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DES ERREURS QUI SE GLISSENT DANS LES OBSERVATIONS

La pesanteur semble être une force qui limite étroitement la dimension des organismes vivants à bord du globe terrestre. Qu'est-ce en effet que la baleine à côté de notre glorieuse sphère I Mais plus les êtres sont petits , plus ils échappent à la domination de cette force astronomique, dont la merveilleuse influence se fait sentir sur*toutes les faces de la vie.

Aussi, dans les infiniment petits, la Nature terrestre semble agir en toute liberté. On dirait qu'elle s'abandonne à ses caprices parce qu'elle dispose d'une loi d'attrap tion plus compliquée que celle de Newton.

La substance gélatineuse qui lui sert à fabriquer tant d'êtres imprévus paraît une espèce de fluide vivant, d'où la grande enchanteresse tire toutes les

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merveilles qu'il lai prend fantaisie de réaliser. Elle improvise des êtres à l'aide de cette matière équivoque, recueillie sur les limites du monde tangible, véritablement comparable au corps du Protée de^ la fable. La main mystérieuse prélude sur une humble échelle aux essais d'organismes qu'elle sculptera ultérieurement à l'aide d'une chair moins flexible et moins coulante. Car nos tissus cartilagineux et musculaires sont à ce sarcode^ ce que le bronze et le fer sont à l'argile plastique, à Taide * de laquelle nos sculpteurs modèlent leurs premiers essais.

Nous serions bien coupables d'oublier que notre imagination transforme à chaque instant les impressions que nous éprouvons. Dans les circonstances les plus ordinaires de la vie, nous modifions bravement le monde extérieur, le monde vulgaire, celui que nous touchons par tous nos sens à la fois. Nous le voyons lui-môme tel qu'il nous semble devoir être, et non point tel qu'il existe en réalité. Qlie serait-ce, si nous laissions librement travailler la folle de la maison dans ces spectacles où la Nature semble se livrer à toute sorte de débauches d'imagination? Tl n'y a point jusqu'à l'é' clairement de notre théâtre microscopique, qui n^ soit favorable aux effets fantastiques, qui ne donne naissance à une espèce d'hallucination.

1 . Le nom de sarcode est réservé à la substance des organisme^ qui semblent être sur les limites du monde de la végétation etd^ ranimante.

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Les savants finissent par s*y habituer, ou plu- St ils croient se dégager de Timpression, mais la aise en scène a toujours quelque chose qui fait lenser au sortilège. Demandez aux curieux qui i'en vont sur le pont Neuf voir la goutte d'eau lu micrographe en plein vent, s'ils ne croient pas entrer dans un monde imaginaire, s'ils sont bien convaincus de l'existence des monstres qui peuplent la goutte océan.

Tous les microscopes sont associés aune lentille supplémentaire, à un réflecteur qui réunit une énorme quantité de lumière. Voilà sans doute de quoi garantir l'observateur le plus crédule contre le danger des ténèbres? Erreur I

Car le pouvpir grossissant des lentilles du dedans étale les faisceaux que les lentilles du dehors avaient concentrés. Comme toujours, la prodigalité n'a pas de peine à abuser de ce que Tavarice avait rassemblé I

Malgré tous nos efforts, nous ne parvenons jamais à éclairer sufflsamment la route sur laquelle nous voyageons constamment dans une espèce de crépuscule.

Nous sommes plongés dans une demi-teinte que je comparerais à celle qui règne sur la terre, alors que le soleil vient de disparaître, ou plutôt lorsque le jour va revenir.

Ceux à qui les grands nombres font tourner la tête dédaignent de faire usage des microscopes modestes; ils se jettent de prime saut dans les cen-

taines de diamètres. Mais qu*y voient- ils avec leun gigantesques instruments dont ils ne peuvent diriger le tir? Au contraire les éclaireurs d'avant-garde n'ont jamais dédaigné de faire usage de la loupe It plus modeste.

N'oublions point que notre artillerie optique, est comme l'autre, qu'il est d'autant plus difficile de la pointer qu'elle doit porter plus loin.

Nous sommes moins sûrs peut-être de nos sens que lorsque nous nous trouvons dans une stalle, assis en face de la rampe qui nous sépare des décors. On se moquerait de nous, si nous soutenions que les tragédiens s'aiment, se haïssent, ou se suicident de désespoir. Devons-nous donc avoir une foi entière dans la grande comédie que donne devant nous la Nature, comédie dont le prologue et surtout le dénoûment nous échappent?

Tout est obstacle pour nous et tout peut devenir chimère, matière à illusion.

Le grossissement commence naturellement par s'exercer sur Tinstrument du grossissement luimême. Le premier acte de la lumière est de mettre en évidence les imperfections du verre. C'est une espèce d'aveu, de confession arrachée aux lentilles, qui commencent par se montrer indignes de leur mission. Elles semblent honteuses de se révéler avec des stries, des bulles, des marques d'imperfection qu'il est presque impossible d'éviter dans les œuvres humaines qui, ayant un auteur fini, ne sont jamais parfaites que jusqu'à un certain point.

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