*** arriva chez moi ;

DES RÊVES, nu 30MMAlimJUSII£ ET DU MAGNÉTISME. 403

accompagné du gendre de M. L., plusieurs personnes en pleurs réclamaient à la fois et immédiatement ma visite pour de nouveaux cas de choléra. Je dus donc refuser d'aller, près de la Madeleine, chez un nouveau client, lorsque tant de bons et malheureux voisins avaient à chaque instant besoin de mes soins dans le XII® arrondissement. Vers dix heures du soir, comme je me rendais à la mairie pour y faire mes deux heures de service à Tambu lance, la demoiselle de compagnie de M. L. venait me chercher en toute hâte. Elle n'avait pu empêcher le suicide qu'en promettant de ne pas revenir sans moi. Mon service de nuit pour les cholériques indigents ne me permit pas de la suivre; mais je lui donnai ma parole que le lendemain matin, avant huit heures, je serais auprès de son intéressant malade : je fus exact.

Quand j'entrai chez le baron, son valet de cham* bre s'empressa de in'annoncer à l'aide d'un cornet acoustique. Ma présence {M*oduisit sur le pauvre aveugle un effet magique: à la sombre expression de ses traits succéda tout à coup celle de l'espérance, -qui est déjà du bonheur. Il me sourit avec reconnaissance, me pressa affectueusement les mains, puis s'écria avec une joie indicible : a Enfin voirs voilà, je vais donc être guéri !» A ce mot guérie je sentis augmenter la conscience que j'avais de l'insuffisance de l'art dans un cas aussi grave : ik Le sujet est presque « s^tliagénaire et tout à fait amaurotique, me disaisa je; depuis deux ans il éprouvait de la dysécie, et a depuis deux jours, la surdité, devenue presque « complète, se trouve compliquée de résolution des « membres inférieurs, avec une danse de Saint-Guy

ftO/i FONCTIONS DE RELATION.

a des plus violentes que j'aie jamais observées. Qae a peuvent les agents thérapeutiques ordinaires? Que « pourrait le magnétisme contre une altération a ancienne et progressive du système nerveux céréc< bro-spinal ? >>

J'étais plongé dans un profond découragement, quand le pauvre malade, bien convaincu que j'allais le guérir^ et du reste parfaitement stylé par son ami le comte D*'**', me présente gaiement les pouces, me suppliant de me mettre vite en rapport avec lui. Il n'y avait pas à hésiter : je commençai donc m^ chinalement, avec charité sans doute, mais sans^' ni espérance. Quel ne fut pas mou étonnement, .nprès deux ou trois minutes d'un simple rapport par les ponces, de voir les mouvements perpétuels et désordonnés des jambes diminuer peu à peu, puis disparaître ! Remonté par ce premier succès, je pratique quelques passes, auxquelles ne tarde pas à succéder un calme complet. Je cesse d'en faire, de légers mouvements involontaires se repix)duisent; je les continue à distance, à Tinsu de l'infortuné sourd et aveugle, et tout rentra dans l'état normal : a Dé^ a cidément, me dis-je en moi-même, l'imagination « n'agit pas seule dans cette circonstance; et, quand «''elle agirait seule, il faudrait encore continuer lui «. traitement aussi simple qu'héroïque. » Je le continuai en effet, pendant une quinzaine de jours, au bout desquels la chorée avait totalement disparu. Toutefois, il était impossible au malade de se tenir debout ni de se retourner dans son lit. Pensant alors que le magnétisme pourrait être avantageusement remplacé par des frictions électriques, j'engageai le

baron à se faire transporter tous les jours, dans un établissement cx)nsacré à ce mode de traitement. Une vingtaine de frictions ayant été faites sans apporter la moindre amélioration à Irétat du malade, je conseillai au médecin ordinaire d'y substituer des commotions graduées à Taide d'une chaîne métallique, placée sur la région lombaire. Sous l'influence de ce nouveau moyen, M. L. sentit ses jambes reprendre de jour en jour des forces, bientôt aussi , il put se retourner seul dans son lit.

L'émission des urines étant devenue un peu difficile, je prescrivis une légère décoction de chiendent nitrée et édulcorée avec le sirop des cinq racines. lie lendemain matin, le malade, qui n'avait pas pu uriner une seule fois de la nuit, présentait une distension considérable de la vessie. Avant de le sonder, je voulus m'assurer si la rétention ne tenait pas à un état spasmodique du sphincter vésical. J'avais à peine posé la main devant la région sus-pubienne, que le malade urina abondamment dans son pantalon*. Cette excrétion continua de se faire avec régularité toute une semaine, pendant laquelle les commotions électriques furent continuées avec succès. La dysurie ayant reparu, j'eus recours au magnétisme avec le même succès que la première fois. Cependant, six semaines s'étaient écoulées, et le baron ne pouvait ni se lever seul de dessus $»a chaise^ ni rester une seconde debout sur les jambes. Ce fut alors que j'ajoutai aux moyens précédents des frictions faites, matin el soir, sur la région lombaire et sur les membres inférieurs, avec \di pommade pJtosphorique de tescatix; puis, chaque semaine, un bain artificiel de PJom-

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bières. Un mois après ce traitement complexe, le baron L., dont les forces et la gaieté revenaient d'une manière sensible , me surprit agréablement ainsi que ses enfants, en se levant tout à coup et en se rendant, d'un pas ferme, de sa chambre à coucher à son saloh. Quelques jours après, étant venu me rendre visite, il fit seul et sans canne le tour de mon grand jardin ; et, pendant plusieurs années, je l^ai naaintes fois rencontré se promenant sur les boulevards ou aux Tuileries, comme s^il n'avait janaais éprouvé la moindre attaque de paralysie.

J*arrive au côté tout à la fois triste et plaisant de cette observation. Aussitôt que le directeur de rétablissement des frictions électriques vit le baron marcher d'un pas ferme sur les parquets cirés dé ses vastes salons, il lui demanda de vouloir bien apposer Sa signature à un certificat constatant que sa guérison était due à l'emploi exclusif dm frictions. Oetle cure avait été rapportée à qU^ues Baenbres^ influents de l'Académie royale de médecine, quL avaient exigé une attestation du malade et du médc cin, pour en faire mention en séance publique. Sur le refus du baron de rien signer avant de m^avoir^^^ consulté, l'homme aux frictions eut la faiblesse de^^^ s'emporter jusqu'aux injures et aux menaces envers k malheureux aveugle, qui, en sa qualité d'ancien militaire, commença par payer largement, mais exigea^^^ qu*on lui fît par écrit les excuses qui lui étaient dues *. — — •

^ Ponr consolider cette guérison remarquable et peut-être unique dass^^^ les annales de la médecine, l'électro-galvanismelut employé,, de loin em loii^=^ et ayec succès, dans l'établissement du docteur Andrleux, à] qui j'adr le malade.

— Le directeur des bains de Tivoli demanda bien aussi un petit certificat; mais il comprit de reste qu'on ne pouvait pas attribuer uniquement à Tefiicacité de ses eaux une guérison obtenue sous l'influence d'un traitement aussi complexe.

— Quant à M. Lescaux, le vénérable doyen des pharmaciens de Paris, qui avait fourni pour iGofr. de pommade phosphorique, dont je suis loin de nier l'utile concours, il dit naïvement que la cure en question n'avait rien qui le surprît, et que si, au lieu de se borner à des frictions, les praticiens faisaient emboîter les jambes malades dans deux grands ^ases remplis de sa pommade, la plupart des paraysies disparaîtraient comme par enchantement.

Pour ce qui m'est personnel, on me remit, d'assez nauvaise grâce, de faibles honoraires; et, de i8!^3 à 1846, époque à laquelle je quittai Paris, oncques i^ai revu^ ni chez moi ni chez lui, mon ancien iialade, chez qui la mémoire du cœur était loin l'égaler l'activité des jambes, si merveilleusement revenue.

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