‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 77 sur 134 · LE MONT HÉCLA · texte numérisé non relu

LE MONT HÉCLA

Sur la côte méridionale de l'Islande , à peu de distance de Skalholt , s'élève le mont Hécla à

( «88) une hauteur de cinq mille pieds, et d'un mille au-dessus du niveau de la mer. Quoique parmi les montagnes de l'Islande il y en ait plusieurs qui sont plus éleyées et plus pittoresques que THëcla , il n'en est pas moins célèbre par ses volcans , par le nombre de ses éruptions , et surtout par sa situation , qui Ta rendu le point d'observation pour les bâtimens qui vont du Groenland à l'Amérique septentrionale.

Le territoire qui l'environne est désert : nul doute que ce ne soit l'eifet des éruptions fréquentes qui y ont eu lieu ; car toutes les apparences de la plus horrible dévastation y sont encore frappantes. Des restes d'habitations écroulées , et des pans de murailles abattus , qui sont épars parmi les laves , dénotent assez le ravage qu'elles y ont porté. Tout autour de la montagne, et à une distance de deux milles, on ne trouve ni plantes , ni herbes , ni rien qui anncmce la plus faible végétation. Des laves, des pierres, de petits rochers rouges et noirs , quelques éminences de scories, de pierre ponce et de cendres , c'est tout ce qu'on y aperçoit. Plusieurs de ses rochers sont eux-mêmes des volcans dont Tintérieur du sommet a la forme d'un entonnoir, et qui vomissent du feu. Plus on approche de l'Hécla, et plus la route devient impraticable. Les habitans du pays ont cru pendant longtemps qu'il était de toute impossibilité de gravir jusqu'à son sommet , à cause du grand nombre de fpndrières que l'on rencontre sur la route, e|.

( i89 ) qui jettent cmitinuellement des flammes sulfureuses et une fumce épaisse. Sur la partie la plus élevée, et dans le centre, on voit presqu'à chaque pas des ruisseaus^ d'eau bouillante et d'immenses cratères qui vomissent en tout temps du feu de la fumée. Derrière THécla , du côté de l'ouest , on trouve une montagne de laves et de pierres fondues qui a la forme d'un rempart : sa hauteur est de soixante à soixante et dix pieds. Ces pierres sont presque toutes couvertes de mousse ; et, dans les places où elles manquent, il y a des cavités profondes. En général tous le» rochers que l'on voit dans cette partie de l'Hécla sont composés de pierres ponces rangées en petites couches horizontales et brisées dans chaque direction , ce qui prouve l'intensité du feu qui a agi sur elles.

Sir Joseph Banks, le docteur Solander, le docteur Hams-Lind , d'Edimbourg , et Vantroël , Suédois, ont été les premiers qui aient osé gravir jusqu'au sommet de l'Hécla. Ce fut en 1772 qu'ils tentèrent ce périlleux voyage. L'éruption de 1766 ayant considérablement diminué la raideur et les difficultés de la montée , leur marche fut moins pénible qu'ils ne l'avaient craint. La première chose qui frappa leurs regards fut une étendue de terre de soixante à soixante et dix milles , que le passage ou le séjour de la lave dans un état de hqué^tion complète avait rendue inculte. lU traversèrent ensuite un espace qui n'avait pas moins de trois cents à trois cent soixantj lijilles.

X iQo ) sans rencontrer une seule place où il n'y eût de la lave. A mesure qu'ils montèrent et qu'ils parvinrent à la première crevasse volcanique , ils furent contraints d'abandonner leurs chevaux. La description qu'ils font de cette partie de la montagne peut donner une idée de la bizar* rerie de la nature. Elle présente , disent-ils , des rochers et des espèces de murailles irrégulières sur lesquels on jurerait qu'on a donné une couche de vernis. Un peu plus haut , et près d'une de ces crevasses si communes dans l'Hécla , on entend distinctement le bruit de Teau bouillante ; et cependant, de quelque côté que l'on tourne la vue autour de soi, on n'aperçoit partout que de-la neige , à l'exception de quelques places nues où il n'y en a pas. Etonnés d'abord de cette diiPférence d'aspect sur le sol , les quatre voyageurs nefurent pas long-temps sans s^percevoir qu'elle était occasionnée par les vapeurs brûlantes qui s'élevaient de la montagne. En effet , plusils s'approchèrent du sommet , et plus ces pluies devinrent grandes. Enfin, après être arrivés à environ deux cents verges de ce sommet , ils aperçurent un trou d'une verge et demie de diamètre, d'où il sortait une exhalaison si grande , qu'il leur fut impossible d'en déterminer le degré avec le thermomètre de Fahrenheit. Cependant le froid ne tarda pas à se faire sentir de nouveau ; le thermomètre , qui était à 54 au pied de la moi^gne , tomba à 24. Le vent soufflait avec une telle violence , que la crainte d'être poussés dans des pré-

( ^9» ) cipices afifreux , força plusieurs fois nos savans de se jeter le ventre contre terre. Vainqueurs de tous ces obstacles , ils en vinrent pourtant à leur honneur , et eurent la satisfaction d'atteindre le plus haut de THécla. Mais la chaleur et le froid qu^ils e'prouvèrent presque en même temps leur parurent extraordinaires : car, suspendu enTair, leur thermomètre était constamment à 24 degrë&, et dès qu'on le posait sur la terre il descendait à i53.

Un des plaisirs que les habitans du pays aiment à donner aux étrangers à qui ils servent de guides, consiste à jeter, en leur présence, de grosses pierres à l'endroit où les flammes sortent du volcan , et de voir ensuite ces mêmes pierres lancées avec une force extraordinaire , qu'on ne peut mieux comparer qu'à celle d'une mine qui fait voler les éclats d'un mur qu'eUe emporte. Mais , pour se permettre cette expérience récréative, il faut être bien familiarisé avec les effets de l'explosion qu'elle procure , afin de se tenir à une distance qui mette à l'abri de tout danger. La connaissance des diverses avenues de la montagne est également nécessaire pour qu'on se hasarde à en faire le voyage , autrement ce serait commettre la plus grande imprudence ; car il arrive souvent que, dans des places où l'on ne soupçonnerait aucune espèce de danger , la terre .l)rûlante vient à s'entr'ouvrir , et plus d'une fois des hommes, engloutis tout à coup dans ces fournaises ardentes, ontpayé de leur vie ^une téméraire curiosité.

( ig^ ) LE LAC AVERNE.

Ce lac , connu aujourd'hui sous le nom de Lago di Tripergola , est environne' de montagnes volcanisées dont l'aspect est sombre et sauvage. Les hautes et épaisses forêts dont la cime , inclinée sur ses bords , formait ancien-^ nement une voûte impénétrable aux rayons du soleil , avaient rendu si infect Tair qu'on y respirait, qu'aucun poisson ne pouvait y vivre, et que les oiseaux qui volaient au-dessus y tombaient morts. L'horreur ténébreuse de cette solitude , et le danger auquel s'exposaient ceux qui osaient en approcher , la rendirent si redoutable , qu'on la consacra à Pluton , et que le lac Averne fut regardé comme étant l'embouchure de l'enfer. Les prêtres ne manquèrent pas de tirer le plus grand parti de cette croyance populaire. Ils commencèrent par dire que des géans , qui avaient eu la témérité de combattre contre les dieux , avaient été précipités dans des abhnes emflammés ; puis, profitant de la terreur que cette fable répandit dans les esprits , ils soutinrent que les tremblemens de terre , fréquens dans ces contrées , n'étaient que l'effet des efforts que cette race impie faisait pour briser les cachots où ils étaient renfermés , et que les feux souterrains qu'on entendait , étaient des présages sinistros dont il faillait détourner l'in-

( 193 ) fluence par des offrandes et des sacrifices. Bientôt on vit s'élever des temples en Thonneur de Plu* ton , de Proserpine , d'Hercule , d'Apollon Pythien ; et , du fond d'un antre ténébreux , la sibylle rendit ses oracles.

Alors les poètes , amis de tout ce qui est merveilleux , renchérirent sur les prêtres. Homère et Virgile chantèrent à l'envi l'un de l'autre le lac Àyerne, et conduisirent tous deux leurs héros sur ses bords. Aujourd'hui tout est changé ; l'air est purifié , les effets dangereux n'existent plus , les oiseaux peuvent sans danger planer sur"^ les eaux du lac. L'époque de ce changement n'est même pas nouvelle ; car, si l'on en croit Strabon , elle remonterait au siècle d'Auguste , qui fit couper tous les bois qui environnaient ce séjour de la mort.

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