AUTRE EXEMPLE DE CRISTALLISATION
Ces sphères montrent Toxalate de chaux tel qu il se précipite du sein d'une solution acide,
s'il est d'origine organique. Au con- ^ traire, s'il est préparé artificielle- ;%• ment par la neutralisation du phosphate acide , il prendra une des formes suivantes :
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Mais quand on le tire de la sève des plantes, on le
voitadopterune foule de figures différent-'S, parmi îesqueUeH nous signalerons les quatre précédentes.
L'ŒIL DE LA JUSTICE
J'ai' un ami que le parquet de Paris emploie comme expert dans la poursuite des délits commis par les marchands de denrées alimentaires.
Le spectacle de la corruption profonde de certains spéculateurs lui fait prendre parfois l'huma- Dité en dégoût. « Je ne peux songer, dit-il, sans effroi k la perversité des gens qui ne craignent pas de compromettre la santé de leurs sembables pour gagner à chaque crime quelques fractions de centime. Pour moi, ce sont des Locustes (empoisonneurs) à jet continu, et il est impossible d'évaluer le désordre croissant que produit leur avidité. »
Il a fait condamner un minotier qui ne se contente pas de remplacer le froment par des céréales inférieures ou même par de la fécule de pommes de terre malades. Ce spéculateur augmente le vo-
bk LE Mi^XDB 1XYISIBLE.
lome de ses marchandises avec l'alan , substance presque purgative. Rendons grâce à l'honnêteté relative des fraudeurs qui se contentent d'augmenter le poiJs de leurs farines avec une substance inerte comme le plâtre de Paris. Ce produit minéral est même en ce sens l'objet d'un grand commerce. Il est si précieux, si inestimable, pour ces industries néfastes, qu'il s'exporte pour la même fin jusqu'en Angleterre, où la falsification s'opère sur une échelle proportionnée aux appétits de la population. Je crois connaître un équarrisseur qui, faisant de rhippophagie pratique, s'était associé avec un boucher des grands quartiers. Il transformait la dépouille de ses victimes efflanquées en bœuf de la seconde catégorie. 11 y avait, dit-on, près des Halles, un charcutier plus coupable encore: il s'était donné l'affreuse industrie de débiter de la viande de porc infectée de trichines, vers terribles qui perforent l'estomac et les intestins des consommateurs. Près de Tabattoir Popincourt se trouvait un gargotierqui servait gravement à ses clients du bouillon de gélatine, comme s'il n'avait pas été prouvé que les qualités nutritives de cette décoction sont identiques à celles de Peau chaude. Je ne parlerai pas des traiteurs qui guettent le poisson avancé pour l'avoir à meilleur compte; des pâtissiers qui sont à l'affût des œufs sur les limites de la pourriture, des fruits gâtés, pour les introduire dans leurs compotes et confitures. Je ne dirai rien du lait fait avec de la cervelle de veau, du chocolat
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dans lequel le cacao n*est qu'un mythe, de l'eau de la Seine transformée en vin de Bordeaux, de la sciure
de bois changée en café de Ceylan, et de l'huile de vitriol métamorphosée en vinaigre d'Orléans.
Le crime entre en lutte ouverte avec la répression, et montre une énergie, une intelligence qui m'ont toujours frappé. En effet, il n'y a pas de découverte dont on n'ait tiré un parti puissant dans la révolte contre Tordre social. Les faux monnayeurs ont mis à contribution la galvanoplastie dès les débuts de cet art. Jusqu'à ce que Ton eût trouvé le moyen d'introduire dans la pûte des billets de banque des filigranes d'une nature particulière, les rayons solaires étaient souvent pris comme complices de crimes dont les amis des lumières n'ont cependant profité en aucune façon. Bocarmé n'a-t-il point appris la chimie afin d'appliquer la nicotine à l'empoisonnement de son beau -frère? La Pommerais a fait de longues études, peut-être pratiques, sur la mort par la digitaline , pour profiter d'assurances faites sur la vie. Palmer était expert dans le maniement de la morphine. Castaing avait également usé ses veilles à étudier la toxicologie; Exilly, le complice delaBriovilliers, était un chimiste créateur.
Si le génie, quelquefois trop réel, dont les hommes de proie ont fait preuve depuis Gain (qui était bien capable d'inventer la hache pour briser le crâne de son frère) avait été appliqué aux arts utiles 9 nous connaîtrions un grand nombre de
secrets de la nature qui ont échappé à la perspicacité des honnêtes gens.
Heureusement le microscope vient à notre aide, lui, l'arme de l'honnêteté I II est pour ainsi dire impossible de le corrompre et de le tourner au service du crime, qu'il ne sert jamais qu'à demi, comme vous allez facilement le comprendre.
Comment voulez -vous que l'homme qui vi^nt, tigre lui-même, de sacrifier la vie d'un de ses semblables à une jcupidilé féroce, à une passion impure, à un désir insensé de vengeance, aille explorer, non point même au microscope composé, mais seulement à la loupe, le théâtre de son forfait? Comment supposer à ce monstre le loisir et le sangfroid nécessaires pour sonder les replis de ses vêtements, explorer jusqu'à la semelle de ses souliers?
Ce n'est pas une balance, mais le microscope en main, que je représenterais Thémis, si j'avais l'honneur d'être peintre ou poëte. N'est-ce point en effet avec le microscope qu'elle peut recueillir les dires de mille témoins cachés?
Tantôt, ce sont quelques cheveux arrachés à la tête de la victime, que l'on retrouve entre les mains de son bourreau ; une autre fois, les clous du talon qui a écrasé la tête d'un vieillard ont retenu quelques poils de barbe blanche, témoins outragés et maculés, mais cependant témoins décisifs 1
La justice tient le coupable par quelque chose de plus petit qu'un brin de sa chevelure, mais ce brin^ plus tenace qu'un cheveu du diable, suffira
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pour le traîner à Téchafaud. Ailleurs, c'est une tache grosse comme une tête d'épingle qui a rejailli sur le pantalon de l'assassin. Il avait eu la précaution de se laver les mains et d'envoyer sa chemise à la lessive.
Malheureusement l'éducation du public est encore à faire; on comprend très-difficilement que la police municipale ne peut être partout à la fois, et que, par conséquent, sa vigilance ne peut empêcher les citoyens d'être pillés dans leur fortune et leur santé, s'ils négligent de veiller eux-mêmes au salut de leur bourse ou de leur estomac. Quoique' la loi cherche à le faire, il n'y a véritablement de bien protégés que ceux qui se protègent eux-mêmes.
Prenez l'habitude de manier le microscope, et vous serez sauvé de cette multitude de petits délits qui tuent un peu chaque jour. Vous échapperez à une foule de maladies, de malaises provenant des poisons alimentaires qu'on débite chez l'épicier et le marchand de comestibles sous prétexte de réconforter les chalands. Soumettez à l'appareil le plus simple, le plus commode, les substances susceptibles d'être fraudées, et vous rétrécirez tellement Taire de la supercherie, que la probité deviendra une vertu très-pratique pour tous les boutiquiers. La fraude sera bientôt la plus ridicule de toutes les spéculations.
Voilà un fournisseur qui vous a vendu du café fabriqué de toutes pièces dans ses caves, et qui compte sur l'impunité. Rien ne vous est plus aisé
que de le saisir en flagrant délit, car la matière qui vient honnêtementdes îles d'Amérique, ou d'Arabie, vous montrerait une foule de cellules polygonales: au lieu de cela, vous ne trouvez que la fibre de la sciure torréfiée qui a été mélangée à votre poudre. Vos fournisseurs pratiqueront moins facilement «la petite morale» quand ils sauront que vous maniez le grand confesseur des fraudes, l'instrument indiscret qui montre la partie mucilagîneuse de la chicorée et les granulés d'amidon, élevées par la grâce de Mercure à la dignité de plante aromatique.
La nature a ses points de repère inébranlables précisément parce que l'œil nu ne saurait les voir. Mais, quoique cachés, ils éclatent pour ainsi dire à chaque pas du microscope. Ils sont imprimés partout avec l'inexorable fécondité qui est le caractère et le privilège des forces spontanées. Pour construire artificiellement le moindre grain de mil, il faudrait développer beaucoup plus d'art que pour édifier une basilique.
Jamais la contrefaçon ne sera assez parfaite pour que vous ne puissiez la prendre en flagrant délit d'erreur. Le plagiaire a cru faire un miracle, il a inventé un nombre infini de détails; que vous importe? descendez plus bas encore dans l'intimité des choses, et vous laisserez derrière vous le subterfuge.
Les progrès de l'agriculture et de l'industrie marchent d'un pas égal à la conquête de l'avenir, les botanistes multiplient le nombre des espèces
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utilisées, celui des variétés dés plantes anciennement employées. Les expositions des dernières années nous ont donné la fibre d'aloès, le jute, le fil de bananier; que sais-je encore? Toutes ces substances ont une valeur différente, mais sont susceptibles dans une certaine mesure de se substituer les unes aux autres, frauduleusement. Voilà un vaste champ à exploiter pour ceux qui ont l'ambition d'arriver à la fortune par des chemins couverts.
Les matières animales tie sont pas moins susceptibles de servir la fraude : à la soie que file le ver de mûrier, vient se joindre celle du Bombyx Cynthia; bientôt d'autres chenilles auront conquis une place honorable dans nos cultures. Les espèces animales elles-mêmes n'ont pu résister à l'énergique industrie de nos éleveurs. Voilà que l'usage des graines oléagineuses dans l'engraissement permet à nos toisons européennes de prendre un lustre analogue à celui qui distingue la laine des lamas, des al'pacas et des vigognes.
Encore des erreurs, encore des tromperies possibles: quelle mine de crimes, de supercheries!
Mais, armés de notre arme ordinaire, nous pouvons marcher à coup sûr dans ce dédale où la mauvaise foi s'embusque. Nous dominons les gens qui vivent du trafic des textiles, de toute la hauteur de notre clairvoyance. En effet, chaque fibre porte ce que nous pourrions appeler la marque de fabrique de l'infini que nul ne saurait contrefaire !