‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 56 sur 134 · LA COMMUNION DE SAINT JEROME · texte numérisé non relu

LA COMMUNION DE SAINT JEROME

L'Italie n'a point produit de tableaux aussi beaux que celui de la Communion de saint Je" rome ; et le Poussin a rendu justice à son auteur , Dominico Zampieri , dit le Dominiquin , lorsqu'il a dit qu'il n'y en avait que deux à Rome qui pussent rivaliser avec cet admirable chef-d'œuvre. Mais quel exemple ! quelle leçon pour les artistes ! lorsque Ton pense que c'est à la commisération d'un prêtre qui commanda ce tableau , et le paya la modique somme de deux cent cinquante francs , que Ton doitrexistencede cette merveille , et que, sans cette circonstance, le plus grand des peintres serait peut-être resté ignoré : on gë-

Tnit de Tiasolente et basse jalousie qui déshonore les beaux-arts , et qui , triomphant presque toujours du plus rare mérite , le laisse dans la misère et dans l'oubli , tandis qu'elle recueille tous les honneurs et toutes les richesses.

Etouffée dans sa naissance par le Guide et ses partisans , la réputation du Dominiquin fut ensuite attaquée par Lanfranc et TEspagnolet. Annibal Garrache fut le seul qui eut la générosité de la défendre ; mais sa mort prématurée ayant laissé le Dominiquin sans protecteur, il fut abreuvé de dégoûts , d'humiliations et de mépris ; et lorsque sa Communion de saint Jérôme parut , il fut accusé de plagiat par l'Espagnolet , qui , irascible dans sa haine comme dans sa vengeance , mit tout en usage pour le faire chasser de Naples , comme in,digne du nom de peintre , et eut malheui^eu^ement assez d'influence pour y réussir.

Le moment choisi par le Dominiquin pour peindre Saint-Jérôme , est celui où ce digne chrétien, âgé de quatre-vingt-dix ans, et plus aflfaibli par le travail , les méditations et les austérités de tout genre , que par son grand âge , est Jïrès de succomber. Voyant la mort qui s'approche , et voulant recevoir pour la dernière fois le via*tique , il s'est fait porter par ses amis dans l'église de Bethléem. Mais lorsqu'à la vue de l'hostie ce vénérable vieillard cherche à ranimer ses forces défaillantes, son corps s'aFr^rst- , ses n\;iins, ses jamtes , ses muscles perdent tous leurs ressorts, et la présence de son Dieu retî^nt seule

(460 eucoi^ «on âme fugitive. Jamais scèoe plus tourchante ne fut représentée. Quelle étonnante réunion de . sublimité et de . connaissance de la nature! Tout y est à sa place ; la piété, la résignation , les regrets, la douleur , l'admiration , et jusqu'à rindifierence ordinaire à ceux qui sont accoutumes , par devoir , à être les témoins de la- fin de leurs semblables.

Quelques critiques ont prétendu que ce tableau, qui a orné , après le traité de Tolentino , le Musée de Paris , renfermait un anachronisme , et leur opinion s'établissait sur ce que le prêtre y est représenté sous le costume sacerdotal des Grecs , tandis que le diacre porte celui du rite romain. Mais c'est une erreur qu'ils ont commise; Tusage commun aux deux ^lises ayant autorisé pendant long-temps cette double «nanière de se vêtir pour célébrer les cérémonies àa culte, chrétien.

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