‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 59 sur 134 · EL HARAM · texte numérisé non relu

EL HARAM

ou TEMPLE MUSULMAN ÉLEVÉ A JERUSALEM SDR l'ancien temple de SALOMON.

Ce temple , nommé el Haràm , ou Beit et mok a ddès e scherif , la- maison sainte principale de Jérusalem , est un groupe de mosquées qui , élevées à différentes époques de l'islamisme , porte l'empreinte du goût qui dominait à l'époque de leur construction , mais dont la réunion n'en forme- pas moins un ensemble harmonieux Le nom arabe el Haràm signifie positivement un lieu consacré par la présence de la divinité , et défendu aux profanes et aux infidèles. Les deux seuls temples reconnus par la religion musulmane, pour mériter le nom de el Hàràm^ sont ceux de la Mecque et de Jérusalem ; aussi l'entrée en est-elle expressément défendue aux chrétiens , aux juifs y ainsi qu'à tout ce qui n'est

C i5i ) pasr musulman. Aucun prétexte , aucune fareui* , aucune protection , ne peuvent faire éluder cette défense ; et l'infidèle qui tenterait de s'introduire dans ces lieux saints , encourrerait l'indignation du peuple , et serait infailliblement la victime de sa témérité (i).

Ce monument, élevé sur le même emplacement où était jadis le Temple de Salqmon , forme l'angle sud-est de la ville de Jérusalem ; il est composé d'une grande cour ott place fermée , dont la longueur est de 1,869 pi^s, et la largeur de 845. Neuf portes lui^ servent d'entrée.

La partie principale du temple se compose de deux corps d'édifices magnifiques , dont l'un se nomme el Aksa, et l'autre el Sàhhara, On pourrait les considérer comme deux temples distincts l'un de l'autre ; mais , au moyen de leur situation respective, ils forment un ensemble symétrique qui les confond "en un seul.

Sept nefs, soutenues par* des piliers et dès colonnes, forment Vel Ahsa. A- la tête de la grande nef du centre , qui peut avoir 162 pieds de long , sur 32 de large , et qui est soutenue par 7* arcs légèrement pointus de chaque coté , et appuyés sur des piliers cylindriques en forme de colonnes , mais sans aucune proportion d'architecture , avec des chapiteaux foliés qui n'appartiennent à

(i) II n'en est pas ainsi des autres mosquées j car , à Constàntinople même, les chre'tîcns, porteurs d'an firman du gouvernement , peurent y. entrer.

( i52 ) aucun ordre , se trouve une très Belle coupole. A droite et à gauche s'ouvrent deux autres nefs perpendiculaires au corps principal de l'édifice > qui est précédé d'un portique de sept arcades de front , sur une de profondeur , soutenues par des piliers carrés. L'arc central, qui répond à l'axe de l'édifice , a pareillement des colonnes incrustées et adhérentes aux piliers.

Les piliers cylindriques sur lesquels les sept arcs de la grande nef sont appuyés , ont plus de deux pieds et demi de diamèti^e , et seize pieds de hauteur , y compris leurs bases et leurs chapiteaux informes. Le quatrième à droite , qui s'appelle le Pilier de Sidi Omar, a environ six pieds et demi de diamètre , et une hauteur égale aux autres : il n'a pas de chapiteau. Les murs s'élèvent au-dessus des arcs , avec deux rangs de vingt et une fenêtres chacun. Celles du rang supérieur donnent sur la partie extérieure , parce que la nef centrale est plus haute que les collatérales , et les fenêtres du rang inférieur donnent sur la partie intérieure des autres nefs. Quant au toit, c'est une charpente sans voûte.

Les s\% nefs collatérales reposent sur des arcs égaux à ceux de la nef centrale , et soutenus par des piliers carrés. Les deux nefs les plus près de celle du centre , ont le toit plat , en bois , et un peu plus élevé que celui des quatre nefs des extrémités , dont le toit est en voûtes carrées ou en tortues. Les trois nefs de gauche, à l'entrée du temple . sont fermées par une enceinte de:

murs un peu plus hauts que la taille de l'honïme. C'est là qu'est la place destinée aux femmes.

Quatre grands arcs appuyés sur quatre piliers carrés v^jui ont de belles colonnes en marbre brun incrustées ou adosse'es à leurs différens côtés , soutiennent la coupole , qui est sphérique , avec deux rangs de fenêtres , et qui est ornée de peintures et de dorures arabesques très belles ; son diamètre est égal à celui de la nef centrale. Entre cette coupole et le mur du fond , il y a un espace de près de huit pieds : c'est là qu'est placé le monbar, ou tribune pour la prédication des vendredis. Dans le mur du fond , on voit le me^ hèreb, où se place l'iman pour diriger la prière. Cette niche est ornée d'un frontispice revêtu de différens marbres très beaux, dont les plus remarquables sont les six petites colonnes de mar-^^ bre rouge qui en décorent l'entrée.

Des colonnes d'un beau marbre brun , de la même espèce que celles sur lesquelles s'appuient les arcs du milieu , soutiennent les nefs collatéraies de la coupole. Le bras qui se déploie vers la gauche , perpendiculairement au fond de la nef centrale , se compose d'une simple voûte très basse : on prétend que c'est là le lieu où le calife Omar faisait sa résidence. Quant au bras qui se déploie vers la droite , c'est une autre voûte semblable , et à deux nefs. La voûte du calife Omar peut avoir environ douze pieds de long ; l'autre , fermée par une grille dé bois , parak être de la même longueur.

A droite, sous la coupole , et en face dumoii^- Bar , est l'endroit re'serve' pour les chanteurs» Ce chœur , soutenu par plusieurs petites colonnes accouplées , de diffe'rentes espèces de marbre , est : en bois. A côté du monbar est une niche dont l'entrée est également garnie en bois ; on l'appelle le Lieu-du- Christ : elle sert en quelque sorte de sacristie ; et c'est de là que l'iman sort en cëre'monie pour faire la prière du vendredi. Dans la dernière nef du côte' gauche , tout près de la nef du calife Omar, se trouve une espèce de chapelle ou niche ornée de marbre , qu'on appelle Beô Arrahma , ou Porte-de-la- Miséricorde. A la partie extérieure du côté gaudie de YAksa , sont adossées plusieurs maisons mal construites , qui servent d'habitation, aux employés d'c/ Haràm.

En face de la porte principale de YAksa , on voit une chaussée de 284 pieds de long, au milieu de laquelle est un très beau bassin en martre , avec une fontaine en forme de coquille , qui donnait anciennement de l'eau. Au bout de cette chaussée , on trouve un superbe- escalier qui conduit au Sàhhara, qui est l'autre édifice remarquable à*el. Harànii

El Scihhara. tire son nom d'un rocher très révéré qui se trouve au centre de cet édifice. Il est situé sur une plate-forme parallélogramme d'environ 460 pieds du nord au sud , et de 899 de largjç de r^est à l'ouest, élevé de 16 pieds au-dessus du plan général d'e/ Haràm, On y monte par huit

( i55) escaliers. C'est presqu'au milieu de celte plate* forme , pave'e en très beau marbre , que s'élevait le temple octogone du Sàhhara, dont les côtés j à la partie extérieure, ont chacun 6i pieds de long. On entre au Sàhhara par quatre portes, dont celle qui se nomme Beh el Kebla a un su-* perbe portique soutenu par huit colonnes corinthiennes en marbre.

Du centre de l'édifice s'élève une très belle coupole sphérique dont le diamètre est d'environ 4? pieds, et la hauteur de gS. Elle a deux rangs de grandes fenêtres qui donnent sur le dehors , et est soutenue par quatre gros piliers et douze colonnes magnifiques placées en cercle. Deux nefs octogones conceotriquçs, séparées entre elles par 8 piliers et i6 colonnes de la même espèce et de la même grandeur que celles du centre, et composées du plus beaui marbre brun , entourent ce cercle central. Les toits sont plats , et le tout est couvert d'ornemens du goût le plus exquis et de moulures en marbre , en or, etc., etc. Les chapiteaux des colonnes, entièrement dorés , sont d'ordre composite. Les colonnes qui forment le cercle central ont des bases antiques , et celles qui sont entre les nefs octogones sont coupées à la partie inférieure, sans avoir âiême le filet qui devrait terminer le fut , et , au lieu de base , elles portent sur un cube en marbre blanc. La proportion des colonnes , dont le fut est de seize pieds , payait tenir de l'ordre corinthien...

lie plan du cercle central, qui renferme la roche appelée el sàhhara u4llàh, objet particulier de ce superbe édifice , ainsi que d'ç/ Hàram , est élevé de trois pieds sur celui des nefs qui l'entourent , et est fermé par une haute et magnifique grille de fer doré.

La roche du Sàhhara est un rocher qui sort de terre sur un diamètre moyen d'environ 33 pieds. Vers le côté du nord, on y voit un creux que la tradition accuse les chrétiens d'avoir fait pour emporter la partie de la roche qui manque; mais on ajoute qu'elle devint miraculeusement invisible à leurs yeux. Les musulmans croient que le Sàhhara Allah est le lieu où les prières des hommes sont le plus agréables à la divinité , après le temple de la Mecque. Quant à l'empreinte du pied du prophète , qui se trouve à la partie supérieure du Sàhhara, et qui se forma au moment où il ft'atrêta sur la roche qui , sensible au bonheur de porter ce saint fardeau , s'aâaissa , elle est couverte d'une espèce de grande cage en fil de métal doré , travaillé de manière qu'on ne voit pas l'empreinte , à cause de l'obscurité qui règne dans l'intérieur ; mais , au moyen d'une ouverture pratiquée à cette cage , on peut toucher l'empreinte avec la main , et on se sanctifie en passant ensuite la même main sur sa figure & sur sa barbe. L'intérieur de la roche forme un caveau dans lequel on descend par un escalier du côté du sud-est. On y voit une chambre formant un carré irrégulier de 19 pieds de surface , de 8

(i57) de hauteur dans son centre , et dont le toit est une voûte naturelle irrégulière. Sur la droite, au pied de Tescalier , il y a un petit frontispice en marbre, qui porte le nom à!el Makàm Soulimàn , ou Lieu-de- Salomon ; sur la gauche , un autre frontispice semblable, qui se nomme el Makàm Dauoud, ou Lieu-de-Da^id; au côté du sud-ouest, une cavité ou niche dans la roche , qui s'appelle ei Makàm Ibrahim, ou Lieu-d'A^ èraham; à l'angle du nord -ouest, un gradin demi - circulaire concave , nommé el Makàm De" jibrila, ou Lieu- de- Gabriel; à l'angle du nordest , une espèce de table en pierre , qui s'appelle el Makàm el Hoder, ou Lieu-d^ Elie, Enfin, au milieu de la chambre , un trou presque cylindrique en forme de lucarne , d'environ 3 pieds de diamètre , qui perce la voûte , est nommé le Lieudu'Prophète,

La roche, qui paraît être d'un marbre fin d'une couleur blanche un peu rougeâtre , est entourée d'une barrière en bois à hauteur d'appui ; et au-' dessus , à cinq ou six pieds d'élévation , est un pavillon en soie , à bandes alternativement rouges et vertes , suspendu sur toute la longueur de la " i*oche par des piliers et des colonnes. Près de là, et du côté du nord-ouest , on distingue dans le pavé un carreau de marbre très beau , d'environ quinze pouces en carré , et fixé par quatre ou cinq clous dorés; c'est , à ce que l'on dit, la Porte- du- Paradis. On y voit encore d'autres trous qui indiquent qu'un plus grand nombre de clous fixaient

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jadis le carreau ; mais la tradition dit que c'est lé diable qui les a arrachés lorsqu'il a voulu s'introduire dans le paradis , ce à quoi il ne put réussir, par l'impuissance où il fut d'arracher les clous qui restent.

La partie extérieure du Sàhhara est incrustée de diflférentes espèces de mabre jusqu'à la moitié de sa hauteur ; le reste est revêtu de petites briques ou carreaux de différentes couleurs , et qui produisent le plus joli effet. De beaux verres peints formant des arabesques garnissent les fenêtres , dont il y en a cinq grandes sur chaque côté de l'octogone.

JJelHaràm contient encore plusieurs autres bâtimens, parmi lesquels on remarque une salle d'environ 21 pieds de long, sur i4 de large, et dont le fond est orné de toiles de différentes couleurs. On sait que c'est le lieu où le trône de Salamon était établi.

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