DES PHASES DE LA VIE
bryoniiaire jusqu'à Téta t A'étre complet, llioimiie, dit M. Serres, est le seul qui atteigne ce degré, en deçà duquel tous les animaux s'arrêtent en naissant : depuis l'insecte jusqu'au singe, chacun parvient et se lioiite à une des phases par lesquelles le fœtus humain a passé pour naitre homme, c'est-à-dire la plus parfaite des créatures de Dieu. »
— La vie humaine proprement dite, le temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu'à la mort sénile, est marqué par trois grandes périodes, susceptibles elles-mêmes de phisieurs subdivisions \ Ces trois périodes, mieux tranchées que les quatre âges qu'elles embrassent, sont : la période ^accroissement^ la période de force virile ou de stationnement j et la période de décroissement, qui conduit à la mort naturelle.
Première période de la i^ie : accroissement. — Cette période, qui renferme les vingt-cinq premières années de l'existence, comprend la première et la seconde enfance, \ adolescence , \^ puberté, enfin la jeunesse^ si bien surnommée le printemps de la vie.
— Détaché des entrailles maternelles, où il avait trouvé sa première nourriture, son premier vêtement et son premier berceau, l'enfant à terme a la peau d'un rouge violacé et couverte d'un léger duvet qui ne saurait l'abriter contre les intempéries de l'air; ses chairs sont flasques, ses cheveux fins et courts, ses ongles mous, quoique bien développés. Ce qu'il offre de plus remarquable, c'est le volume
^ Fotr, à la fin du volume, note P, la classification nouvelle adoptée par M . Flourcns dans son livre sur 2a LongêrUé humaine.
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extraordinaire de la tête et du ventre, relativement aiix membres ibférieiirs, dont il ne doit pas de longtemps faire usage.
Dans le sein maternel 5 cet être délicat n'avait guère qu'une vie végétative partagée entre la nutrition et le sommeit ; du moment où il a respiré , dès qu'il vit par lui-même, l'agitation de ses petits membres, des^ frissons rapides et des vagissements plus ou moins plaintifs annoncent déjà les divers besoins de l'être animé, qui bruity qui crie^ tomme l'animal, mais qui ne possède pas encore le di^i de kt parole , l'une des marquer dt^nctîves de sa future royauté {infans, nonfani).
Cinq ou six mois sont à peine écoulés iqu'on voit ordittairement commencer le travail de la première dentition , travail souvent douloureux , qui doit avertir la mère d'être bientôt moins prodigue de sou lait, la nature prévoyante envoyant déjà- au nourrisson des organes capables de diviser une alimentation pkis consistante.
Vers la septième année, a lieu la seconde dentition, bien moins orageuse que la première. Alors la parole est distincte, le corps présente des formes mieux dessinées; grâce au développement des muscles extenseurs, les os de la jambe se redressent^ la marche, d'abord impossible, puis longtemps vacillante^ commence à s'affermir ; la taille s'élance ; eu même temps, la figure revêt une expression à la fois affectueuse et intelligente, signe précurseur de la raison qui s'éveille.
Les différences physiques et morales que présentent les deux sexes ne sont guère sensibles pendant ces premières années de la vie. Sous Tinfluence de la
DBS PHASES IMS LA Y». HUl
constitution lymphatico-nervetise qui leur est particulière , tous deux présentent la même mollesse de tissus, la même souplesse de membres, la même allure, le même timbre de voix ; tous deux sont naturellement enclins à la gourmandise, à la colère, à la peur, à la jalousie, à la paresse ; et, aussi volages qu'é«tourdis, ils montrent une égale ardeur pour tous les jeux de leur âge. Si pourtant on les observe aveô attention , on trouve le petit garçon plus vif, plus turbulent, plus destructeur, plus entier dans ses volontés ; la petite fille, plus douce, plus timide, plus gracieuse, et déjà plus coquette. Le premier, sollicité en quelque sorte par l'instinct du combat, marche avec plus d'assurance , brandissant fièrement son sabre, ou faisant résonner son tambour; la dernière, comme si elle éprouvait un avant-goût de Tamour maternel , prélude aux douces fonctions qu'elle est destinée à remplir, en habillant avec art sa poupée chérie, objet de ses plus tendres soins. On dirait que, dès cet âge, se partageant l'empire du monde, l'homme se réserve la force et la gloire, laissant à la femme la grâce, la faiblesse et l'amour.
A ce que l'on appelle la seconde enfance ne tarde pas à succéder V adolescence. Cet âge, pendant le^ quel la croissance est encore plus sensible, s'étend depuis les premiers signes de la puberté jusqu'au temps où le corps a acquis la perfection physique qui constitue, à proprement parler, \a jeunesse j saison de turgescence, avec afflux des passions excentriques. Entre onze et seize ans chez les filles, entre quatorze et dix-sept ans chez les garçons, se déclare
tlh^ nmCTIONS GÉNÉRATRICES.
la puhertéy généralement d'autant plus précoce que le climat habile est pins chaud, le système nerveux plus irritable et Téducation morale plus avancée. A cette époque, signalée par te développement des organes qm concourent à la reproduction de Tespèce, l'homme commence à prendre une structure carrée, des muscles saillants et vigoureux, une peau rude et velue, une voix grave et forte. La femme, au contiaire, cet être délicat ,^ conserve toujours quelque chose de la constitution propre aux enfants ^ ses membres perdefit peu de leur mollesse primitive ; sa peau reste lisse et transparente ; un tissu cellulaire abondant vient arrondir gracieusement ses formea; un sang riche circule plus activement en elle; ses nerfs deviennent plus gros,^ mais moins fermes que ceux de l'homme; son système locomoteur est en outre moins développé; son appareil digestif moins volumineux, moins exigeant : différences nombreuses qui correspondent exactement à celles que l'on trouve dans les attributs moraux des deux sexes *.
Deuxième période de la vie on période de stationnement. — Vers la vingt-cinquième année, parvenu en quelque sorte au point le plus élevé , au sommet de la vie, nous y faisons une halte d'autant plus longue qu'on nous a donné ou que nous avons su nous faire une meilleure complexion par un usage intelligent de tous les moyens hygiéniques. Cette période, que l'on est convenu d'appeler stationnaire^ et qui
^ Voir les développements que nous avons donnés dans la Médecine des Passions, en traitaiit de rinHuence des âges et des sexes, p. 35-44.
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se termine vers la cinquantième année, embrasse tout Tété et le commencement de l'automne de la vie ; c'est le temps de la force physique et de l'activité morale, le temps où brille l'éclair du génie, et passé lequel l'esprit n'enfante presque jamais d'oeuvre sublime.
A mesure que l'homme s'éloigne de ses vingt-cinq premières années, on voit arriver chez lui la prudence, comme le calme après la tempête : sa vie devient plus rangée; il mûrit ses desseins, il évite les fausses démarches ; les folles passions font place aux douces affections de la famille. Mais aussi, aux inspirations généreuses, au noble dévouement, qui caractérisaient la jeunesse, ne tardent pas à succéder les astucieuses démarches de l'intrigue et les rêves dorés de Tambition.
Troisième période de la i^ie : décroisse ment. — En général, à cinquante ans chez l'homme, à quarantecinq chez la femme, commence la période de déclin, signalée d'abord aux tempes par la neige des ans sur des cheveux déjà plus rares.
La halte apparente faite sur le plateau de la vie est donc terminée ; maintenant, il faut descendre l'autre versant de la montagne, descente triste et rapide, pendant laquelle le pauvre voyageur va perdre successivement les avantages dont il faisait gloire. Sans doute, son intelligence se maintiendra pendant bien des années, pourvu qu'il la soumette, ainsi que ses membres , à un exercice modéré et de tous les jours*, mais si elle doit briller encore, ce sera moins
^ Voir, à la fin du volume, la note P, sur la Longévité.
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par réclat de rimaginatioii et la fraicbeur de la pensée que par la maturité de la réflexion , du jugement et du goût.
Cependant, la froide vieillesse vient détériorer nos organes par l'atrophie et la solidification de nos tissus. Dans cette dure saison , dans cet hiver de la vie 9 les fonctions languissantes conservent à peine les forces nécessaires pour s'exercer ; les rouages de la machine se détraquent les uns après les autres c la circulation se ralentit, la respiration devient ditër cile, la marche lente et pénible^ lés sensations obtuses : la vue surtout et Touie éptouventy ainsi que la mémoire, une perversion capable seule de rendre le vieillard morose et soupçonneux \ En même temp, les cheveux et les dents achèvent de tomber; des plaques terreuses apparaissent sur le visage^ l'épiiie dorsale se courbe > et. le front s'incline vers la terre où il sera bientôt déposé. Par un effet du à l'instinct de conservation , l'infortuné, à mesure qu'il se sent dépérir^ s'attache déplus en fAns à la faible existence qui lui reste ; mais alors, comme les enfants et les malades, il n'est que trop enclin k se montrer égoïste, à concentrer en lui presque toutes ses affections. Enfin, souffrant, triste, indécis, regrettatit le passé, dégoûté du présent, inquiet de l'avenir, il
^ Malgré Tadmirable traité de Gicéron sur la Vieillesse, «< livre qui donne àppétft de vieillir, » disait Montaigne; àiàlgré l'opinion de Buffon, qui traitait la vieillesse de préjugé ; et celle de Fontenelle, qui la considère comme l'époque la plus heureuse de la vie; enûn, malgré le savant et spirituel livre de M. Flourens sur la Longévité humaine, dans lequel Tàge viril est prolongé jusqu'à 70 ans, beaucoup de physiologistes, Sanctorios et le doctear Turc entre autres, rassimilent à une maladie (senectus est œgritudo). Ce dernier a même publié un ouvrage sous ce titre : De la Vieillesse étudiée comme maladie.
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épargne, il amasse, souvent même aux dépens de ses premiers besoins, pour un temps éloigné qu'il ne verra probablement pas.
Parvenu à l'extrême vieillesse, à la décrépitude, l'être humain, cette intelligence unie à des organes, h'ofFi*e donc plus, pour l'ordinaire, qu'une ôtnbre de lui-même, qu'une triste ruine, incapable de résîste^ davantage à l'envahissement de la matière inanimée. Un jour, brisé par là maladie, étendu sur sa couche funèbre, il fait un violent et suprême effort ; les sens et l'intelligence se réveillent un instant, la figure s'anime; puis le moribond, tout à l'heure sans voix, sans mouvement, adresse à ceux qui l'entourent des paroles solennelles parfois ebfipreintes d'une haute sagesse, d'une ardente piété. Abusés parles apparences, les enfants, l'ami, croient voir Un mieux prononcé, une crise salutaire : vâirié illusion ! l' épuisement succède bientôt à cette vive, mais fugitive lueUr jetée par la vie qui s'éteint : une sueur froide baigne le corps, les traits dû visage se crispent, les yeux se voilent, lé pouls devient insensible, la respiration, de plus en plus rare, semble arrêtée, quand un dernier souffle, un peu plus accentué, annonce que le voyageur a terminé son pèlerinage en rendant son âme à Dieu. Il était entré dans le monde, poiissâht des cris d'impatience ou dé douleur , il en sort exhalant , iselon ses dernières impressions, un soupir de fëgi'ét, de crainte ou d'espérance ^ .
^ On a souvent cité cette exclamation du pîëux et savant P. Suarez pendant son agonie : «Je ne pensais pas qu'il fût si doux de mourir ! m Toutefois, Thomme, que la Bible appelle henosch, d'un mot qui signifle douleur, eommence d'ordinaire et termine sa vie par une plaintive interierlioh.
De la Mort et des Signes qui peviTent la eonstater.
Qu! est-ce que la mort? Pour le physiologiste, c'est la cessation complète de la chaleur propre * et de toutes les fonctions dont Tensemble constitue la vie de l'être organisé. Pour le philosophe chrétien, la vie consistant dans Vunion de l'âme et du corps, la mort est tout naturellement leur séparation momentanéCy comme le mot éternité sert à exprimer leur réunion au delà du temps.
On a calculé qu'il meurt dans l'univers plus de 33 millions de personnes par an. Ainsi , à chaque seconde, presque à chaque battement de notre cœur, une existence humaine finit quelque part.
La mort est dite sénile ou naturelle lorsqu'elle est le résultat de l'extrême vieillesse; accidentelle, quand elle dépend de la cessation prématurée de la vie, cessation produite soit par la maladie, soit par une cause extérieure ou violente. Les médecins légistes désignent particulièrement sous le nom de mort accidentelle celle qui n'est le résultat ni d'un meurtre ni d'un suicide.
S'il naît annuellement en France 960,000 individus, il en meurt aussi chaque année SSo^ooo.
' CondiUon indispensable de la Tie, « la chaleur animale, dit M. Brachet, n'est ni un yroduit ni une fonction : commune à tous les êtres organisés, elle commence avec la fécondation et s'éteint avec la vie. » C'est par erreur (lu'à la page 53 (t. I) le typographe a mis que la vie n'est ni une propriété m une fonction, au lieu de produit, puisque trois pages plus loin l'auteur reconnaît qu'elle est une propriété vitale.