‹ Les merveilles du monde invisibleChapitre 22 sur 32 · CRISTALLIN. U · texte numérisé non relu

CRISTALLIN. U

abeilles? Nous ne voyons pas autour de nous s'agiler sur notre terre des êtres aussi parfaits; mais est-il bien sûr que Jes abeilles et les fourmis non plus s'aperçoivent de notre présence? Nous pouvons les détruire par la fumée et l'eau bouillante, sans qu'elles attribuent leur malheur à une volonté inteCigente. Elles ne sentent pas la raison qur préside à l'invention de nos pièges.

Grâce à sa vision microscopique, l'insecte peut étudier les choses avec un luxe de détails dont nous ne saurions avoir idée, nous autres, si le microscope ne nous avait ouvert un monde, ce qui était essentiel k sa vie, puisqu'il est lui-même un détail. Mais avec les instruments d'optique que l'intelligence humaine a créés , nous n'avons point à nous plaindre que le moucheron nous soit réellement supérieur. Quand

Coupe transversale du crisullin nOUS VOUlons être anad'un œil de moucbe. , ,. i „ ™

lytiques, nous le sommes certainement plus encore que lui. Probablement le moucheron lui-même, avec son faisceau de microscopes, ne voit pas la monade que décrit Ehremberg !

Comme vcfus le voyez par ce qui précède, si nous parvenons à triompher d'un étonnement, ce n'est qu'en ouvrant en quelque sorte la porte à un éton-

Dément plus grand encore. N'est-ce point dans la plupart des cas, il faut bien le dire, Tissue commune de la plupart de ndb recherches? Si vous comprenez peu le cristallin, combien moins vous devez encore comprendre la rétine, Tadmirable rideau sur lequel viennent se peindre toutes les nuances d'ombres et de lumières, bien mieux encore que sur la plaque sensibilisée de nos photographes. Si vous m'en croyez, nous ne chercherons point à deviner ce qui se passe dans l'intérieur de cette substance, juste assez sensible pour transmettre un souvenir durable, juste assez inaltérable pour être toujours prête à transmettre des impressions nouvelles. Quand même vous auriez réussi, il vous resterait encore à comprendre l'œil intérieur, celui qui vous met en rapport avec le monde infini et invisible par excçUence, celui de la pensée I

Qui oserait se charger d'enregistrer le nombre de cellules que vous pouvez distinguer en découpant la plus fine rondelle au milieu de la tige de la plus humble capucine? Une branche de lilasy un fragment de rhubarbe, un morceau de pomme de terre, un ruban de concombre, la délicate dentelle découpée dans la corolle de la rose la plus tendre, ne montrera pas une moindre multitude d'alvéoles, serrés, pressés les uns contre les autres.

Cette phalange de polygones coalisés, pour nous cacher le mystère de leur agrégation, ne résistera pas à l'action de Teau; mais le véritable agent pour montl'er leur agrégation sera une solution iodée. Armés de ce réactif, nous changerons à notre gré la teinte des vaisseaux; nous

ferons corome les enlumineursi dont le savant '

pinceau met en valeur tontes les teintes des es- •

tampes!

Si nous appelons ensuite à notre aide la lumière

polarisée, nous verrons la plus insignifiante gra- '

nulation se recou-

/ÏMl**», vnr d'une croii i

wJ)gft-> noire La position

a ^ de cet ornement

■Jf^ I étrange semble te-

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N^ * c/^ ^ naissance de la na-

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© iSO flSo avec attention cette

.^-Û' ^-^ ^ cellule Qu'elle soit

noire ou encadrée

Section d une grame je haricot , , ,

decouleursplusou moins brillantes, elle n'en renferme pas moins le grand secret de la génération des êtres, de leur développement, de leur décomposition. Cet infiniment petit qui se présente aux débuts de nos recherches, c'est l'alpha et Vomèga de la vie, parce

e l'être qui commence par en sortir, finit toujours r y retourner d'une manière quelconque. C'est lément que nous retrouvons toujours sur le étier éternel du temps* élément fugitif du phéimène de l'être; feu divin qui ne dure qu'un stant il est vrai, mais qui se rallume en même mps qu'il s'éteint, et qui, par conséquent, dure mjours.

On pourrait comparer la cellule à l'atome dont Ue est l'analogue, étant le dernier terme auquel onduit l'analyse des êtres qui vivent. Mais quelle ifférencel Au lieu de se présenter comme une mité indécomposable, la cellule nous paraît l'agrégation d'un nombre infini de parties élémentaires .♦ Comparons chaque végétal à une nation nom- >reuse dans le sein de laquelle règne une égalité >arfaite. Chaque cellule est admissible à tous les •ïnplois. Celle qui figure dans la racine aurait pu aire partie de l'écorce, contribuer à la croissance le l'étamine, être enchâssée dans le tissu du pistil ; ïxais elle garde la marque de son individualité, le même qu'un Français est toujours Français, ïu'un Chinois transplanté en France ne sera jamais qu'un Chinois. Il faut comprendre que dans ine rose toute cellule est une cellule de rose I

■ Ce ne sont pas seulement des réactions chiîxiques^ mais des opérations vitales qui régissent le iweloppement des légions infinies dont se composent les plantes et les animaux. La nature, encore Line fois, ne travaille pas ici comme les esc\»Nft^

de PharaoQ entassant des blocs de pierre les au-dessus des autres. Chez les êtres vivants est vivant. C'est ainsi que Bossuet disait à peu pi dans le même sens : chez .les grands tout est graniy^ En effets qu'est-ce qu'il y a de plus grand dans monde que la vie, si ce n'est la vie elle-même.

Lorsqu'un cristal se forme au sein d'un liquider la matière qui le forme se dépose avec un incontestable discernement; ce* sont bien des .molécules choisies par des forces infaillibles qui se précipitent avec une espèce d'harmonie savante. Ces corps seront revêtus quelquefois des plus splendides couleurs; ils porteront d'admirables facettes ; mais malgré cet étlat trompeur, ils ne comptent qu'au nombre des substances inertes, ils ne modifient absolument rien de ce qu'ils empruntent au monde extérieur.

Nous avons admiré déjà ce travail si raffiné; cependant nous devons le comparer à celui d'un architecte qui tire du dehors les briques toutes façonnées, les pierres de taille dont il se sert.

Combien il est plus admirable encore le spectacle offert par le mouvement créateur que nous contemplons en étudiant le tourbillon cellulaire i Quelle merveille que ces êtres actifs élaborant réellement les éléments qui leur servent à produire des êtres semblables à eux!

Au milieu de la cellule , vous pourrez distinguer le plus souvent une^ granulation qui semble une ceJJule à Tétat embrYOUuaire, Ce point parfois

"a^e et confus , c'est la marque du devmir , c'est >ar là que l'infiai qui va naître se cramponne k I l'inûni qui passe 1

Hais cette granulation, d'ofi vient-elle? Quelle est A granulation de la granulation? Allons-noua renonter d'emboîtement en emboîtement, de germes sn germes, jusqu'à l'infini, jusqu'au néani?

Non sans doute, il vous paraîtra plus logique de supposer que cette semence de la cellule future est créée par l'action vitale de la cellule vivante. C'est elle qui engendre par sa propre vertu un être semblable k elle , qui vit en elle , qui naît ensuite pour mourir , et qui meurt pour renaître I

Lorsque les plantes sont composées de cellules qui, étant k peine rattachées les unes aux autres, n'ont qu'à s'élancer, la rapidité du dévelQçç«mftQ.t

est quelquefois fantastique. En une demi-beiin les graines de Y Achilla proliféra se transforment ei plantes parfaites , qui portent des capsules prête à donner des graines mûres. Une demi-heure sépare la naissance de la plante mère de la naissance de ses premiers rejetons. La propagation horaire marche en vertu des puissances de quatre.

Il y avait une cellule, voilà que Ton trouTe deux jumelles provenant du démembrement de la cellule unique; encore un effort, les voilà quatre; bientôt elles seront au nombre de huit Un peu pliu tard nous pourrons en compter jusqu'à seize. Si h même procédé de multiplication continue à se produire, et pourquoi s'arrêterait-il tant que lenfr lieu s'ypré^? les seize cellules passent au nombre de trente -deux! La multitude des parties crotl donc en proportion géométrique pendant que l'éternité se déroule en proportion arithmétique Si la matière assimilable ne lui faisait défout, b plus humble des plantes , admirez la fécondité d( la nature I se ferait un jeu d'envahir le monde.

Mais ce n'est pas seulement la faim qui arrttf cette invasion fantastique dont le microscope per met d'apprécier le danger, c'est surtout le conflit dei mille sœurs qui se pressent les unes contre te autres pour arrêter l'élan de l'ambitieuse. C'est ui acharnement qui ferait croire à une volonté proRf si l'on ne pensait qu'elles en sont incapables.

Au premier abord le microscope semble iDOt trcr que le princiç^ 4e IwUe et d'antagonisBBi

Pilules rondes.

LES CBLLDLES. ïbl

he jusque dans les dernierij replis de-

estpasseolementlecarnivore qui vitde destruction, maisaussi l'herbivore qui procède saas relâche à uue hécatombe de végétaux, les plantes qui sedisputentla terre féconde , l'ivraie qui étouffe le froment lorsqu'elle n'en e^t point étouffée, ïinthrope pourrait dire qu'aucune des par- 1 plus innocent végétal ne reste en paix Ue-méme , que l'on retrouve partout la trace de la violence , tandis que l'on cherche inutilement l'asile de la fraternité 1 Mais est-ce que notre p^A merveilleux instrument 'Xy d'optique ne nous donne pointuite justification admirable de la prévoyance et de la bonté de la nature? Ne voyez-vous point que c'est la vie qui coni vie, de sorte que les molécules sont s' fatalement d'obéir à laforce organisatrice pousse. La postérité d'aucune de ces ambin'arrive à conquéris.le monde, mais eU^

ules polygonales

entre dans la composition de tissus or^ elle est restée imperceptible, mais elle je rAle utile dans le plan général du Cosmos !

Le microscope ne trahira point ton divir gnito, force sublime qui soude ces globules très t Nul ne reconnaîtra le moment où corn l'action de la main mystérieuse à laquelle obi les innombrables bataillons de la grani mée de la vie ! Nul'e théorie n'expliquera quoi ces parties identiq groupent sous l'action sorte d'aimant invisible, ( les parcelles de Ter àoxa nent se ranger en longu( '/ ; autour du pôle!

Poussées par un agei

connu que nous ne chei

point à dérmir, les ma

ne restent jamais à l'état

lement ; une sorte d'har

Ceiiuisa aiionKiies. s'établit entre les forces

Unes , et Ips corpuscules juxtaposés semble

nétrfs d'une divine intelligence.

Bientôt vous verrez que les cloisons qui le rent se déchirent. A la place de ces chape granulations isolées vous verrez surgir deî de mille formes, de mille diamètres ! Puis ce; se presseront les uns contre les autres, vous la radicelle, laramuscule, vous aurez la pla Regardez toutesces courbes gracieuses, étr

bizarres , ces vaisseaux ponctués , res membranes soutenues pî\rde8 fils en spirale; ces tubes qui ne semblent formés que de la juxtaposition des spiresd'un fil replié surluî-méme! Voyez ces parois polygonales ! Étudiez non-seulement les fibresnormales, mais les irrégularités , les monstruosités de la plus sage et de la plus simple xles plantes. Vainement vous épuiseriez votre IX ponctués. ■ l'i • ■ ■

vieentière,vousn arriveriez

jamais au bout de cette merveilleuse variété, qui ne frappe pas les ignorants, mais qui vous sur- I prendra, à mesure que vous étu- I dierez 'davantage.

Que serait-ce si vous cherchiez i à apprécier l'agrégation de ces I divers organes, la manière dont i nervures des feuille^ se ma- I rient , dont les folioles s'entrela- I cent, dont le chevelu des racines =9 répand dans la terre, dont l'au- I hier se forme , dont les fibres s'in- I cnistent, dont l'écorce se fendille, dont le bourgeon se prépare!

Vous ne vous refuserez point à reconnaître, quand vous aurez été mille fois arrêté par l'immensit^é du sujet, qu'aucune de ces parties

Va[sseaui en spirales.'

160 LE HOHDB INViaBLB.

n'est le prodoit dn hasard, mus le rmit de quelq ' >>09e snbordonnée i nne cause plus grandelTc direz qoe, Doa-seDieinmt la plante entiëre^mi encore toutes ses parties, semblent obéir & une ! d'évolution secrète dont la fonoDle nous écbapp Peu nous importe! est-ce qu'il ne nous salUtp d'avoir une pleine oonfiaoce dans la ratioDabil du monde, et d'étudier rbarmonie que nous statoos dans cbaouie de ses parties ? D*oii qu' vienne, du ciel on l'enfer, elle est bit venue, et la raisoBJ s'emi^esse de Ift con- I sidérer avec ravisse I ment.

Qui sait, s'écriait un : physicien du moyen ' âge, si le globe orgueil' leux qui porte l'hucnï' nité et sa fortune n'est point une simple granulation située au milieu d'une des cellules de l'espace infini? Est-ce que cette sphère orgueilleuse n'aurait pas été déposée dans l'intérieur d'une enveloppe tellement é oignée de nous , que nous ne pouvons jamais en rencontrer les parois? Qui sait encore si les rnouvemenls harmonieux des astres ne sont point analoi^ues aus titillations des particules de Brownî N'est-ce point le vagabondage de quelques atomes tournant autour d'un point phosphorescent, que

3 nommons , nous autres, le père de toute chaet de toute*yie? Cependant qui sait si cet astre eux éclaire aussi bien notre globe sublunaire, les vers luisants étincellent dans les nuits d'un de supérieur?

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