L'ŒUF
bryon franchissant constamment toutes les formes élémentaires, à moins de faire naufrage eu route et d'aboutir à un monstre? Qui se fatiguerait de le suivre dans cette route qu'il parcourt au milieu de dangers croissants , marchant d'autant plus rapidement qull va s'élever plus haut, qu'il a des destinées plus sublimes à accomplir, mais n'étant dispensé d'aucune transformation essentielle , quand même il serait destiné à devenir un génie créateur, un des flambeaux du monde?
Nous comprendrons alors que le vertébré est comme le fils d'un prince que son père fait entrer dans l'armée par les rangs inférieurs. Il est vrai de dire qu'il passe successivement par tous les degrés de la hiérarchie militaire; mais il ne perd point sa jeunesse à attendre de l'avancement dans les grades subalternes, comme le soldat qui trouvera son bâton de maréchal en recevant les galons de sergent.
LA n^smini ks mstcrcs.
Les merveilles que aons tojods à l'œil nu, longue nous nous mêlons de disséquer le plus humble rongeur, le moindre poisson, ont suffi pour arracher des cris d'enthousiasme à plus d'un chercheur. Cependant la nature ne nous prend pas alors tout à fait par surprise, quoiqu'elle nous mette devaint les yeux tant de formes imprévues. Mais lorsque nous étudions im insecte , le microscope nous jette dans un monde tel, que nous n'en pouvions* rien prévoir.
Je me suis toujours étonné qu*îl y eût des femmes comme Mme Dacier pour traduire du bon grec en mauvais français, ou conmie Mlle Sophie Germain pour torturer des équations relatives aux corps élastiques! Mais ce qui me surprend encore davan* tage, c'est qu*il n'y ait pas une foule de gra*
ieuses naturalistes adonnées à l'étude de l'enomologie.
Car la patience dont il faut faire preuve se rouve en quelque sorte rehaussée par la nécessité le montrer de la délicatesse d'esprit, de la légè- "eté de main. Il n'y a que le caractère féminin qui ût assez de grâce, de souplesse, pour entrer en communication avec les êtres devant lesquels nous K)mmes des Polyphèmes. C'est par des jeunes filles jue Gulliver fut, je crois, le mieux compris lorsin'il tomba entre les majns des géants. Est-ce que les jeunes filles ne devraient pas s'occyper de ces ^tits GuUiversî
La grâce etla beauté ont seules la vertu sublime le descendre jusqu'à ces inflniment petits qui ressemblent tant aux fleurs, que des savants ont pu es appeler des fleurs animées.
Il est vrai, nous sommes obligés de tuer ces êtres lélicats, comme le chimiste de Rothamsted qui, K)ur étudier les organes du ïœuf et du mouton, loit étaler les membres pantelants de ses victimes iHr le marbre de son laboratoire. Mais notre sensibilité s'émousse quand nous avons entre les mains les êtres dont l'organisation est si diflérente de la létre, qui ne voient rien de ce que nous voyons, lui n'entendent rien de ce que nous entendons, [ni sont et seront toujours des étrangers par rap- K>rt à notre monde.
Qçi sait, du reste, si la statue d'Osymandias l'était pas le symbole de la nature î
Est-ce que la grande inconnue ne semble pas nous dire, comme l'orgueilleux monarque : « Si tu veux comprendre ma grandeur, essaye de détruire mes œuvres! »
Cette nécessité sublime nous permet d'éviter le reproche de cruauté, et nous permet d'imposer silence à nos sentiments; sommes-nous maîtres en effet de résister quand la curiosité inextinguible nous dit : « Poursuis toujours la vérité, même au sein de l'être vivant! »
« Ne crains pas, pour deviner ce que c^est que la vie, de sacrifier la vie elle-même ! »
Souvent le microscope est du luxe , quoique la vue simple ne soit pas suffisante.
Aussi l'étude des insectes aura lieu d'une manière très-satisfaisante, avec une loupe composée de trois segments mobiles autour d'un axe en cuivre. Cette disposition est tellement simple, qu'il n'en coûtera pas vingt francs pour obtenir un grossissement de vingt diamètres ; un franc en moyenne par chaque multiplication de l'être, avec faculté de se contenter des degrés intermédiaires.
L'effet limité des vingt diamètres s'obtiendra en réunissant les trois segments de la lentille, et en portant la petite table sur laquelle l'on dépose les objets jusqu'au contact du verre.
En écartant le segment supérieur, comme on Ta représenté dans notre image, on obtient un grossissement de dix diamètres; alors on devra fixer la table un peu plus loin des verres. Il faudra la faire
descendre encore si l'on se contente d'une lentille isolée, ce qui permet d'adopter trois combinaisons nouvelles.
Enfin, les lentilles peuvent se diviser de manière à être retirées de la colonne et manœuvrées comme des loupes à la main. On a alors le choix encore entre trois grossissements différents.
Le principe de la construction de ce joli et indispensable appareil est celui que les opticiens emploient dans la fabrication de l'organe optique que l'on appelle la lentille du microscope. En effet, „ malgré son nom ,
cette partie vitale de l'appareil est rarement fabriquée avec un morceau de verre 3 loupes unique. Elle est for- ''°''*^^' mée avec une série
de petites pièces dont les effets se multiplient, se corrigent même l'un par l'autre.
Leurs rayons et leurs distances respectives sont l'objet d'un calcul très-précis dans lequel consiste une paitie de l'art de l'opticien.
Quelquefois Jes insectes atteignent un volume assez grand pour qu'il soit possible de les fendre avec des ciseaux ; alors vous étendrez leur cadavre
Loupe composée de ti
avec des épingles sur une plaque de liège ou de! cire. Vous isolerez soigneusement chaque nerf, chaque muscle, après avoir augmenté la consistance des parties tendres en les plongeant préalablement dans l'alcool.
Vous pourrez même employer un subterfuge trèsingénieux, qui consiste à ensevelir votre insectedans une petite quantité de ciment, comme les maisolmans le firent, dit -on, du corps de saint JéroDimo d'Alger ; puis vous couperez le solide ainsi obtenu en lanières que vous soumettrez à Tinspection microscopique.
Si vous prenez ces précautions, vous ne tarderez point à reconnaître que ces insectes appartiennent à un monde singulièrement semblable au nôtre. Si Ton prend d'un seul bloc tout Tensemble delà classe, on peut même dire, que c'est une nation naturelle : c'est la société indienne parfaite avec des castes indestructibles. Vous trouverez, en effet, dans les rangs de ce peuple articulé, des animaux exerçant, de droit divin et sans apprentissage, presque tous les métiers des hommes ;il n'y a qu'une différence, c'est que l'ouvrier est créé en même temps que son outil. Le tisserand vient au monde avec sa navette, le menuisier avec sa varlope, le maçon avec sa truelle. Quoique la nature ait façonné à l'avance tous les instruments nécessaires à ces travailleurs, elle ne les a pourtant point dispensés de toute participation active à l'évolution de la série vivante. La lutte , le couM darwinien, est même
dans le sein de ce monde inférieur une cause in* cessante de perfectionnement , de progrès. Mais c*est seulement par la voie de la génération que se traduisent des modifications dont l'insecte n'a pas lui-même conscience. Le citoyen articulé ne possède d'autres traditions que celles qui se trouvent écrites dans son organisation même. 11 en résulte qu'il n'a pas besoin d'annales, car il est lui-même une histoire vivante. Nous autres nous avons conscience des efforts que nous faisons pour annéliorer l'outil qui nous appartient et auquel nous n'appartenons pas nous-mêmes.* Mais précisément parce qu'elle est personnelle, notre œuvre est toujours imparfaite. Nous ne sommes pomt des automates acteurs dans le plan providentiel de la nature naturante, quoiqu'il y ait beaucoup de choses machinales en nous, plus que ne le suppose notre orgueil.
Que de choses nous apprendrions si nous étudiions les œuvres de ce petit travailleur qui a été armé par la nature, et dont toutes les œuvres ont par conséquent une perfection inconnue dans les nôtres.
Le microscope nous ouvrira donc un champ infini d'inventions qui ne seront pour la plupart qu'une mauvaise imitation très - grossière. Si les mécaniciens étudiaient la mécanique vivante, ils trouveraient souvent réalisé dans la mouche ou Taraignée ce qu'ils cherchent inutilement dans leur raison.
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