‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 103 sur 134 · ARC-EN-CIEL LUNAIRE · texte numérisé non relu

ARC-EN-CIEL LUNAIRE

La seule différence qui existe entre l'arc-encieNlunaire et l'arc-en-ciel solaire , c'est qu'il s'aperçoit rai-ement , k cause de la faiblesse des rayons de la lune. Le aS décembre 1710 , à huit heures du soir , on en a vu un à Glapw^el , dans le Derbyshire, qui avait toutes les couleurs de l'arc-en-ciel solaire , et dont la grandeur n'était pas moindre que celle qu'il laisse voir ordinairement. La lune était dans son plein , et la soirée avait été pluvieuse ; mais au moment ou l'arcen-ciel lunaire fut visible , tous les nuages étaient dispersés. Le 24 octobre 1801 , à sept heures du

(a68) 'tbir ^tmtna aperçu 4in autre à Edtihboaarg^ dont la beauté a channë les regards des habilaas., et :escitë radmiraticm des astronomes. Les couleors en étaient bien distinctes. Sa durée a été d'une , i^femk-Jieure.

VIGNE DU PRINCE BORGÏÎÈSE (i).

La vigne ou maison, de campagne du prinee Borghèse ne le cède pas en magnificence au palais qu'il habite à Rome. C'est par un très beau bois bien perce' , peuplé de clievreuils et de daims , et dont les allées sont presque itoutes terminées par des statues et des fontaines , qu'on entre dans ce lieu de délices. Vis-à-vis de la maison est un parterre rempli d'une infinité de fleurs -dont l'odeur et l'éclat charment en même temps ll'odorat et la vue. On y voit une statue colossale. , qui est effrayante au premier aspect ; elle est entièrement formée de pétrifications ; sa bouche , qui j-essemlile à un gouffre, est toute grande ouverte, et il en sort une nappe d'eau assez considérable , à travers laquelle on aperçoit la suite du jardin.

L'habitation est composée de deux pavillona ,

(i) C^est le nom ({ue lV>ii doime aux maiicuiit de cimpagnc 4et angaeiirs de Rome.

ef d'un corps de bâtimens qui occupe le milieu. Le tout est couvert de bas-reliefs anciens , parmi Wsqœls ou eu distingue uu qui représente les aruspiees qui éventrent un taureau pour en consulter les entrailles ; et Vautre , Curtius qut s'élance tout armé dans le gouffre. La maniera inclinée dont ce dernier bas-relief est placé sur le mur , ajoute tellement à la force de 1 action , qu'on croit en effet que Curtius va réellement se précipiter.

Nous ne finirions pas si nous entreprenions la desci*iption des colonnes de vert et jaune antiques , des vases de porphyre , des statues d'^/iniùal, de Scîpion V jifricain , des douze Césars y et de plusieurs tableaux extraordinaires , par l'innombrable quantité- de figures qui s'y trouvent , dont Tun représente l'entrée d'un ambassadeur turc , et l'autre une marche du pape dans toute sa pompe. Nous nous bornerons donc à citer quelques statues que leur extrême beauté a rendue» célèbres.

1° Sénèque mourant dans un bain y dont le vase est de pierre de touche. Les yeux de ce grand homme sont en émail , et une ceinture de marbre jaune est autour de son corps. Il semble qu'on voie- -ses forces s'ëcouler avec son sang , et l'on trouve dans la tête l'expression la plus frappante de toutes les belles maximes de ce philosophe sur la mort.

2*" Le gladiateur qui pare ime botte avec son. bras.

3** Les trois Grâces , vues par-derrière , qui soutiennent un vase.

4** La statue par excellence , et dont la conservation est entière , le fameux Hermaphrodite, Cette statue , dans un état parfait de nudité , est couchée sur un matelas si bien fait , qu'il faut y porter la main pour s'assurer qu'il est factice. Il est duché*vaUer Bernin.

5** Le groupe à^ Apollon et Daphné , de grandeur naturelle. C'est un chef-d'œuvre ; et s'il est vrai que le vrai beau doive être indépendant du nom et du temps , jamais l'antique et le moderne n'ont rien produit d'égal à cet ouvrage du chevalier Bernin. On voit Apollon voler avec toute l'ardeur du désir ; et Daphné , si légère , que , dans sa course , elle n'eût pas même ÎTait bouger les épis*, les bras élevés et avancés, la bouche entr'ottverte , avec tout l'efifroi de la pudeur , éprouve sa métamorphose en fuyant ce dieu redoutable , qui est tout près de la joindre. L'écorce de laurier couvre déjà sa jambe , et les feuilles poussent aux extrémités deses-doigts. Rien n'est comparable à la beauté du marbre que le seulpteur a employé : il est de Carrare , et quand on le touche il résonne comme de l'airain. On lit au bas du groupe ces deux vers latins faits par le pape Urbain YIU , alors Barberini :

Qiùsquis amans aequitur fiigîtivœ gaudtaformœ , Fronde manus implet , baccas seu catpit amaras*

Amans , qui , sur les pas d^une beauté lifgère , Pensez voler «u bonheur le plus doux -y

Pour prix de rotre ardeur, quel fruit cueillerez-TOU» ?

La feuille, helas ! souveût la plus amer e.

CHANGEMENS DE PEAU, ou MÉTAMORPHOSES DES CHENILLES.

Parmi les merveilles dont la nature se montre si prodigue , il n'en est guère qui méritent plus d'être examinées que les changemens de peau ou métamorphoses des insectes en général, et particulièrement de ceux^ appelés chenilles. Tous changent de peau , et en changent même plusieurs fois pendant le court espace de leur vie. Le ver à soie , par eitemple, se défait quatre fois de la sienne r le premier changement a lieu dès onze ou douze jours après sa naissance , selon la saison ; lé second , environ au bout de cinq jours et demi ou six autres jours ; le troisième , au bout d'environ cinq jours et demi ou six jours et demi ; et le quatrième , six jours et demi ou sept jours et demi après.

Qtielque extraordinaire que puisse paraître le changement de peau des chenilles , il ne saurait être comparé à la singularité qui caractérise ces animaux , de laisser , dans leurs divers changemens , des dépouilles si complètes , qu'on les prend quelquefois pour des chenilles même. H ne leur manque rien de ce qu'on voit à l'extéfîeor de l'insecte. La dépouille d'une chenille

velue est toute4ie'nssée de poils , et les fourreaux des jambes ^nlécailleuses que membraneuses, y restent attachés. On y remarque tous les ongles de leurs pieds , et les parties qui ne sont visibles qu'auf microscope s'y retrouvent. On y dislingue enfin jusqu'aux parties dures qui enveloppent la tête , tel que le crâne ; les dents s'y trouvent également attachées.

Ce n'est assurément pas une petite opération pour un animal , que celle de se dépouiller si complètement , de tirer tant de parties des fourreaux qui les contenaient , et d'avoir à se défaire de son ancien crâne pour en prendre un nouveau. Aussi , un ou deux jours avant que le moment critique arrive , les chenilles cessent-elles de manger^ Elles perdent leur activité ordinaire , elles nemarehent point, ou marchent peu ; et si elles choisissent quelque endroit où elles se firent, là plupart y restent , quoiqu'on les touche. Alors elles sont paresseuses ou languissantes ; et si elles se donnent divers mouvemens , c'est sans sortir de leur place.. Tour à tourelles se recourbent , rendent leur dos convexe , s'étendent en élevant leur tète au-dessus du plan sur lequel elles sont posées , pour la laisser ensuite retomber brusquement sur le même plan. Enfin , d'autres mouvemens plus ou moins sensibles déterminent la crise que la diète et un changement total dans la manière d'être ont préparée.

Lorsque le temps approche où une chenille iFa io dépouiller , ses couleurs s'affaiblissent, et celk^.

mêmes qui étaient les plus vives et les plus brillantes deviennent foncées, et quelquefois si ternes, qu'elles paraissent presque effacées. Alors leur peau se dessèche en quelque sorte , et ne reeevant plus les sucs qui la nourrissaient, elle se trouve dans le même cas qu'une feuille d'arbre à qui la sève cesse d'être apportée. Si. la chenille continue à recouiber son dos , et surtout si elle gonâeun de sesanueaux plus que les autres , quand; cette peau est presque entièrement desscche'e, ^impossibilité où se trouve l'enveloppe qui la cou«^ vre , de résister à de pareils tiraillemens , la fait nécessairement fendre quelque part sur l'anneau qui aura le plus agi sur elle. C'est ordinairement au-dessus du dos, sur le second ou troisième anneau , que s'ouvre la fente qui laisse entrevoir une petite portion de la nouvelle peau , que la fraîcheur et la vivacité de ses couleurs rendent très facile à reconnaître. Cette fente une fois faite, Tinsecte s'étend facilement, et il parvient dans un instant depuis la fin ou le commencement du premier anneau jusqu'à la fin du^quatrième. Alors kl portion supérieure du corps qui répond à ces quatre anneaux se trou vanta découvert ; la chenille a une ouverture suflisante fx)ur se tirer eutièi^e* ment de son ancien fourreau.

Cette dernière opération , toute laborieuse qu'elle puisse être , se fait en inoins dune mi-* nute. La chenille recourbe sa partie antérieure , et la retire du c6ié du derrière. Par ce mouvement y sa tête» dégag.ée de dessous rancieune-

enveloppe, et portée au commencement de lafen* te, s'élève et sort par cette ouverture ; et l'instant d'après, l'insecte, étendant sa partie antérieure , laisse tomber sa tête , qui se trouve posée , comme sur une espèce de coussin , sur la partie de cet étui où elle était ci-devant renfermée. Sa tête , avec son nouveau crâne, se pose sur l'ancien. Alors il ne reste plus à la chenille qu'à tirer sa partie postérieure du fourreau ; ce qu'elle exécute en recourbant ses anneaux postérieurs sur sa tête, jusqu'à ce que le dernier de tous soit parvenu à l'endroit où la fente lui permet de s'élever. La partie postérieure étant ainsi dégagée , la chenille l'allonge , et la laisse retomber à son tour sur sa dépouille.

Mais ce n'est pas seulement par la vivacité et le degré de nuance que les couleurs qui brillent sur la nouvelle peau des chenilles diffèrent de celle qu'elles avaient sur l'ancienne , c'en sont de tout-à-fait différentes : celles dont l'espèce est d'être velues sont alors éhargées de poils, comme elles l'étaient auparavant, quoiqu'il ne paraisse pas en manquer un seulà la dépouille. On se demande où étaient logés les poils dont une chenille était hérissée avant qu'elle se dépouillât , et on a peiné -à concevoir que ceux que l'on voit dans la dépouille ne soient que des tuyaux creux , dans lesquels les autres auraient été contenus. Des obr sérvations exactes , faites pour découvrir ce mystère , ont prouvé que ces poils étaient couchés entre l'ancienne et la nouvelle peau, et qu'ils en

( 275 ) fecititaient même en quelque sorte la séparation.

Les parties des chenilles nouvellement exposées à Tair ont besoin de quelque repos pour s'aflfermir ; et , soit que les dents qu'elles ont alors soient réellement de nouvelles dents , soit qu'elles ne viennent que de sortir de leurs anciens fourreau]^ , il s'ensuit que, comme elles sont encore trop molles pour pouvoir hacher les feuilles , les chenilles continuent de faire diète enviix)n un jour entier après qu'elles ont mué.

Ayant ainsi changé plusieurs fois de peau , les chenilles , avant de parvenir à l'état de papillon , passent par un état moyen , qui est celui de chrysalide. En général leur figure approche de celle d'un cône. L'insecte , sous cette forme , ne parait avoir ni jambes ni ailes ; il ne peut ni manger ni se traîner , et l'on croirait d'autant mieux qu'il est sans vie , qu'il ne prend aucune nourriture , et n'a point d'organe pour en prendre ; il n'y a que 9a partie postérieure qui paraisse animée , et qui puisse se donner quelque mouvement et quelques inflexions sur les jointures des anneaux qui là composent. Leur peau semble cartilagineuse , et leur eorps est couvert d'une infinité d'éminences qui varient dans leur forme , leur grandeur et leur arrangement.

Mais ce qu'il y a de plus admirable dans les chrysaUdes , et de plus digne d'attirer les regards ,> ce sont lès couleurs d'or dont quelques-unes d'entre elles sont parées. Cette couleur est oa

plus jaune f on plus verdâtre , ou plus jAle i mati cependant c'est toujours du bel or qui a le brillant «tTéclat de Tor bruni. Il y a des chrysalides sur lesquelles Tor se trouve employé avec plus d'économie ; celles-là n'ont que quelques tacbeà dorées sur le dos ou sur le ventre. On en voit aussi d'autres qui ontlos mêmes taches aux mêmes parties du corps ; mais , au lieu d'êti^e d'or , elles sont d'argent.

La clu*ysalide , au moment où elle sort de la: dépouille de chenille , est tendre et molle , et ce n'est que par la suite que son enveloppe extérieure s'endurcit au point de devenir friable ; la plupart même ont le corps tout mouillé d'une liqueur visqu-euse. C'est avant que cette liqueur ait eu le temps de se sécher , qu'on voit distinctelœnt que la chrysalide est un papillon , et qu'on peut séparer les unes des autres les parties extérieures qui lui sont propi-es. On y reconnaît la tête , qui est penchée et recourbée sur lapoitrine, fes deux yeux , les ailes , les jambes , les antennes , la trompe , etc. ; mab toutes ces parties sont po- »ées,,pliccs et empaquetées, de façon qu'il n'est pas permis à la chrysalide d'ea faire usage , et il ne convenait pas que cela fût dans un tenips où (Ueé sont encore trop tendres et trop molles.

Au-dessus de chacun des yeux , part une des anttennes qui sont ramenées , dans l'état ordinaire de la chrysalide, en devant^ comme le seraient deux inbans ou deux bandelettes qui partiraient in dessus de la coiffure. d'aoe ieHune , et qui se-

( ^77 ) raient conduites en ligne droite sur son sein. Qay aperçoit des raies transversales , toutes parallèles les unes aux autres , qui y font un très joli travail , et qui marquent les diilërenles articulations. C'est alors qq'on y voit très bien les ailes , qu'on voit distinctement qu'il y en a deux de chaque côté , et d'où elles partent chacune. On trouve enfin , dans l'espace que les ailes laissent entre elles , les six jambes et la trompe, si le papillon doit en avoir une; et enfin toutes les parties qui sont lesaccompagnemens delà tête. Alors , en se servant de la pointe d'un canif ou de celle d'une épingle, on sépare aise'ment des autres la partie qu'on veut considérer ; on là place dans la position où l'on veut : ainsi on sépare les deux ailes du même côté l'une de l'autre. La partie qu'on vient de découvrir , en relevant les ailes , parait toute mouillée de la liqueur visqueuse , qui par la suite lès aurait collées ensemble , et qui les aurait aussi collées au corps. Enfin on trouve les insertions des jambes, et généralement celles de toutes les^parties extérieures.

Il est donc bien certain et très visible que lar chrysalide n'est autre chose qu'un papillon , dont les parties sont cachées sous certaines enveloppes qui les collent toutes ensemble , et qu'elle n'est précisément, comme nous l'avons dit^ qu'un papillon emmaillotté. Dès que ce papillon aura acquis la force de briser ses enveloppes , dès que sesailes , ses jambes seront devenues capables de faire leurs fonctions,, et dès que les besoins exigeront

( 2,8 ) qu'il se débarrasse des fourreaux qui ne lui seront plus qu'incominodes , il s'en défera. Toutes le» parties extérieures , devenues libres , s'étendront et se plieront, se placeront et s'arrangeront comme le demandent les usages auxquels elles sont destinées ; en un mot, le papillon sera alors tel que le sont ceux de son espèce. C'est là à quoi se réduit la seconde métamorphose, celle de chrysalide en papillon.

Mais ce n'est pas seulement dans la chrysalide» que l'on peut découvrir toutes les parties du pa-' pillon ; elles existent déjà dans la chenille même , et il ne s'agirait peut-être que d'une très grande dextérité pour les trouver dans les chenilles encore très petites. Il est vrai que cette recherche devient plus aisée à mesure que la transformation est plus proche ; car, si l'on fait périr une chenille dans l'esprit-de-vin ou dans le vinaigre , un jour ou deux avant celui où cette transformation doit te faire, et si on la laisse dans la liqueur jusqu'à ce que ses chairs soient affermies , on parviendra avec un peu d'adresse et d'attention , à enlever le fourreau de la chenille , à mettre le papillon à découvert , et à en connaître toutes les parties^ Une longue trompe , des ailes , des antennes , des jambes aussi grandes que celles qu'on trouve à la chrysalide , ne sont pas l'ouvrage d'un instant ; et , dès que dans celui où la chrysalide commence à paraître elle les a telles , il faut en conclure qu'elle les avait lorsqu'elle était cachée sous le fourreau de chenille.

n serait sans doute infiniment curieux de con^ iiaitre toutes les communications intimes qui sont entre la chenille et le papillon , et de savoir précisément en quoi elles consistent , et comment ellea se' font ; mais elles dépendent de parties si fines et si molles, qu'il n'est pas permis d'espérer de Toir sur cela tout ce qu'on désirerait. Cependant on a la certitude qu'il y en a quelques-unes qui sont propres à la chenille, et n'appartiennent aucunement au papillon , tandis que d'autres , essentiellement liées et entrelacées avec les parties extérieures , se dessèchent , s'effacent et se détruisent peu à peu. Par exemple, il y a une grande quantité d'espèces de chenilles qui ont seize jambes , et tout papillon n'en a que six. Il y a donc alors dix jambes propres à la chenille , dont le papillon se défait : ce sont sûrement les dix jambes membraneuses , les six écailleuses ayant servi dfe fourreaux aux six que porte le papillon.

La tête de la chenille, comparée avec celle de la chrysalide , ou , ce qui est la même chose , avec celle du papillon , fera voir encore plusieurs parties extérieures qui étaient essentielles à la première forme de l'insecte, et que ses dernières formes demandent qu'il rejette. Les dents, ou les espèces de mâchoires , et les muscles qui les faisaient agir , restent attachés à la dépouille que la chrysaHde vient de quitter. Il n'y a ni papillon, ni chrysalide qui file : cette filière, qui est une espèce de petit bec qui part de la lèvre inférieure,

( aSo ) est deTenn un instrument inutile, et est aussi une des parties dont la chrysalide se défait ; elle se défait en même temps de la lèvre inférieure à laquelle elle tenait. Cette lèvre , la supérieure , et généralement toutes les parties qui formaient la bouche de la chenille , sont rejetées avec la dépouille , et elles ne peuvent plus servir aux usages auxquels elles étaient employées ci-de- Tant. Tout papillon , au moins tout papillon à trompe , ne doit plus avoir une bouche ressemblant en aucune façon à celle des chenilles; il ne doit plus couper des fragmens de feuilles , ni les bi'oyer, ni les avaler : son aliment n'est plus qu'un suc très Huide , qui est pompé par la- ^ompe.

De tout ce que nous venons de dire , il résulte qu'un papillon , sous la forme de chenille , est dans son enfance, et qu'il n'est arrivé à l'état de perfection , à l'âge de force , que lorsqu'il paraît papillon. Dans ce dernier cas , il ne se nouiTit que de suc fluide que sa trompe tire des plantes, pendant que la chenille ronge et dcvore lés feuilles les plus dures. Il semblerait , d'après cela, que l'ordre ordinaire de la nature se trou- Terait entièrement renversé ici , et que ce serait comme si elle ne nourrissait que de lait les plus forts animaux, tandis qu'elle ne donnerait que les alimens solides aux fœms. Mais avec un peu de réflexion on retrouvera l'analogie accoutumée 2 car, si la chenille hache , broie et digère les alimens qu'elle distribue aux papillons^ elle suit 9a>

( 28i ) ceFa rexemple des mères , qui préparent ceux qui sont portes au fœtus. En un mot , la chenille est destinée à nourrir et à défendre le papillon qu'elk renferme.

Lorsque les chrysalides, dont toutes les partie* étaient d'abord molles et nageantes, pour alnsk dire, dans une liqueur destinée à les nourrir et à les fortifier, ont acquis la force et la solidité nécessaires , le papillon cherche à se débarrasser des enveloppes qui le tiennent emmaillotté , pour paraître sous sa véritable forme , avec des ailes développées et étendues. Les uns ne vivent sous celle de chrysalide que dix , quinze, vingt jours, etc. ; et d'autres pendant plusieurs mois , et même pendant une année presque entière.

Quanta l'opération de quitter la forme de chrysalide , elle ne semble pas , à beaucoup près , aussi laborieuse que l'a été celle de quitter le fourreau de chenille, celui de la chrysalide se desséclïant à un point auquel celui de la chenille n'est jamais, desséché.

Parmi les papillons nouvellement sortis de leur dépouille , quelques-uns restent pendant quelque temps posés sur les bords de la dépouille même , tandis que les autres vont s'accrocher après. Ce qui frappe alors le plus dans ces insectes , ce sont les ailes. Le papillon qui vient de paraître au jour les a si petites , qu'il semble un papillon manqué. Mais au bout d'un quart d'heure ou d'une demiheure , tantôt plus tôt , tantôt plus tard , elles par^isse^ dans toute leur étendue.^

Parvenu à l'état de perfection , le papillon , agréablement surpris de se voir rendu au Jour, •e plaît à reconnaître les lieux qu'il a habités dans son enfance. Il agite d'abord ses ailes avec on doux frémissement, et, prenant ensuite Tessor, il parcourt d'un vol sinueux les prairies émaiUées de fleurs, et plonge sa trompe dans leur calice nectarifère. La douce liqueur dont il s'enivre semble lui donner plus de gaîté , plus de feu, plus d'action, plus d'agilité. Ses ailes légères le transportent de plaisirs enplabirs, et dès qu'il a cueilli la fleur , il s'élance et va goûter ailleurs les douceurs apparentes de l'inconstance et de la nouveauté. Mais cependant il s'en faut bien que tout le peuple papillon jouisse d'un bonheur ti complet ; car , si l'on considère les papillons de nuit', on verra que c'est à leur dernier changement que se terminent les desseins qu'avait la nature en les faisant naître. La propagation de l'espèce est le seul signe de vie qu*ils donnent, et ce n'est que pour les amener là q3i'elles les a fait passer par tant de métamorphoses , de travaux et de dangers.

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