‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 83 sur 134 · RUINES DU PALAIS-DE-LA-REINE , DANS L'ILE DE CHYPRE · texte numérisé non relu

RUINES DU PALAIS-DE-LA-REINE , DANS L'ILE DE CHYPRE

Près de Cylhère, de ce séjour de la déesse des Grâces , où , à la place de ces jardins délicieux qui ont tant écliaufFé l'imagination des poètes , on ne voit plus qu'un bois de mûriers blancs , des caroubiers , des oliviers , des arbres fruitiers , et quelques plantes potagères , sont les ruines d'un palais auquel le nom de Palais^de-la-Reine a été jusqu'à présent transmis de père en fils , par une tradition constante. L'époque de son origine étant entièrement inconnue, ce n'est que sur la forme de ses débris et sa situation enchanteresse que l'on peut hasarder quelques conjectures. Le chemin qui y conduit n'est pas facile , et ce n'est qu'à pied qu'on peut en gravir la partie qui se trouve après la base du rocher ; car , lorsqu'on est arrivé au pied de l'aiguille , qui n'est plus qu'une roche coupée presque per-

(i) Mantoue m'a vu naître, et les Galabrois m'cnlevèr cnt Je repose maintenant sur le territoire de Partbénope. J'ai chanté les prt's , les champs et les guerriers.

( 2o3 ) pendiculairement de tous côtes , et où Ton voit deux carrés de murs ruinés, il ne reste plus aucun vestige de route, et Ton est forcé de grimper cette espèce de muraille naturelle , en profitant des parties saillantes , ou des pointes , des pierres et des trous , afin de se cramponner des pied et des mains : quelquefois même les voyageurs sont réduits à s'aider les uns et les autres avec un bâton. Enfin , après avoir triomphé de tous ces obstacles , on arrive à la porte du palais, qu'on peut considérer comme divisé en quatre corps-de - logis , les uns plus haut» que les autres ; savoir : le premier , celui des gardes ; le second , celui des magasinst ; le troisième , celui de la cour , ou l'habitation de parade ; et le quatrième , le dortoir des maîtres , placé sur le plus haut point de l'aiguille. Il se pourrait cependant que cette dernière partie eût été destinée à servir d'oratoire. Les murs sont construits avec des pierres prises sur les lieux y et cimentées avec de la chaux. Plusieurs angles sont en briques parfaitement cuites , et dont la couleur rouge est encore bien conservée ; elles ont deux pieds de longueur , un de large , et un doigt d'épaisseur. Les jambages des portes et des fenêtres , d'une belle proportion , sont en marbre entièrement composé de coquillages de tnilles espèces différentes. Quelques pièces de l'édifice ont encore leur toiture. , Lorsqu'on Réfléchit à l'ancienneté de ce inonw^

metit, au îuxe qui y règne, aux difficultés qu'a dû nécessairement offrir le transport des marbres , de la cLaux et de la brique qui ont servi à sa construction ; à la beauté , ou , pour mieux dire , à la magnificence de l'appartement où il est problable que se rassemblait la cour ^ enfin , àla grande quantité d'eau qui a été amenée à un lieu si élevé , il est impossible de ne pas croire que le fondateur de ce palais était un souverain qui possédait à la fois de grands talens , un esprit peu commun , et beaucoup de richesses. Mais quel était ce souverain ?

Il est certain que , si l'on fait le juste rapprochement de la construction , de la position et de l'antiquité de cet édifice , avec la tradition et la fable , il en résultera la probabilité qu'il fut construit par les ordres d'une femme ; que cette femme , reine ou puissamment riche , régnait ou habitait dans l'île de Chypre , et que Cythère et Idalie faisaient partie de ses jardins. En effet , il n'y a qu'une femme qui ait pu réunir le luxe et le goût qui se déploient dans la partie qu'on présume avoir été le salon de la cour. Cette partie , étant vraisemblablement destinée à servir de galerie ou d'appartement de cour et de compagnie , est composée de quatre salles carrées , placées à la suite les unes des autres , et ayant chacune de grandes croisées au nord et au sud , de sorte qu'on jouit de tous côtés de la vue de presque toute 111e. Les portes pratiquées dan»

lis milieu étant de la même grandeur , la vue se porte , dès qu'on entre , dans les quatre pièces , ce qui produit le plus bel effet.

Dans la pièce la plus élevée , qui n'a point de toit , est un cyprès sauvage. On y jouit d*un point de vue magnifique; à Fexeption d'un petit coin de terre cacbé par les montagnes de Paphos et du mont Olympe , l'œil embrasse presque toute la circonférence de l'île de Chypre , à vue d'oiseau. On y respire un air extrêmement pur; mais il est si vif, qu'il n'aurait pas permis à la déesse des grâces de s^babiller aussi légèrement qu'il a plu et qu'il plait aux peintres et aux sculpteurs de nous la réprésenter , du moins quand elle habitait ce merveilleux palais.

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