‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 85 sur 134 · MINES D'ARGENT · texte numérisé non relu

MINES D'ARGENT

L'argent est un métal parfait qui possède à un degré éminent les propriétés métalliques, et parmi lesquelles on distingue celle de paraître fixe et inaltérable au feu. Après l'or , il est le plus ductile. Presque toutes les contrées de la terre en contiennent des mines. Cependant on a remarqué qu'autant l'or abonde dans les pays brûlans, autant l'argent paraît se plaire dans les régions froides , soit par leur latitude , soit par leur situation fort élevée. En Europe et dans rAsie boréale , les mines d'argent ne sont pas à une grande élévation au-dessus de la mer ; mais elles se trouvent à une latitude de cinquante ou soixante degrés. En Amérique , elles sont voisines de l'équateur , mais c'est au centre desGordilières, et dans les régions où les glaces sont éternelles.

Les mines d'argent de Konsberg , en Norwége , au nord de Christiana , sont les plus importantes de l'Europe ; elles sont au nombre de vingt : le hasard les a fait découvrir. C'est leur richesse qui a peuplé le pays aride et sauvage où elles sont situées, et qui a fait élever une ville dans un lieu.

OÙ Ton voyait à peine autrefois une cabane de berger. On descend à peu près perpendiculairement dans ces mines , par des échelles , à une profondeur de sept à huit cents pieds. Des flambeaux éclairent ceux qui entreprennent ce voyage. On rencontre d'espace en espace des puits qui sont creuse's dans le roc , et dans lesquels on peut se reposer. Arriva au point d'arrêt , on trouve un labyrinthe immense , percé de tous côtés d'allées et de longues voûte remplies d'ouvriers occupés à tailler le roc. Ce travail est pénible , car le plus souvent ce roc est si dur, qu'on ne peut l'entamer que par l'effort d'un feu violent. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces mines , c'est que l'argent , au lieu'ld'y être partout divisé et épars , s'y rencontre par grosses masses dans quelques places y tandis que dans d'autres il manque absolument. Cette bizarrerie de la nature est particulière smiL mines de Konsberg. Les masses qu'on en retire , lorsque la veine est bonne , sont d'une grosseur prodigieuse, et dédommagent amplement du temps que Ton perd quand on ne trouve rien. On conserve dans le cabinet du roi de Danemarck une de ces masses qui pèse cent soixante livres j elle a cinq pieds six pouces de longueur , sur quatre pieds de circonférence.

Les mines d'argent de France ne sont intéressantes que sous le rapport de la minéralogie , leur produit n'étant pas aujourd'hui considérable. Les principales sont celles de Sainte-Marie , dans les Vosges ; de Baigorry , dans les Basses-Pyré—

né<es , et des Cullanches , près d'Ellemont , en Dauphiné. En Espagne il n'y a qu'une seule mine d'argent, connue sous le nom de GuadalcanaL Il paraîtrait que les Romains ont épuisé les richesses qu'elle contenait, car elle ne rapporte presque rien. Elle est située dans la Sierra-Morena ou la Montagne-Noire , sur les confins de l'Andalousie et de l'Estramadure.

Dans l'Asie septentrionale et dans la Chine, on trouve plusieurs mines de ce même métal ; mais en Perse , et particulièrement en Afrique , où les mines d'or sont assez abondantes , on n'en connaît aucune. Cependant il serait possible qu'on en découvrît un jour dans les montagnes de cette partie du monde, dont le sommet est couvert de neige.

Mais c'est au Pérou , à vingt degrés seulement de latitude australe , à cent lieues de la mer du Sud , au sommet de l'immense rivière de la Plata, mot qui signifie Fleure d'Argent , dans la fameuse montagne de Potosi, que se trouve la mine d'argent la plus riche qui soit au monde.

Les minerais d'une de ses veines , essayés en 1628, ont donné quatre-vingt marcs d'argent par caisson , le ^caisson contenant cinquante quintaux de ^ninerai , tandis que pour l'ordinaire on tient pour fort riches les mines qui rendent huit on dix marcs par caisson. C'est au hasard que l'on doit la découverte de ces mines , dont le précieux métal circule maintenant dans toutes les parties du monde.

Ce fut Tan i545 qu'un Indien, nomme' Gualpa ou Hualpa , poursuivant des chevreuils jusqu'au haut de la montagne , se trouva tout-à-coup arrêté par un rocher assez escarpe'. Il voulut l'escalader , et s'accrocha , à cet effet , à un arbrisseau dont les racines n'e'taient pas assez profondes pour résister à ce poids. En conséquence , î'arbrissseau resta dans les mains de l'Indien , qui aperçut alors , dans le trou où avait été la racine , un lingot d'argent fin qui paraissait à travers une croûte de terre qui le couvrait. Transporté de joie , Gualpa se contenta des fragmens de métal qui étaient restés mêlés avec de la terre autour de la racine , et s'étant retiré chez lui , il nettoya secrètement les fragmens qu'il avait ramassés et les vendit. La découverte était trop belle pour qu'il ne cherchât pas à en profiter ; aussi , chaque fois qu'il avait besoin d'argent, allait-il visiter le Potosi.

Cependant , de quelque mystère qu'il s'efforçât de couvrir son changement de fortune , un de ses amis intimes , nommé Guema , s'en aperçut; et, de ce moment, il ne lui laissa pas de relâche jusqu'à ce qu'il l'eût instruit de ce qui lui était arrivé d'heureux. Gualpa céda au désir de son ami, et tous deux d'intelligence firent payer un double tribut au Potosi. Tout alla bien pendant quelque temps; mais Gualpa n'ayant jamais voulu apprendre à Guema comment il s'y prenait pour nettoyer le minerai , celui-ci en fut si courroucé, qu'il alla tout découvrir à.

son mahre , nominé Villaroël , Espagnol qui habitait Porco. Cette indiscrétion , ou plutôt cette vengeance , fut fatale aux deux Indiens, Villaroël ne perdit pas un moment pour aller reconnaître la minière, qui fut dès-lors exploitée, et de laquelle on tira d'immenses richesses.

La montagne de Potosi , d'après la description qui en a été faite par Ulloa et par d'autres voyageurs, est d'une hauteur prodigieuse, et a la forme d'un pain de sucre. Il paraît qu'elle était remplie , du haut en bas , de veines et de filons d'argent d'une richesse incalculable. Suivant plusieurs voyageurs espagnols, elle a rendu dans l'espace de quatre-vingt-treize ans, c'est-à-dii*e depuis 1545, époque du commencement de son exploitation , jusqu'en i638 , près de quatre cent millions de pesos ou onces d'argent , ce qui est , à peu de chose près , l'équivalent de tout celui qui circule en France.

Une particularité bien remarquable, ce sont les traits de ressemblance , dans la constitution physique , qui se rencontrent entre la montagne du Potosi , et celle des Chalanches , en Dauphiné. La pente de cette dernière est aussi rapide que le pain de sucre du Potosi , et elle s'élève à quatorze cents toises perpendiculaires. On trouve depuis sa base jusqu'à son sommet, ainsi que dans le Potosi , de monstrueuses veines métalliques, divisées en tous sens, et contenant du minerai dont la richesse s'élève , d'après les essais qui ont été faits, jusqu'à soixante ou qi^a-

tï-e-vingts marcs par quintal ; mais malheureusement la quantité n'en est pas considérable.

Il nous reste maintenant à parler de l'opération de l'amalgamation ; et , comme le plus bel établissement de l'Europe , dans ce genre , se trouve à une demi-lieue de Freiberg , en Saxe , nous pensons que sa description sera aussi agréable qu'utile à nos jeunes lecteurs.

Il est peu de contrées sur la terre aussi fertiles en mines que les environs de Fi'eiberg. On en compte jusqu'à deux cent cinquante en exploitation , qui occupent près de cinq mille mineurs. Ces mines contiennent de l'argent , du cuivre , du plomb et de l'étain. Elles appartiennent à des particuliers , à l'exeption d'une seule qui est au roi ; mais ce n'est pas la plus riche.

Les mineurs ne travaillent que cinq jours par semaine , et huit heures par jour ; de manière que, sur trois cents ouvriers employés dans celle du roi , il y en a toujours cent qui sont en activité. On peut voir auprès de la mine toutes les opérations que l'on fait subir à la pierre avant de l'envoyer à la maison d'amalgamation ; comment elle est brisée , séparée en bonne et mauvaise , moulue par des pilons , et enfin chargée sur le canal qui la conduit à l'amalgame.

La maison d'amalgamation , établie en 1 788 , et mise en activité dix ans après, est un bâtiment de près de cent quatre-vingts pieds de long , sur soixante -dix -huit de large. Ce qui frappe d'abord les regards , c'est l'endroit où aboutit le

( 2i5) canal où Ton débarque le minerai. C'est là qué se font les essais d'après lesquels il est paye' aux propriétaires , de ^rte que tout ce qui est amalgamé appartient au roi , soit parce qu'il vient de sa propre mine , soit parce qu'il l'a acheté. De cette espèce de magasin , le minerai est transporté dans une place où on l'étend sur des planches , et où Ton fait tomber dessus du sel passé dans un crible , en mêlant alternativement une couche de minerai et une moins épaisse de sel ^ jusqu'à la hauteur d'environ trois pieds. On réunit le tout ensuite, et on le pose au-dessus des fourneaux de grillage qui se trouvent dans l'étage inférieur , et qui sont au nombre de quatre. C'est par des entonnoirs qu'on y fait entrer le minerai, qui, descendant de cette manière dans la chambre du grillage , y est séché avant d'être grillé. On le remue continuellement avec des râteaux de fer.

Lorsque le minerai est retiré des fourneaux, on le jette d'abord dans une fosse pour l'y faire refroidir , et ensuite dans une caisse au fond de laquelle est un cribte qui forme deux plans inclinés. Les gros grains tombent dans un entonnoir pratiqué au milieu ; les plus petits dans un autre crible qui est au-dessous , et de là dans un tamis de crin de cheval qui ne laisse passer que la poudre la plus fine. Tous ces cribles sont enchâssés dans des coulisses où ils n'ont guère qu'un pouce et demi de jeu ; ils jouent par le moyen de l'eau, et on leur donne un mouvement

plus ou moins précipité. La partie qui est restée dans l'entonnoir, ou tombée dans le crible ou dans le tamis , est jetée dans un autre entonnoir , dans un endroit où elle est broyée par des meules , et réduite en farine.

La poudre , devenue ainsi impalpable , est vidée dans des barils de bois cerclés en fer , à raison de dix quintaux par baril. On y ajoute trois quintaux d'eau clarifiée , dont on a toujours un réservoir plein. Ce fer est pour saturer les acides contenus dans le minerai. Le baril, ainsi chargé , tourne pendant l'espace d'une heure : il se forme une pâte, et c'est alors qu'on introduit le mercure. Les barils doivent ensuite tourner pendant dix heures, au bout desquelles l'amalgamation est faite. Cette opération terminée , on ôte le bondon de chaque baril , et on le remplace par un autre troué comme une écumoire , auquel est adapté un robinet, lequel étant ouvert, le mercure et l'amalgame tombent dans un tuyau de fer , et de là dans un canal général , d'où ils passent dans un sac de coutil placé dans une pièce voisine. Le mercure pur en sort , et tombe dans une cuve de pierre , d'où il est tiré pour servir de nouveau. L'amalgame reste dans le sac de coutil en espèce de pâte ; il est alors composé de six parties de mercure , et d'une d'argent toujours mêlé d'un peu de cuivre. Il est ^nis de là sur des plaques de fer posées par étage , sur une espèce de candélabre qui est dans un récipient où il y a de l'eau. On baisse dessus une cloche de fer , du

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( 217 ) poids de qaatre quifitaux, qu'un seul homme fait mouvoir très aisément. On pose sur le tout un grand fourneau à vent, où Ton met du charbon. Après un cou{^ de feu de dix heures , on retire le ioa% i le mercure est tombé dans l'eau, et l'argent reste sous différentes formes sur les lames de for où on Tavait placé. Après cette opération , l'argent se trouve encore mêlé de quelques parties de cuivre , dont on le sépare dans les raffineries. £n trente heures au- plus , en iH'enant la pierre dans la mine , on peut la réduire à ce dernier état.

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