LE TEMPLE DE LA MECQUE
Ce temple, connu des musulmans sous le nom^ dW Haràm, ou Temple par excellence , se compose de la maison de Dieu {beit Allah) , qu'où appelle aussi la Kaaba; du puits de ZemzeuL ( et-bir Zemzem) ; de la Cobba , ou Lieu-d'Abraham ( makam Ibraim ) ; des lieux de prières des quatre rites orthodoxes, makam Hkanneffi, makam Schaffi. , makam Malckiei makam Hkan^ beljr ; de deux autres cobbats ou chapelles ( el cobbatàtn ) ; d'un arc isolé en forme d'arc de triomphe, tout près du Lieu - d'Abraham , et nommé Behes Selem; dUel monbar , ou tribune pour le prédicateur des vendredis ; de l'escalier en bois dàurch , qui conduit au saîbn dé la maison de Dieu ; d'une vaste cour ou place entourée d'un triple rang d'arcades ; de deux autres petites cours également entourées de portiques ; de dix-neuf portes et de sept mascarets , dont cinq sont adhérens à l'édifice , et les deux autres placés hors de l'enceinte, entre les maisons voisines. La Kaaba est l'unique édifice ancien qui existe dans le temple de la Mecque. Sa forme est celle d'une tour quadrilatère ; les côtés et les angles en sont inégaux; mais la grandeur dé l'édifice, et une toile noire (i) qui le couvre,
(i.) On en enyoîe une tous les ans au Caire , ainsi <|ue le
font disparaître cette singularité , et lui donnent l'apparence d'un carre' parfait. Il a 34 pieds 4 pouces de hauteur. La porte , qtii a ût piedJs d'élévation sur le plan extérieur , a deux battans en bronze doré et argenté , et fermés par un énornie cadenas d'argent.
Le pied de la Kaaba est entouré d'un socle en marbre y de 20 pieds de haut , et de dix pouces àe saillie. De gros anneaux en bronze fixés dans le marbre, et auxquels la partie inférieure de la grande toile qui cduvre l'édifice est attachée , rè* gnent autour de ce socle.
Sur le plan extérieur, et à une élévation de 42 pouces y se trouve la pierre noire , nommée Hhajera ed Assouad ou Piètre céiejte : elle est bordée tout autour d'une grande plaque d'argent qui a près d'un pied de large. Les musulmans crorent que cette pierre merveilleuse est une jacinthe transparente apportée du ciel à Abraham par l'ange Gabriel, comme un gage de la divinité, et qu'ayant été touchée par une femme impure, elle est devenue noire et opaque : mais la vérité ekt que c'est un bloc de basalte volcanique, parsemé , dans sa circonférence , de petits métaux en points pailletés et rombes , de feld-Spath^ouge de tuile , sur un îanà noir très foncé , comme du velours et du charbon ^ à l'exception d'une des proéminences, qui est
ma^ifi^e rideau, tout brode ea or et en argent, destiné à couyrir la porte.
( 235 ) aussi un peu teinte en rouge. Sa surface , in^ale-^ ment usée par les baisers et les attouchemens coii«* tinuels des fidèles , a pris un aspect mustulèùx , c'est-à-dire qu'elle a quinze proéminences^ et un gi^and enfoncement.
l>a partie intérieure de la ILaaba , doht deux colonnes de près de deux pieds de diamètre, pta- Céeà- atk milieu d'une salle unique , soutiennent le toit , est , ainsi que'la porte , élevée sur le plan intérîetir. ITne toile magnifique en soie rose , par» semée de fleurs tissues d'argent , et doublée d'une autre toile blanche , couvre les murs et les colonnes depuis le haut jusqu'à cinq pieds au-dessus du sol. Cette toile n'^est changée qu'à l'avé*' nement au trône d'un nouveàu'sultan de Cohstàntinople, qui est alors obligé d'en envoyer une nouvelle.
La partie inférieure des niùrs est découverte et incrustée de belles \)laques de marbre , dont les unes sont unies , et les autres avec des fleurs et des arabesques en relief. Des inscriptions sont sur quelques-unes. Le sol est également pavé de très beaux marbres.
A sept ou huit pieds dé hauteur, on voit deux barres dont l'une traverse d'une colonnie à l'autre , et Fautre aboutit de chaque colonne à la muraille. On prétend que ces barres sont en argent. Un nombre infini de lampes en or y sont suspendues et groupées les unes sur les autres. L'escalier par lequel on monte âur le toit est situé à l'angle nord de la salle •; il est couvert par
( 236 ) ane cloison , et la porte en est fermée. Il y a encore un autre escalier en bois que Ton place devant la porte de la Kaaba, pour y monter pendant les deux jours qu'elle est ouverte au public. 11 est élevé sur six gros rouleaux en bronze, avec des gardes-fous de chaque coté , et dix marches d'environ dix pieds de largeur. A une petite distance de la porte de la Kaaba , et du côté opposé à la pierre nœre 9 il y a une petite fosse d'un pied de profondeur, pavée en marbre, et sur laquelle on se fait un mérite particulier d'adresser sa prière.
Le plan de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans de plus grands détails sur la Kaaba , nous pensons que ce que nous en avons dit suffira pour donner une idée de la richesse et de la magnificence qui régnent dans ce temple. Parmi les choses remarquables qui se trouvent dans les lieux qui l'a voisinent, on distingue dans Vel makam Ibraîm,, ou Lieu- d'Abraham ^ une grille qui renferme une espèce de sarcophage couvert d^un magnifique drap noir , brodé en or et en argent, avec des glands en or, et qui n'est autre chose qu'une grande pierre qui servit, dit-on, de marche-pied à M)raham, pour construire la Kaaba. On dit encore que, pour ^ciliter les travaux, ce marche -pied devenait plus haut à mesure que l'ouvrage s'avançait ; et que, dans le même temps, les pierres sortant miraculeusement de terre tout équarries, par l'endroit où est aujourd'hui le marche -pied^.
( 237 ) passaient des mains d'Ismaël dans celles de son père.
Le puits de Zemzem est situé dans une cham-bre qui a dix-sept pieds trois pouces en carré ; elle est entièrement pavée et revêtue de très beaux marbres. La partie extérieure est décorée d'une petite façade en marbre blanc. Le magasin des tu'uches, dont le nombre est immense et la forme bizarre , tient à cette chambre. C'est dans ces cruches que les pèlerins vont chercher de l'eau du puits de Zemzem , qui , comme l'on sait , fut miraculeusement ouvert par l'ange du Seigneur , en faveur d'Agar , au moment où elle allait périr de soif avec son fils Ismaël, après avoir été chassée de la maison d'Abraham. Quant au Bebes Selem ou la Portcdu-Salut , c'est un arc isolé , en forme d'arc de triomphe , construit en pierres de taille et terminé en pointe. C'est un bon augure et le garant d'une grâce particulière que de passer sous cet arc la première fois que l'on vient visiter la Kaaba.
moïse enfant,
foulant aux pieds la couronne de pharaon, Par poussin (Nicolas.)
Ce superbe tableau , qui faisait partie de l'ancienne collection des rois de France , est une des
( 238) compositions les plus admirables que Fart de la peinture ait enfante'o^. Il rappelle tellement la belle antiquité 9 qu'on éprouve involontairement à son aspect une sorte de vénération religieuse. Le sujet en est tout à la fois historique , imposant et terrible. La manière dont Le Poussin Ta traité ne laisse rien à désirer , et son rare talent s'y manifeste dans toute la plénitude de sa force etde sa gloii:e.
Thermeutis , après avoir sauvé Moïse , qu'on avait exposé ^ur le IS^il, s'était chargée de son éducation , et chaque jour son attachement pour cette innocente créature s!était accru. Le ciel ne lui ayant pas accordé d'en&nt , tous ses soins s'étaient réunis sur son élève, qui, par son esprit et ses grâces , promettait de &ire un prince accompli. Thermeutis, au comble de la joie, le présenta au Pharaon, son père, en lui disant : u Seigneur, voici un présent que le Nil m'a fait; » j'ai résolu de l'adopter , et puisque vous n'avez >• point de fils , je vous l'offre pour successeur. »» Le Pharaon accepta avec empressement ce don inattendu, et, pour prouvera sa fille qu'il exauçait les yœux qu'elle formait pour la fortune de son fils adoptif , il ôta sa couronne et la mit sur la tête de l'enfant. Mais Moïse , inspiré par l'Esprit divin , qui l'appelait à de plus hautes destinées , arracha aussitôt celte couronne de dessus sa tête , la jeta par terre et la foula aux pieds. Un des magiciens de Pharaon, témoin de cette scène, ,>qni avait déjà prédit que cet enfant serait f^tal
( 239) à l'Egypte , cria à la profanation , et dit que celui qui s'en e'tait rendu coupable méritait la mort. A ces mots , un officier de la garde du monarque se saisit de l'enfant, et , sans attendre les ordrjes de son maître , il allait lui plonger le poignard dans le sein , lorsqu'une des femmes de Thermeutislui arrêta le bras , tandis qu'une autre , s'emparant de l'enfant , le remit à la princesse , qui se sauva avec lui. Maigre' les remontrances et les alarmes du magicien , le roi crut ne devoir point s'opposer à cette retraite.
En contemplant le tableau où cette scène est représentée , on est tent« de croire que Le Poussin en fut le témoin , tant la vérité y est parfaite. Ce sont les anciens Egyptiens , leui:s usages , leurs mœurs , leurs opinions religieuses. On y trouve l'étoanement superstitieux des prêtres ; l'aveugle férocité du garde qui est prêt à immoler l'innocence ; la sui^ïrise du monarque ; sa colère de l'insuhe faite à la majesté royale; son indécision entre l'orgueil qui lui commande de se venger, et l'humanité qui Tinvite à la clémence ; l'effroi et le ïviouvenient subit de la feunne qui arrête le crime ; l'empressement de celle qui saisit Moïse ; enfin la ^upeur de Thermeutis. Des critiques sévères ont blâmé la froideur avec laquelle une femme , qui est appuyée sur le siège de Thermeutis , contemple une scène si terrible. Mais n'est-ce pas un de ces personnages si communs dans ies cours ^ dont l'insensibiliDé et régoïsiiie soûl ié partage, et qui, assez maîlres d'eux-mêmes
pour composer leurs traits et leur maintien , attendent qu'un regard de leur maître en détermine définitivemeiit l'expression ? Dans cette hypothèse , la froideur de la femme serait un uait de ge'nie de plus dans le tableau du Poussin.