‹ Les merveilles du monde invisibleChapitre 27 sur 32 · L'ŒUF · texte numérisé non relu

L'ŒUF

Lorsque les naturalistes du moyen âge s'attachaient à cet aphorisme : « Tout être vivant naît d'un œuf » {omne vivum ex ouo), ils ne faisaient que résumer sous une forme didactique les idées révélées au monde par les Brahmines, et conservées encore, quoique Thistoire de la grande tradition indienne ait été perdue. En effet, la mjthologie des Védas nous raconte que Tœuf a été la forme sous laquelle TÊtie éternel et inOni s'est manifesté au monde sensible. Le germe semé par la parole divine à la surface des flots est devenu un œuf, et de cet œuf est sorti Brahma, Taïeul de tous les animaux qui sont soumis à la loi des métamorphoses. Le microscope semble avoir confirmé ces enseignements de la théocratie indoustanique , car une anatomie profond» nous a appris c\viQ te

petit Dieu de ce monde suit pas à pas Tin tion de TËtre inGni lui-même.

Pour étudier convenablement Toeuf, commi çons par analyser la graine, que nous considérerons comme un œuf imparfait. Nous vetrons qu* reçoit du monde extérieur rhumidité qui est il moteur de son évolution, et la chaleur dontelk ne peut non plus se passer.

La graine peut être étudiée pour ainsi dire sans microscope dans les phases de son développement, ! ce qui n'est pas sans avantage; mais Tami de la nature qui nous écoute aurait tort de ne pas aller plus loin. Qu'il observe donc avec une forte loupe la construction compliquée des différentes parties destinées à la nourriture de Tembryon.

Nous lui signalerons encore les merveilles de la construction de l'enveloppe extérieure, qui, quoique moins ouvragée que celle du pollen, n'est point cependant à dédaigner. On la trouvera marbrée, cannelée^ articulée, frangée de toutes les manières possibles. Les graines de l'orchidée sembleront renfermées dans un réseau à mailles, disposition qui doit avoir une raison sans-doute très -difficile à connaître, mais très-Supérieure. Une fois qu'il aura compris l'œuf végétal, qu'il passe à l'oiseau, mais par degrés pour ainsi dire. Qu'il commence par prendre les œufs très-petits, tels que ceux des grenojuilles, des salamandres, des poissons osseux, des articulés, des mollusques, des zoophytes, de tous les êtres inférieurs, de tous ceux qui, comme

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nous le verrons plus tard, semblent avoir conservé beaucoup de propriétés communes avec la végétation.

Ces corpuscules, tantôt agglutinés les uns contre les autres, ta ntôt élégamment guillochés, sont transparents; leur développement a lieu à la tempérar ture ordinaire. Vous pouvez donc sans grand'peine assister à la fabrication de l'articulé, du zoophyte, du poisson même. Vous le verrez subir des métamorphoses d'autant plus nombreuses , d'autant plus intéressantes, qu'il appartient à une espèce plus élevée dans la hiérarchie des animaux.

L'œuf d'oiseau est trop gros pour que vous puissiez jamais examiner l'ensemble, si vous employez le microscope. La science individuelle est en quelque sorte insuffisante ; c'est la science collective qui doit être appelée au secours de l'intelligence. Honneur au génie qui déroulera sous nos yeux le grand drame, véritable mystère digne du siècle où l'on verra les transformations qui se succèdent pendant la durée de l'incubation I

Jusqu'à ce jour, l'optique n'a guère été employée qu'à produire d'inutiles illusions, qui ne laissaient dans l'esprit qu'une impression fugitive. On ne s'est point aperçu que tous les procédés scéniques dont les décorateurs disposent dans les féeries sont à la disposition de ceux qui auront l'audace de montrer la nature dans son état naturel, c'est-à-dire exubérante de vie, de poésie et de grandeur, de les synthétiser sous une forme poé-

tique, de montrer les lois naturelles dans leur éta dynamique 1

Supposons que la lumière, habilement dirigé( sur des verres colorés, vienne nous peindre l'histoire de la formation de l'organisme; figurez-vous que nous assistons à la création des différentes parties d'un vertébré venant se compléter devant nos yeux.

Quel merveilleux spectacle, bien digne de donner une haute idée de Tordre et de la régularité qui existent dans le monde! Chaque fonction nécessaire à la vie vient successivement couronner (quelquefois d'une manière provisoire et au moyen d'organes temporaires) le magique édifice qui semble se construire lui-même.

Les formes successives de l'être viennent s'engendrer Tune l'autre ; le futur membre de la série vivante subit dans le sein de sa mère la grande éducation organique, l'apprentissage progressif de la vie, que la série vivante subit elle-même dans le sein du monde. Quel est le but de cette évolution mystérieuse? Un Bouddha, un Confucius, un Tamerlan? Hélas noni un poulet, un lapin, un roquet peut-être!...

Alors on pourra dire que le ihicroscope aura permis aux anatomistes d'introduire le peuple dans le monde invisible, de révéler à l'homme encore inconscient de nos jours la règle fondamentale qui dirige l'évolution de tous les habitants de DOtre sphère ègaUtavr^.Qvii n'aimerait à voir l'em-

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