‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 105 sur 134 · LE VATICAN · texte numérisé non relu

LE VATICAN

Le Vatican , dont le nom dérive du mot latin vaticanus ( divination ) , à cause d'une montagne voisine sur laquelle on allait consulter les devins et les \augures , est le palais du pape ; mais l'air malsain du quartier dans lequel il est situé , fait qu'il est inhabité pendant presque toute Tannée. Bâti sur le terrain qu'occupaient autrefois les jardins îie Néron, il tient à l'église de Saint-Pierre. Son étendue est si considérable, qu'on le prendrait volontiers pour une grande ville: aussi quelques personnes ont-elles poussé l'exagdration jusqu'à dire qu'il renfermait i3,ooo chambres. La vérité est qu'on y en compte ^J\iiy en y comprenant les salles et les galeries. On y voit aussi 22 cours, accompagnées d'immenses jardins. Il n'est pas d'édifice où il y ait aussi peu d'accord entre les parties qui le composent. La raison en est simple : beaucoup de papes y ont fait travailler, beaucoup d'architectes y ont mis la main.

On y entre par un superbe escalier , orné de deux rangs de colonnes de marbre qui soutien-

( 288) '•nent la route. I^es sculptures , faites d'après les tlessins de Bernin , en sont excellentes. Cet escalier conduit à une vaste salle qui sert de vestibule aux deux fameuses chapelles connues sous le nom de Sixtine et Pauline, La première est celle où se réunissent les cardinaux avant le conclave. On y voit le fameux tableau du Jugement dernier, par Michel- Ange. C'est dans la seconde que se font les prièresde quarante heures. Elle e'tait aussi de'corée de grands tableaux ; mais la fume'e des innombrables cierges qui y brûlent y a formé une croûte dans laquelle il est impossible de distinguer quelque chose. En sortant de la première salle dont nous vemons déparier, on se trouve sur la galerie qui est au-dessus du vestibule de Saint-Pierre -: c'est de là que le pape lance l'excommunication. Du même côté sont les appart.emens destinés aux conclaves, et qui consistent en une infinité de chambres, dont on mure les issues lorsque les cardinaux y sont enfermés. De l'autre côté, on entre dans une vaste cour entourée de trois galeries les unes au-dessus des autres, et qu'on appeUe \di Bible- de^Raphaël , parce que ce grand peintre y a peint un grand nonibie de traits de l'ancien Testament.

Les statues du Yatican , dont la beauté est au moins égale à celle des peintures , sont placées dans la cour du Behcdcre , qui est une espèce de petit palais séparé du Yatican , et auquel il ne "Communique que par une terrasse. Les plus remarquables sont : -la Cléopâire , avec la vipèfie

autour de son bras ^ la mort n'a point détruit sa beauté; le Laocoon (i)^ dont le suppli<:e est aussi fortement exprimé par le marbre que par les vers de Virgile; la lout^ qui allaite Rémtu tX Romulus ; YJpollon (:>.), de taille naturelle, et dont la beauté égale celle de Cléopâtre ; Vénus , avec Cupidon à ses côtés ; Antinous et le Nil , dont la copie est aux Tuileries.

La bibliothèque , composée d'environ soixante et dix mille volumes, contient des manuscrits de la plus haute antiquité. On y voit aussi une magnifique colonne d'albâtre oriental transparent , de dix pieds de hauteur , qui a^ervi jadis à un temple de Vénus. Cette colonne , travaillée en ligne spirale , a été trouvée sur là voie jippia.

LA SOURCE DE KNARESBOROUGa

Cette source, qui a la propriété de pétrifier les ol^ets avec lesquels elle se trouve en contact , est située au pied d'un rocher de pierre à chaux, à une petite distance- de la rivière nommée Nidd. Après avoir coulé pendant l'espace d'environ soixante pieds, elle se divise et s'étend ci'ellemême sur le sommet du rocher , d'où elle tombe

(r) Voyez tem. I , page 38i .

(a) Voyez tom. Il , page i83.

( ^9^ ) ensuite de trente ou quarante places différentes , dans un canal qu^on a creusé tout exprès pour la recevoir. Chaque goutte d'eau produit en tombant un son musical , qui provient sans doute de la courbe que décrit intérieurement le rocher , depuis sa ba'se jusqu'à son sommet , qui offre une saillie de près de quinze pieds. Plusieurs arbrisseaux , parmi lesquels on distingue le semper-vif^um, concourent à embellir le spectacle agréable que procure la chute multipliée de cette source. L'eau , qui coule goutte à goutte à travers la cavité du roc, dépose de belles particules de terre nitrquse qui s'incrustent sur les feuilles, la mousse et les autres objets qu'elle rencontre en tombant. Parmi les pétrifications auxquelles ces diverses incrustations donnent lieu, on remarque de très gros morceaux de mousse sous les formes les plus curieuses^ et des nids d'oiseauit avec les œufs qui ont pris la consistance de la pierre.

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DENDRITES OU ARBORISATIONS,

Cest le nom que l'on donne aux figures superficielles ou intérieures qui réprésentent des végétaux , et qu'on observe fréquemment dans les substances du règne minéral. Les premières te présentent sur le plan des pierres sciiisteuses , «•mme un dessin sur une feuille de papier ; les

(29' ) secondes ressemblent en quelque sorte à de véritables ve'gëtaux qui auraient été empâtés dans la matière pierreuse lorsqu'elle était encore dans un état de mollesse.

C'est principalement entre les couclies ,- dans les fissures, des pierres marneuses , que se trouvent les dendrites superficielles. Les deux surfaces qui en forment les parois en présentent le même dessin ; elles sont communément d'une couleur brune qui passe graduellement au jaune roussàtre. Quant aux dendrites intérieures, elles sont d'un noir foncé.

Parmi les dendrites les plus recherchées, on distingue celles qui se trouvent dans les agates, et surtout dans les sardoines , les cornalines , et autres pierres de même nature qui viennent dans les contrées orientales, et qu'on nomme pierres de moka. Les agates d'Oberstein et des Deux-Ponts présentent aussi fréquemment des dendrites qui ressemblent à des branches de corail ou à des arbres desséchés : mais ce sont les agates orientales que la nature a embellies des formes les plus agréables et les plus variées. On y aperçoit des terrasses rouvertes de différentes espèces de mousses, d'où s'élèvent des plantes de la famille des fougères, à larges feuilles, élégamment découplées, et nettement terminées dans leurs contours. Il paraît que ces couleurs sont dues en général à des oxides métalliques ou bitumineux. Les premières se dissolvent et disparaissent quand on fait digérer la pierre dans

( aga )

.. det acides minéraux; les autres leur opposent

, plus ou inoins de résistance.

Les savans ne sont pas d'accord sur les causes qui produisent les dendrites superficielles. Les uns les assignent k des matières salines : mais on peut assurer que c'est une erreur , puisque le microscope n'y fait pas découvrir la plus légère trace de cristallisation , et que toutes les formes an sont arrondies. Si Ton examine , par exemple, avec attention les dendrites de mica , qu'on trouve fréquemment dans les granits et les gneiss des Pyrénées , et qui sont assez semblables à des plumes d'Autruche , on sera convaincu que , loin d'être l'effet du hasard , elles doivent nécessairement avoir été produites par un principe actif d'un degré supérieur en puissance à celui qui n'opère que la simple cristallisation.

Mais , en accordant que les dendrites supetfif délies, lors même qu'elles sont l'ouvrage de la nature , ne présentent que de simples peintures , on ne sera pas moins force de convenir qu'il n'en est pas de même des dendrites intérieures. Si l'on sn. juge par la végétation de quelques métaux , et notamment de Y argent en feuilles de fùugère , qui se trouve quelquefois dans une ar^ gile molle dont il est facile de le dégager , et qui présente alors des rameaux garnis de branches •opposées , dont l'ensemble imite assez bien la plante dont il porte le nom , on ne doutera pa« qu'elles ne soient de petits arbres solides.

Lorsqu'il arrive que ces mêmes végétations se

(293) trbiti^eiit encastrées dans une matière dui« , telle que le quartz ou le jaspe , on ne peut en jouir que comme des dcndriles ordinaires , en faisant scier et polir la pierre qui les contient. Quelquefois il suffit de l'action du feu pour que ces sortes de dendrites métalliques se forment subitement. Il y a des minerais de cuivre dont la matte noire se couvre çà et là, au sortir du fourneau, de taches jaunes et brillantes de quelques pouces de diamètre , à peu près semblables pour la forme aux lichens qu'on voit sur les rochers : ce sont des végétations de cuivre pur qui sont fort singulières. Elles sont toutes composées de filets verticaux, d'une ligne environ de hauteur, réunis en faisceaux , comme autant de petites gerbes qui sont debout à coté les unes des autres s«ur la surface de la matte ; Jet quand on les regarde p^r-dessus , on voit que leur ensemble présente des - vége'ta lions de la plus grande élégance, et qui représentent fort bien l'espèce de mousse connue sous le nom de spkagnum des marais* Toutes les reclierches qui ont été faites pour découvrir la cause de ce phénomène ont été yaines. Cependant , comme il est reconnu que ce ne sont pas indifféremment tous les minerais de cuivre qui produisent ce joli effet, et qu'il it'a été observé d'une manière vraiment sensible que dans une fonderie des monts OuraLt , dont le mipnerai provenait des mines de la Touria, où l'on trouve le plus beau cuivre natif en végétation que l'on connaisse , il semblerait que ce serait

( ^94 ) la même cause qui le fait végéter dans la Suisse , qui produirait encore le méuie effet jusque dans le fourneau.

GROTTE DE BARNOUKOVA.

Cette grotte , située près de Barnoukova , ea Russie , dans un rocher de gypse qui fait partie d'une montagne voisine de la Piana , doit son existence à la chute de grosses pièces de ce rocher que Teau des sources intérieures de la montagne a miné. Son entrée , d*oti part une grande crevasse qui s'étend jusque dans le cœur de la montagne , a près de deux toises de large. La galerie qui conduit à la grotte s'élargit d'abord vers la droite par une vaste voûte peu élevée , et se rétrécissant ensuite dans le fond , elle présente plusieurs rameaux qui pénètrent à plusieurs toises dans la montagne : ils sont si étroits, qu'on ne peut y entrer qu'en rampant. Sous les fragmens du rocher qui couvre le terrain sur lequel on marche , on entend le murmure d'une eau courante qui tombe dans un étang situé entre la montagne et la Piana. La galerie principale a plus de cinq archines (i) de longueur; elle forme dès l'entrée un chemin taillé en voûte, large

(i) LVchineiest Paune niise : 164 archinet font 100 aaii<« àe Paris.

( 295 ) d^une toise, qui conduit à la vaste grotte de Fin-* te'rieur de la montagne. Pour y enlrer , il faut descendre près de trois arcliines. Elle est très obscure, mais un peu plus sur la droite que sur la gauche. Le côté droit est aussi plus saillant dans la montagne que l'autre. Sa largeur est de quarante arcliines , sa longueur de cent , et sa hauteur de «ept à huit. Les parois de la gix)tte pre'sentent un superbe rocher de gypse blanc de nature séleniceuse, de sorte qu'elle paraît parseme'e d'étoiles lorsqu'elle est éclairée par un flambeau. Il n'y a qu'un seul lit d'une espèce différente : il est compose de la pierre corne grise , qui règne dans le pourtour de la grotte, et y forme des ondes. De grosses pièces de rochers se voient de distance en distance ; leur intervalle dans la partie inférieure forme des cavités profondes qui sont pleines d'eau. Ce terrain de la grotte, à l'exception de la partie la plus élevée, est couvert d'une bourbe que les inondations du printemps y produisent. D'api'ès ces détails , il ne paraîtra pas étonnant que le froid ne soit pas supportable dans ce lieu souterrain ; aussi tous ceux qui l'ont visité se sont-ils plaints de celui qu'ils y ont éprouvé. Il n'en est pas de même des chauves-souris , pour qui cette température n'a apparemment rien de désagréable ni de funeste , car la grotte en est veniplie.

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