LE CHIMBORAZO
Cette montagne est la plus élevée de la Cordilière des Andes. Son sommet est circulaire , et sa hauteur de 22,000 pieds. Située sur les côtes de l'Amérique méridionale , où les pluies d'hiver sont continuelles, elle paraît d'abord, lorsque l'air commence à se raréfier , comme un nuage dans l'horizon ; puis , à mesure que le temps devient plus serein et plus pur , elle se détache visiblement des autres montagnes qui l'avoisinent , et élève majestueusement sa tête altière au-dessus d'elles. L'œil qui n'est pas encore fait à de pareils phénomènes ne peut pas en sentir toute la beauté. La circonférence du Ghimborazo , prise
( »9) ^ à l'endroit où finissent les neiges, est de 22,968 pieds. L'extrême densité de l'air qui règne sur la Gordilière des Andes contribue infiniment à augmenter l'éclat de cette neige éternelle , ainsi que re£fet magique de sa réflexion. Le ciel qui , sous les tropiques , et dans une atmosphère si pure > derrait offrir la tendre et transparente couleur de l'azur , ne s'y laisse yoir que sous la sombre et triste couleur de l'indigo. Ce spectacle , qui est le même dans toute la Cordillère des Andes , est si imposant , qu'il fait passer dans l'âme des voyageurs ce sentiment de respect et d'effroi dont l'homme ne peut se défendre lorsqu'il aperçoit pour la première fois un de ces tableaux , dont la nature ne semble s'être rendue avare que pour mieux exciter son étonnement et son admiration.
Parmi les savans qui ont montré le plus de courage et de persévérance pour connaître le Ghimborazo , Humbold , Bonpland et Montafar tiennent le premier rang. Ils commencèrent ce pénible et dangereux voyage sous la conduite de quelques Indiens qui , craignant pour leur vie , les abandonnèrent presque aussitôt. Mais ils ne se rebutèrent pas ; car , ayant aperçu une trace de rocs volcaniques sur lesquels la neige n'avait pas encore pu se fixer, ils la suivirent, et gravirent ainsi jusqu'à une distance de 16, 000 pieds du sommet de la montagne. Humbold assure que , si ses compagnons et lui n'eussent pas été arrêtés par une large crevasse , ils seraient infailliblement^ parv«:ia8 jusqu'à la partie la plus élevée ;
mais l'obstacle invincible qu'ils rencontrèrent tes^ ayant forcés de descendre , ils revinrent tous les trois malades dans la plaine, ce qu'ils attribuèrent à la quantité d'oxigène dont l'atmospbère dans laqueUe ils s'e'taient trouve's e'tait cbargée. Leur retour fut aussi singulièrement contrarié par une neige abondante qui les se'para plusieurs fois les uns des autres , et par la violence du froid qui leur fit éprouver les plus vives angoisses.
Lorsque les Espagnols voulurent pénétrer dans le royaume de Quito , ils traversèrent les longsf déserts des côtes du Clnmborazo : plusieurs y périrent et restèrent emparamados (i). Mais aujourd'hui , familiarisés avec le climat , ils n'éprouvent plus un si triste sort , parce qu'ils ont la précaution de ne se mettre en route que lorsque le ciel est sans nuages , et le vent apaisé.
LE COTOPASCL
Le Cotopasci est situé au bord de Latacunga , à environ cinq lieues de ce bourg. C'est un des plus dangereux volcans de la Gordilière des Andes. Ses éruptions sont aussi fréquentes que désastreuses. Celle de i533 , qui fut d'une violence extrême , arriva à l'époque où Sébastien de Belalcazar se disposait à faire la conquête du royaume
( i) Embmgéfé. Reste mort dans la montaçne. ;
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de Qaito. Cet accident lui fut infiniment IsiTOfab\e; cailles devina, aux prédictions, desquels lei Indiens ajoutent la fAus grande foi, leur ayant annoncé que , lorsque le Tolcan crèverait , leur pays passerait sous la •domination d'un prince inconnu , ils regardèrent cet événement comme le signal de leur défaite, et tombèrent dans un si. grand découragement , que Belalcazar , ne trouvant presque point de résistance , fut mahre dans moins d'un an de la province entière , et en soumit les peuples au roi d'Espagne.
En 1 743 y le Cotopasci creva de nouveau. Cette éruption fut annoncée , quelques jours auparavant , par un fracas terrible dans ses concavités ; il s'y fit «ne ouverture au sommet , et trois sur le penchant , qui était tout couvert de neige. Les cendres qu'il jeta , quoique mêlées ensuite avec une quantité prodigieuse de glace et de neige fondues par les flammes qu'il vomit , n'en furent pas moins entraînées avec une étonnante rapidité. Depuis Callo jusqu'à Latacunga , la plaine fut inondée, et dans un moment tout ce terrain devint une mer , dont les ondes furieuses firent périr un grand nombre de personnes. La violence avec laquelle l'eau fondit fut telle , qu'il n'y eut que ceux qui eurent assez de légèreté -et de présence d'esprit pour s'enfuir au plus vite, ^quî échappèrent» Les cases des Indiens et des 'pau'^es ^ens furent renversées et emportées par les ondes. La rivière qui passe à Latacunga fut le canal par lequel ces eaux s'écoulèrent , autant
que son lit et la hauteur de ses bords en purent contenir. Mais, tomme cette coulée n'était pas suffisante pour contenir la nouvelle mer, elle déborda du côté des habitations , et emporta les maisons aussi loin que l'eau put s'étendre* Tout le bourg ne fut pourtant pas détruit , et il n'y eut que les maisons qui se trouvièrflnt sur le passage de l'eau qui furent emportées. Les ha^ bitans se retirèrent vers une hauteur, près du bourg , où ils furent témoins de leur ruine. Pen*^ dant trois jours entiers, on eut à craindre dé plus grands malheurs ; le volcan continuait à pousser les cendres à une très grande distance, et les flammes à faire couler la glace et de la neige qu'ellesfondaient. Insensiblement cela diminua , et finit par cesser tout-à-fait. Mais le feu se fit voir encore pendant plusieurs jours , et on entendit le fracas causé par le vent qui entrait par l'ouverture du volcan , et qui faisait bien plus de bruit que l'air qui était comprimé dans les concavités de la mon* tagne. Quelque temps après , le feu , la fumée et le bruit disparurent.
L'année suivante , au mois de mai , les flammes reparurent , et s'étant bientôt renforcées . elles s'ouvrirent plusieurs passages parmi les flancs mêmes de la montagne ; de façon que^ pendant les nuits où il ne faisait pas de brouillard , la lumière des flammes , réfléchies par les glaces , formait une illumination des plus A^eUes qu'on pût voir. Tout cela ne fut que le prélude de la grande éruption qui arriva en e&t le ag
( î^3 ) novembrie 1 744 1 et qui éclata avec tant de violence, qa'elle jeta les habitans de Latacunga dans la pins grande consternation. Cette éruption fut aussi désastreuse que celle de Tannée précédente, tant par la prodigieuse quantité de flammes et de cendres que vomit le volcan , que par les terribles inondations qui raccompagnèrent.
Le 4 avril 1 768, il y eut une nouvelle éruption : elle jeta une si grande quantité de cendres, qu'une nuit profonde remplaça tout à coup la lumière du jour. Enfin , en 1 8o3 , après un repos de vingt ans, pendant lequel aucune fumée, aucune vapeur ne furent aperçues , une fonte soudaine de neige couvrit entièrement la montagne , et fut le précurseur d'un nouvel incendie. Une nuit suffit aux feux souterrains du volcan pour acquérir l'activité qui leur était nécessaire , et le soleil brillait à peine sur l'horizon, que les montagnes extérieures qui entourent le cratère du Cotopasci étaient déjà brûlantes, et couvertes de scories vitrifiées. Humbold, dans une de ses relations, observe que le bruit qui fut occasionné par cette éruption fut entendu au port de Goyaquil , à une distance de cinquantedeux lieues , comme s'il y eut eu des décharges d'artillerie dans ces parages. Il ajoute même qu'il frappa les oreilles de plusieurs voyageurs qui naviguaient , à cette époque , sur l'Océan Pacifique.
La hauteur du Cotopasci est de 18,876 pieds.
Sa situation près de l'équateur n'empêche pas
qae son sommet ne soit ea tous temps couvert de neige. Sa forme , qui est celle d'un cône parfait , est aussi élégante que régulière. Les couches de "neige qui le couvrent augmentent encore son éclat et sa beauté ; car , outre qu'elles cachent l'inégalité du sol, et ne laissent apercevoir au voyageur curieux aucune pointe de rochers , aucune masse de pierres, elles offrent à sa vue, lorsque le soleil les éclaire de ses premiers rayons , le tableau aussi ravissant que pittoresque d'une montagne de diamans qui s'élève audacieusement et fièrement au milieu de la voûte d'azuru^ui la couvre et l'environne de toutes parts.