LB TORRENT CIRCULATOIRE
Mais ne nous y trompons point cependant, ce torrent qui semble poussé par une force en délire est quasi .stagnant; son allure s'approche plus de celle de la tortue que de celle du chemin de fer.
La cause de notre illusion est simple ; elle tient à ce que le temps n'est pas multiplié par le microscope comme les dimensions des corpuscules que vous voyez passer devant vous, brillante, magnifique fantasmagorie 1
Si un jowr pouvait se dilater dans la proportion d*une annéôy vous ne seriez pas trompés, comme maintenant, sur la proportion de la vitesse, mai» le microscope serait alors un instrument par trop populaire. Que de gens tendraient pendant toute leur vie l'^ilà la lentille, a/în de faire durer le plaisir de s'ennuyer icUbas !
Le temps coule majestuausement le même pour tout le monde, quoique notre fantaisie nous figure rapides les courts éclairs de bonheur, quoique l'ennui semble dilater la longueur des jours si fréquemment voués à la fatigue et à la douleur!
En grossissant les dimensions des objets, vous augmentez dans la même proportion le chemin qu'ils parcourent. Vous leur donnez donc une vitesse factice tout à fait imaginaire I C'est le contraire de ce qui arrive dans la vision télescopîque, car l'augmentation de la vitesse apparente de Tétoile n'est qu'un retour vers les conditions réelles du phénomène.
Aussi les astronomes sont-ils par\e\iw^^ Wixv-
struire des instruments qui, se déplaçant en raéf^^ temps que les objets célestes, garantissent entièrement le spectateur contre cette rapidité de '^ fuite des images. Mais les roicrographes s'éloigoant de la nature par tout nouveau grossissement qu'ils inventent, ne peuvent triompher d'une vitesse dont ils sont les auteurs, puisqu'elle n'existe que derrière leurs lentilles.
Vous demeurerez certainement confondus d'admiration quand vous aurez étudié, même sommairement, la constitution intime de ces vaisseaux,
•leur forme générale, la texture du tissu qui les compose, la manière dont ils sont groupés les uns avec les autres, adaptés au rôle qu'ils jouent dans la grande fonction à laquelle ils sont destinés, leurs dispositions savantes au milieu des organes voisins. Des injections de liquides colorés sont indispensables pour suivre le chevelu des capillaires jusque dans ses dernières ramifications. Les dimensions des tubes façonnés avec le soin le plus admirable sont si faibles qu*on ne saurait, sans cet artifice, reconnaître l'existence des merveilleux traits d'union qui rattachent les veines aux artères; on ne comprendrait pas comment la chaîne se trouve fermée de sorte que le sang recommence constamment le cercle de sa rotation complète! ^
La mécanique des mouvements circulatoires s'éclaircit également par le microscope; car en contemplant ce double chevelu entrelacé, Ton com-
prend comment une îorce tootme est nécessaire