‹ Les merveilles du monde invisibleChapitre 25 sur 32 · LA RESPIRATION D£S PLANTES · texte numérisé non relu

LA RESPIRATION D£S PLANTES

laire obscur rempli de piliers de toutes formes, e toutes grandeurs et qui cependant ne sauraient énétrer vers la lumière lointaine du jour , s*ils ne oient sans se briser les ailes contre les colonnes u temple.

XYII

U fOLUI.

Les anciens croyaient que les arbres ont une âme, ou mieux eucore qu'ils sont habités par des divinités. La n)îi:hologie prêtait un caractère personnel à chaque fleur; le beau Narcisse, le malheureux Jacinthe, la triste nymphe du Lotos étaient des héros familiers aux contemporains d'Ovide et de Virgile. Les Dieux ont disparu de la botanique; cependant la poésie pourra revenir si nous le voulons, grâce au microscope. Qui donc ne comprendrait point ce qu'il y a de réellement divin dans Tesprit de la nature, en contemplant la chafue admirable des actes gracieux qui composent la vie d'une fleur? Qui donc se refuserait à reconnaître dans cettedélicatesseetdanscetteprécision unreflet d'un monde supérieur à celui que conçoit notre fai' ble i/ïteiiigence; quels TaVi^s^m^wX.^ xv^ sont çoint

serves aux amis de la nature qui apprécient le larme de cette architecture enchanteresse? Heulux ceux qui sont à même d'admirer la finesse des ssus de Flore, d'analyser ces organes qui ont de laves odeurs.

Ils peuvent suivre la main de l'homme , qui molifîe les diverses phases de l'évolution florale , les etarde, les anéantit, et agit en quelque sorte de )air avec les forces organisatrices du monde colaborant hardiment avec les puissances inconnues pour arriver à la création de nouveaux êtres. Maià sn même temps ils acquerront la conviction qu'il est impossible de se soustraire à la moindre des lois générales qui nous dominent. Car nous ne pourronstransformer lesétamines en pétales, les feuilles en ornement de la fleur , sans obéir à la fatalité supérieure qui régit la végétation tout entière.

One de ravissements sont réservés aux amis de Is nature , qui comprennent le charme de cette architecture enchanteresse !

Combien nous voudrions qu'il nous fût donné de ^ous livrer plus longtemps à l'étude de ces merveilleux chefs-d'œuvre, auxquels la nature a tout ftï'odigué, la forme, le parfum, la couleur 1

Mais, pressé que nous sommes par mille soins ^érents, nous nous contenterons d'ébaucher à la *âte l'histoire de la poussière fécondante impal- ^ble qui appartient presque au monde invisible et ^e tout le monde connaît sous le nom de Pollen. Vous négligeriez d'étudier un des çlusmetNe^-

leux objets que puisse vous offrir la nature si vous ne profitiez de toute la puissance du microscope pour admirer les sillons si fins , si menus qui en décorent TenveJoppe et en font souvent un objet d'art inimitable. Prenez un grain de pollen de Rose trémière conservé dans du 'sirop de sucre. Admirez ces pointes aiguës tellement serrées que vous en pourrez compter des centaines sur une boule qui n'a pas un demi-millimètre de rayon. Entre ces aiguilles, vous verrez autant d'orifices disposés avec une admirable prévoyance. Cette granulation possède trois fois î)lus de portes que Thèbes Hécatompyle. Cependant aucune de ces ouvertures n'est superflue pour Taccomplissement de la mission que le pollen doit remplir.

Mais ce n'est point assez que de contempler l'enveloppe si prodigieusenlent ouvragée du petit véhicule de la vie possible y ouvrez la sphérule, faites-la éclater en l'imbibant avec quelques liquides spéciaux, préparés de manière à déceler par des changements de toute Gj-ain de pollen nature les matières qui s'y rende rose trémière. montrent.

Vous y trouverez des substances azotées, de la fécule, de l'huile, des produits empyreumatiques, des teintures en quantités tout à fait impondérables.

Tous ces corps sont destinés à réagir les uns sur les autres en vertu de principes inconnus , mais certains ; c'est l'huile qui doit brûler dans la lampe

dont les végétaux se servent pour transmettre des uns aux autres la flamme mystérieuse 1

Les réactions auxquelles donne lieu ce mélange d'éléments nécessaires échappent à notre microscope ; elles ne sont pas mieux comprises par le chimiste que la plupart des opérations qui ont été indispensables pour fabriquer le pollen lui-même. Nous ne savons pas ce qui fait que cette matière si bien renfermée dans la petite enveloppe donne Tétre à la graine ; pas plus que nous ne savons comment la sève élaborée produit à la fois l'enveloppe admirable et les substances non moins merveilleuses qu'elle renferme dans son intérieur.

Que de complication dans la manière dont la sortie du petit messager de la vie a été ménagée ! Que de génie pratique semble avoir été développé dans l'invention des artifices nécessaires pour que ce petit grain quitte la cavité dans l'intérieur de laquelle il a été sécrété!

Souvent il est lancé par des organes cachés dans Tintérieur de l'étamine , et que la nature a fabriqués avec ce que nous pouvons appeler une industrie surprenante.

On trouve dans ces cavités des spirales, des lames de ressort, de petites catapultes pour aider le projectile à franchir la distance qui le sépare du pistil. Admirable prodigalité qui serait folie si elle n'é-

Anthère du laurier de Perse.

tait indispensable l Ces annes ne serriront qu'une rois pour tancer dei granulations imperceptibles, pour donner une impulsion que le moindre zépbff viendra rendre inutile!

La nature agit comme un monarqoe qai posséderait des arsenaui inépuisables et dont le luxe consisterait à briser tous les canons qui ont seni, el qui mettrait son amour-propre à toutes ses salres d'artillerie avec des pièces viei^es.

Si vous ne pouviez étudier la forme et la disposi-

tion du stigmate , vous seriez certainemeut hors d'état de comprendre pourquoi le dinmÈtrede 1^ poussière fécondante de, la Valériane ou du Pourpier, dépasse celui de la Capucine ou du MufliW- Rien ne vous permettrait de deviner à l'avance que ■'* pollen du Myosotis est çVus gttiï içie, çalui de la

Belle de nuit? Cependant chacun de ces détails est réglé avec une infaillibilité absolue.

L'étamine semble régir la construction du pistil, et de son côté le pistil semble avoir déterminé la forme et le nombre des étamines , quoique, ces organes soient quelquefois portés par des plantes dififérentes. Admirable subordination réciproque qui provient d'une merveilleuse corrélation, tellement puissante qu'elle engrène des êtres distincts.

Considérez l'organe en lui-même comme un tout, et vous arrivez à comprendre que chaque détail de la construction d'une partie quelconque delà petite unité organique agit sur l'ensemble. Ne vous imaginez point que c'est sans raison que l'anthère d'Amaryllis est si singulièrement attachée au filet qui la porte I Ne croyez point que la position de l'ovaire du pavot soit sans influence sur la forme de la colonnette qui le surmonte ! Persuadez-vous qu'il ne saurait avoir la même position que dans la Garance, sans jeter le trouble dans toute l'évolution de l'être.

Rien ne doit être négligé comme trop petit pour avoir un intérêt réel dans la construction de ces merveilleux organes. Est-ce que le but le plus noble de l'étude de la nature n'est pas de saisir la chatne qui lie les différentes parties d'un même tout? En effet, la sublime harmonie des objets, contribuant à l'accomplissement d'un but commun , nous permet de reconnaître en quelque sorte l'ombre d'une harmonie infiniment supérieure. Est-ce que nous ne devinons point, en quelque

sorte , la présence de liens cachés rattachant des êtres isolés, s'ignorant quelquefois les uns les autres? Est-ce que ce petit grain de pollen ne nous

Anthère d*amaryllis. Ovaire du pavot. Ovaire de la garance.

raet pas sur la trace du plan ineffable en vertu duquel nous somrties engrenés , sans nous en douter, dans le grand mécanisme de la nature naturante?

Où la grande merveille commence, c'est à partir du moment où le grain de pollen est abandonné à lui-même. Gomment comprendre, en. effet, malgré les précautions si multiples, si subtiles de la nature , qu'un infiniment petit parvienne à saisir Tinfiniment petit, à la poursuite duquel il s'est lancé dans l'espace infiniment grand?

La nature emploie pour la fabrication àe% grains de pollen une proportion bien établie sur les règles de sa sage économie , entre le nombre et la difficulté d'admission.

nyriades de grains avorteront , pourriront y nécessaire, pour assurer qu*un seul parlu terme assigné. Je citerai comme exemple >pes polléniques de TOrchis taché, que vous rez sans peioe Tété dans les prairies om-

Masse poUénique de l'Orchis maculata.

voine ne sera pas moins instructive; caria favorite de Pœan, le médecin des Dieux, ontrera un nombre prodigieux d'étamines.

•oscope permettra de reconnaître dans chaces poches un nombre fantastfque de grains, îfois les orages eux-mêmes , le microscope vous donneront la preuve de la fécondité juelle la nature produit les poussières fées. En effet , les gouttes de pluie donnent 'atmosphère cequ*Aragoappelle énérgique- 1 vigoureux coup de balai. Vous verrez que ères aqueuses entraînent quelquefois des 3s de poussières jaunâtres ou verdtoes,(3^\

flottaient dissimulées par leur faible dimension, mais qui, errant danstôotes les directions, devaient jQnir par rencontrer le pistil nécessaire à l'accomplissement de leurs destinées sur la terre.

Cependant la multiplicité indéjQnie des germes est /une ressource qui serait elle-même insuffisante. La nature a donné à d'autres êtres rinstioct, l'intelligence que les grains du pollen n'étaient pas organisés pour recevoir.

Si les gracieuses orchidées , ces iSUes chéries du Tropique , étaient abandonnées à elles-mêmes, le chemin du pistil est si difficile à trouver que bientôt leur race cesserait de parfumer les forêts mexicaines. La nature envoie à leur secours des insectes , hôtes gracieux, avides de savourer le nectar que promet leur suave odeur. Ces petits vagabonds errent de corolle en corolle; tantôt ils grimpent sur les étamines; tantôt ils se laissent tenter par Tappui que promet le pistil. Mais leurs pattes garnies de brosses ne peuvent se mouvoir au milieu de la précieuse semence sans cueillir sur ranthère le pollen qu'elles viendront déposer sur le stigmate.

Le microscope nous montre donc que les instincts et les besoins d'êtres inconscients de leur mission concourent à la fécondité de la plante dont le parfum les enivre. Croit-on que nos passions soient moins nécessaires à l'équilibre du monde ?

Nous pourrons comparer les grains de pollen à des appareils dans lesquels seraient renfermés de merveilleux mécanismes d'horlogerie, prêts à se

mettre en mouvement dès que l'on pousse un ressort. Car cette granulation peut rester inactive pendant un temps très-long , sans perdre la majeure partie de ses facultés, sans devenir inhabile â jouer son rôle.

Faites germer les grains de pollen au hasard , c'est-à-dire placez-les dans une atmosphère humide , vous verrez la matière déborder au dehors comme à tâtons, au hasard. Si vous la placez délicatement sur un stigmate, vous ne tarderez point à vous apercevoir que les phénomènes semblent régularisés, réglementés. Dès que le contact a lieu, une des portes mystérieuses s'entr'ouvre, la substance diaphane s'allonge guidée par Faction d'une puissance inconnue menée par quelque magnétisme!

Voilà un tube qui marche, marche toujours, qui écarte progressivement les parois, du long conduit préparé pour son passage. Il ne

Grain de pollen , .. , ,., .

du melon. ^ arrête que lorsqu il est parvenu jusqu'au fond de Tovaire. Voulez-vous vous rendre compte de Ténergie de cette pénétration, de l'impétuosité avec laquelle le tube se dirige dans ce labyrinthe , regardez à un fort grossissement le pistil du Datura. Vous vous demanderez alors s'il n'y a pas de mystérieuses analogies dans la nature avec les phénomènes qui ont

l'esprit humain comme sujet et comme théâtre. Est-ce que cette force aveugle ne se transmet point jusqu'à nous t Est-ce qu'elle ne passe pas âaos le breuvage tiré de la plante par les bayadëres et

Pistil du TJa.tura-

versé par elles aux brahmjnes qu'elles séduisent!

Comme vous le voyez par ce qui précède , la

marche du pollen ressemble au développement

d'une graine. Seulementle milieu favorable à l'es-

pansion du tube n'est pas la terre. Il faut le contact du pistil pour le départ, il faut la conquête de l'ovaire pour Tarrivée. C'est dans le sein béni de cet ovaire que le pollen est arrivé à conduire une matière qui n'échappe pas au microscope , mais dont le rôle échappe entièrement à la raison.

n s'accomplit dans l'intérieur de la fleur un mystère que J'on n'a jamais pu pénétrer, et c'est le fond du pistil qui abrite- cette solution de continuité de notre botanique.

Nous savons seulement que la matière qui était dans l'ovaire avant que le tube du pollen y pénétrât se réunit avec celle qui arrive et se confond en une même masse gélatineuse.

Bientôt on verra apparaître l'embryon qui sortira d'une petite enveloppe suspendue au milieu du liquide. Une fois ce point mystérieux franchi, l'évolution de la graine n'a plus rien de caché, la nature développe des organes dont les dimensions finissent par être appréciables à Toeil nu. On ne tarde point à reconnaître la forme-, la silhouette de la graine future, en quelque sorte la graine elle-même.

Arrêtons-nous ici, car c'est un nouvel acte qui commence dans le drame merveilleux de la procréation des êtres ; drame toujours nouveau, quoique les lois générales semblent fatales et déterminées par des nécessités profondes , inaccessibles à notre raison 1

N'oublions pas que la production de la graine n'est pas un but final, mais une étape dans le pro-

ces éternel des choses. Cet être qui se forme daos le sein de la plante mère n'est point complet en soi. II n'existe que parce qu'il a une mission à remplir qui est plus importante que son existence même dans le plan éternel des choses. C'est de lui que doit sortir la plante ; c'est par lui que Tespëce, être abstrait, se propagera à la fois dans le temps et dans l'espace. Quoique mortelle et modifiable elle-même, l'espèce possède une durée bien plus longue que celle des êtres particuliers qui la composent. En effet, elle n'est pas une collection d'objets toujours semblables à euimômes, comme s'ils étaient stéréotypés d'après un type éternel que le Créateur aurait réalisé dans l'éternité et dans l'infini.

Nous nous bornerons modestement à retracer un moment révolution de la plus humble des plantes. Nous chercherons à faire comprendre le phénomène de la fécondation qui produit un atome, la graine messagère de la vie. Pour suivre le développement de la plante elle-même, ce ne serait pas trop du secours de la fantasmagorie.il faudrait montrer la tige et les racines sortir, les bourgeons naître, les feuilles s'épanouir, les sucs s'élaborer. Que serait-ce donc si nous avions l'ambition de montrer l'évolution merveilleuse, celle qui a produit comme couronnement provisoire de l'édifice de la nature terrestre l'homme de nos jours, Yhomo sapiens.

FÉCONDATION DES PLANTES PHANÉROQAmES.

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