‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 69 sur 134 · L'ORANG-OUTANG · texte numérisé non relu

L'ORANG-OUTANG

Ce singulier animal , auquel on donne le nom de satyre , de grand singe , dH homme des bois , ai homme nocturne , à^orang - outang ( homme sauvage ) , est de tous les singes celui qui ressemble le plus à l'homme ; aussi a-t-il attiré et attirçra-t-il toujours Tattention des naturalistes, n est originaire de la partie méridionale de l'Afrique et de l'Asie ; il habite les forêts , et s'y nourrit de fruits. Sa taille , lorsque sa croissance est finie , est d'environ six pieds ; sa peau est d'un brun obscur, sa figure pelée, ses mains et ses pieds parfaitement semblables à ceux de l'homme.

Cependant , lorsqu'on examine , avec les lumières de Tanatomie , ces deux dernières parties de ton corps , on voit que la nature les a formées pour qu'il marche comme les autres quadrupèdes , et non pour qu'il aille sur les pieds de derrière. A la vérité, BufFon donne aux singes, dont l'orang-outang est Tespèce perfectionnée , la propriété particulière de marcher en se tenant debout ; et l'on est forcé de convenir avec ce savant qu'effectivement l'orang-outang se tient plus habituellement et plus facilement sur ses pieds de don ici e qu'aucun autre quadrupède , II. 8

( 170 ) et que par conséquent il est tout simple qu'on le voie plus souvent dans cette position , qui lui est naturelle.

L'orang-oulang apprivoisé perd la dégoûtante férocité que l'on remarque dans les magots et les guenons : il est doux , docile , et apprend à rendre une infinité de petits services domestiques , comme rincer des verres , donner à boire , tourner la broche , etc. M. le Guat parle , dans ses voyages , d'un orang-outang qu'il dit avoir vu^ Java, et qui était très extraordinaire-: c'était une femelle ; elle était de grande taille , et marchait souvent fort droit sur ses pieds de derrière. Elle n'avait d'autre poil sur le visage que celui des sourcils , et ressemblait assez , en général , à ces faces grotesques des femmes hottentotes que l'on voit au Cap. Elle faisait tous les jours proprement son lit , s'y couchait la tête sur un oreiller, et se couvrait d'une couverture. Quand elle avait mal à la tête , elle se la serrait d'un mouchoir , et rien n'était aussi plaisant que de la voir ainsi coiffée dans son lit. Si l'on en croit Gemelli Carreri ,il aurait vu un orang-outang qui se plaignait comme un enfant , et qui marchait sur ses pieds de derrière en portant sa natte sous son bras pour se coucher et pour dormir. Il dit aussi que ces sorte d'animaux paraissent avoir , à certains égards , plus d'esprit que les hommes , et que lorsqu'ils ne trouvent plus de fruits sur les montagnes et dans les bois , ils vont au bord de la mer, où ilsattrappent des crabes ou des huîtres,

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€l autres coquillages semblables. S'il arrive qu*ils prennent une huître de l'espèce de celles qu'on nomme taclat^o , qui pèsent plusieurs livres , et qui sont souvent ouvertes sur le rivage ,1a crainte où ils sont qu'elles ne leur saisisent la pâte en se refermant , les engage à jeter dans la coquille une pierre qui l'empêche de se fermer , et alors ils la mangent sans risque.

Sur les côtes de la rivière de Gambie les orangs-outangs sauvages y sont plus mëchans qu'en aucun endroit de l'Afrique. Les nègres les redoutent , et ils ne peuvent aller seuls dans la campagne , sans s'exposer à être attaqués par ces animaux , qui leur présentent un bâton ^ et les forcent à se battre. Souvent on les voit porter sur les arbres des enfans de sept à huit ans , qu'on a une peine incroyable à leur ôter. Aussi la plupart des nègres croient-ils que c'est une nation étrangère qui est venue s'établir dans leur pays , et que s'ils ne parlent pas , c*est qu'ils craignent qu'on ne les oblige à travailler.

L'orang-outang que Buffon a vu, et dont il parle dans son histoire naturelle, était doux et affectionné. Son air était mélancolique , sa dc^ marche grave , ses mouvemens mesurés , et il différait essentiellement de tous les autres singes t il n'avait ni l'impatience du magot , ni la méchanceté des babouins, ni l'extravagance des guenons. Il n'était pas nécessaire de le battre pour le faire agir : les signes et les paroles suffisaient. Il présentait sa main pour reconduire les

( 17^ ) personnes qui venaient le visiter , et se promenail avec elles comme de compagnie. Il s'asseyait à toble, déployait sa serviette, s'en essuyait les lèvres ; se servait de la cuillère et de la fourchette pour porter à sa bouche , versait lui-même sa boisson dans un verre, le choquait lorsqu'il y était invité ; allait prendre une tasse et une soucoupe , l'apportait sur la table , y mettait du sucre , y versait du thé , le laissait refroidir pour le boire , et tout cela sans autre instigation que les signes ou la parole de son maître , et souvent de lui-même. 11 ne faisait de mal à personne , s'approchait même avec circonspection , et se présentait comme pour demander des caresses. 14 était grand amateur de bonbons ; tout le monde lui en donnait ; et , comme il avait une toux fréquente et la poitrine attaquée, ^ette grande quantité de choses sucrées contribua sans doute à abréger sa vie : il ne vécut à Parisqu'une été , et mourut Vhiver suivant à Londres. Il mangeait presque de tout ; cependant il préférait les fruits mûrs et secs à tous les auti'es alimens. Il buvait du vin, mais en petite quantité, etie laissait volontiers pour du lai t , du thé , ou d'autres liqueurs douces.

D'après ce que nous venons de rapporter de cet orang-outang , on pourrait croire que c'est à l'éducation qu'il avait reçue qu'il était redevable de l'intelligence qu'il déployait si à propos ; mais , en comparant ces faits avec les récits des voyageurs qui ont vu ces animaux dans leur état de nature , en hterté et en captivité , il sera fiaciU

( 173) de i-ecoDuahre ce qui a]^artienten propre à ranimai, et de le distinguer de ce qui peut résulter des leçons de son maître.

Deux petits orangs-outangs , achetés par M. de Labrosse , faisaient d'eux - mêmes y à ce qu'il as* sure , une grande partie des choses que nous avons racontées ci-dessus. Mais indépendamment de cela , ils avaient , lorsqu'ils étaient à table , assez d'esprit et de malice pour se faire entendre des mousses , et les obliger à leur donner ce dont ils avaient besoin ; et si , par malheur pour eux , ces enfans refusaient de les satisfaire , ils se mettaient en colère, leur saisissaient les bras, les mordaient et les abattaient sous eux. Le mâle fut malade en rade ; il se faisait soigner comme une personne ; il fut même saigné deux fois au bras droit ; et , depuis ce moment , chaque fois qu'il se trouvait incommodé, il montrait son bras pour qu'on le saignât , comme s'il eût su que cela lui avait fait du bien. M. Henri Grosse , dans son voyage aux Indes orientales , dit que M. Horne, gouverneur de Bombay , en avait deux , Tun mâle et l'autre femelle ; que leur mélancohe faisait voir dairement qu'ils sentaient leur captivité ; qu'ils faisaient leur lit avec soin dans la cage où ils étaient renfennés ; qu'ils montraient de la pudeur , et que la femelle étant morte de maladie sur le vaisseau , le mâle donna toutes sortes de signes de douleurs , et prit tellement à cœur la mort de sa compagne, qu'il refusa de manger et ne lui survécut pas plus de deux jours. Enfin ,

( '74 ) François Pyrard rapporte qu'il en a vu qui araieijt une telle industrie, que lorsqu'on les instruisait de jeunesse , ils servaient "comme une personne ; qu'ils pilaient ce qu'on leur donnait à piler dans des mortiers, et qu'il allaient chercher de l'eau à la rivière dans de petites cruches qu'ils portaient toutes pleines sur leurs têtes ; mais que si on ne les leur prenait pas dès qu'ils étaient arrivés à la maison , ils les laissaient tomber , et qu'à la vue de la cruche renversée et rompue , ils se mettaient à crier et à pleurer.

Maintenant que nous avons cité tout ce qui peut prouver une grande ressemblance entre cet animal et l'homme, il nous reste à e:&poser toutes les différences qui* Téloignent de notre espèce. Elles existent, à l'extérieur, dans le nez , qui n'est pas proéminent , le front qui est ti'op court , le menton qui n'est pas relevé à sa base, les oreilles proportionnellement trop grandes , les yeux trop voisins l'un de l'autre , l'intervalle entre le nez et la bouche trop étendu, les cuisses trop courtes , les bras trop longs , les pouces trop petits , la paume de la main trop longue et trop serrée , «les pieds plutôt faits comme des mains que comme des pieds humains. Quant à l'intérieur les difterences sont également nombreuses ; la plus remarquable est que l'orang-outang a treize côtes , tandis que l'homme n'en a que douze.

Cependant, d'après l'examen approfondi de Ik construction tant extérieure qu'intérieure de l'ors^ng-outaog , qn est obligé de convenir que cet

( 175 ) animal a encore plus de conformité avec Thomnid qu'avec toute l'espèce à laquelle on a donné le nom de singes. Ainsi les Indiens doivent nous paraître excusables de lavoir associé à l'espèce humaine par le nom iï orang-outang , homme sau' if âge , puisqu'en effet il ressemble plus à l'homme , par le corps , qu'aux autres singes ou à aucun autre animal.

LES CHAMPS-PHLEGREENS.

Les Champs -PhlégréenS' ( Campi Phlegrei , champs de feu ) ne sont qu'un assemblage de volcans réunis, qui ont ^siit éprouver à toute cette partie des environs de Naples autant de bouleversemens et de désastres que le Vésuve. Parmi les anciens cratères dont tout ce canton est hérissé , le volcan de la Solfatara , qui était peut-être un des^ moins considérables , s'appelait , ^ du temps de Strabon , Forum Fulcani ; ce qui donne tout lieu de croire qu'à cette époque , et même auparavant , ce volcan avait été un des plus redoutables que l'on connût.

On dirait que tout s'est réuni pour faire des Champs -Phlégréens un théâtre de vicissitudes. Le feu , les eaux , les hommes et la nature se sont disputé tour à tour ce recoin de la terre ; ih l'ont alternativement occupé, dévasté, embelli, bouleversé. Les deux peuples les plus indus--

trîeux et les plus puissaDS du monde, les Grecs et les Romains , l'ont habité , et y ont déployé tout ce que les arts et l'industrie ont de plus précieux et de plus utile. Des tremblemens de terre affreux ont ensuite détruit et englouti sous les cendres des laves les ouvrages des hommes. Mais cette empreinte de tant de formes est précisément ce qui ajoute à Tintérêt qu'inspire ce beau pays à tous ceux pour qui l'étude des arts et des sciences est un devoir ou un plaisir.

En effet , il n'est point de contrées où l'on ait découvert tant de monumens antiques; ce qui prouve que, malgré les révolutions effrayantes auxquelles elle a été de tout temps en proie , les Romains , plus charmés de la beauté et de la douceur de sont climat , qu'effrayés des bouleversemens que la nature y opérait , ne l'ont pas moins choisie , de préférence à toute autre, pour en faire le lieu de leurs délices.

Tout ce qu'il y eut de grand et de puissant dans les républiques et dans l'empire romain , y fit construii-e des maisons de plaisance. LucuUus y en avait jusqu'à trois ; Gicéron en possédait deux , l'une sur le bord de la mer , entre Pouzzole et le lac Lutrin , et l'autre du côté de Gumes ; César , Pompée et Marins en firent élever également entre le lac Averne et les bancs de Néron. Enfin , ce séjour devint si enchadleur , qu'il excita la verve des poètes et des orateurs les plus célèbres , qui le chantèrent à l'envi les uns des autres.

Mais , hélas ! aujourd'hui quelle différence îà l'exception de Pouzzole , ce beau pays est presque inhabité. Quelque nouvelle révolution lui rendrat-elle une nouvelle splendeur? c'est ce qu'il faudrait lire dans le livre du destin.

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