LE TEMPLE
qui n'est ni l'existence ni le néant; on y trouve beaucoup de marchandises neuves, et bon nombre de jeunes femmes, héroïnes de bals publics et autres lieux semblables, viennent chercher en cet endroit le complément nécessaire de leurs séductions.
La population du Temple forme également un monde à part, ayant son langage spécial. Nous n'essayerons pas d'initier nos lecteurs aux beautés et aux finesses de cette langue; nous nous bornerons à constater qu'elle renferme de ces formes énergiques qu'on ne trouve que dans les langues primitives.
Pour se hasardera acheter en cet endroit, il faut être rompu depuis longtemps aux habitudes de la vie parisienn e et être doué d'un courage à toute épreuve.
• Malheur à vous si vous acquiescez au premier prix que l'on vous fait, vous êtes certain de payer au moins trois fois trop cher. Prenez pour règle d'offrir le quart de ce qu'on vous demande et ne démordez pas, sans quoi vous serez refait, pour nous servir d'un terme consacré au marché cl u Temple.
Quantité d'eau employée dans Paris. — Puits artésiens de Grenelle et de Passy. — Fontaines Gaillon, Molière, des Innocents, Notre-Dame. — Éclairage. — Établissements financiers.
Jusqu'à ces dernières années, Paris a été assez mal approvisionné d'eau : la production totale était d'environ, 170 000 mètres cubes fournis par diverses sources des environs, par l'eau de la Seine, élevée à l'aide de la pompe à feu de Chaillot et répartie par la ville ; à cela il faut ajouter les eaux du puits artésien de Grenelle, d3 547 mètres de profondeur, terminé en I8il (V. page 321), et de celui de
Passy, de 586 mètres de profondeur, percé de 1855 à 1861 par Kind, ingénieur allemand; la plus importante des prises d'eau est celle du canal de l'Ourcq terminé sous le Consulat.
Dans ces derniers temps onaadmis un projet qui fournira 170000 mètres cubes d'eau à la ville et fera cesser la gêne qu'on éprouve chaque année : on établira trois conduites qui amèneront les eaux de la Dhuys, de la Somme-Sourde et de la Vanne. La première de ces conduites est terminée et a coûté 62 millions de francs.
Le produit total des abonnements particuliers à l'eau fournie par la ville de Paris, s'est élevé, en 1860, à 2 094 500 francs.
Le service des voies publiques emploie, surtout en été une quantité d'eau considérable pour abattre la poussière fournie par le macadam.
D'après le budget de la ville de Paris pour 1866, il a été dépensé :
Pour l'entretien et le nettoyage des rues et
voies publiques 13,500,000 IV.
Pour la conduite des eaux et les égouts.... 2,9C0,000
Pour les promenades et jardins publics. .... 3,000,000
La fontaine Gaillon, qui a été faite sur les dessins de Visconti, représente un petit génie qui frappe un dauphin d'un trident. L'enfant surmonte un socle orné de détails sculptés représentant des plantes et des animaux aquatiques. Le socle et la statue sont abrités par une niche pratiquée dans la façade d'une maison dont la décoration a été mise en harmonie avec la fontaine.
La fontaine Molière, élevée par une souscription nationale, suscitée parM. Régnier delà Comédie-Française, fut inaugurée le 15 janvier 1844. La statue en bronze de Molière est l'oeuvre de M. Seurre. Ce grand poète est représenté assis; à ses côtés, au-dessous de lui, sont les Muses de la Comédie se-
rieuse et de la Comédie légère, parPradier. Sur la face septentrionale du piédestal, on lit l'inscription suivante : « A Molière, né à Paris le 15 janvier 1622, mort à Paris le 17 février 1673. »
Bouchardon fournit et exécuta les dessins de la fontaine deGrenelle, une des plus belles de Paris : l'ensemble de la décoration arrête longtemps les curieux et les artistes; l'avantcorps est décoré d'un groupe en marbre blanc représentant la Ville de Paris assise avec les figures de la Seine et de la Marne couchées à ses pieds. On lit sur l'imposte une inscription latine dont voici la traduction : « Tandis que Louis XV, le père et les délices de son peuple, le gardien de la tranquillité publique, qui, sans verser le sang, a reculé les frontières de France, et qui a rétabli la paix entre l'Allemagne, la Russie et les Turcs, poursuivait le cours de son règne à la fois glorieux et pacifique , le prévôt des marchands et les échevins ont fait construire cette fontaine pour la commodité des habitants et l'ornement de la ville, en 1739. »
La fameuse fontaine des Innocents, qui occupe le centre du marché des légumes à la halle, a été construite en 1550 sur le plan de Pierre Lescot, et ornée de sculptures par Jean Goujon. En 1788, l'ingénieur Six et les architectes Poyet et Molinos se chargèrent d'en faire une fontaine colossale, et de lui donner quatre faces qu'ils élevèrent sur trois gradins. Au faîte des gradins est un vaste bassin carré sur lequel repose un soubassement décoré aux angles de quatre lions qui lancent de l'eau. Ils surmontèrent le tout d'une coupole; au centre, une vasque laisse échapper un jet d'eau qui retombe en nappe dans les auges placées sur les quatre faces du soubassement.
• Paris s'en va, au grand désespoir des archéologues, qui regrettent les noirs ruisseaux, les affreuses ruelles, les
immenses gargouilles qui inondaient le passant, les jours de pluie, qui, en un mot, préfèrent le tohu-bohu du moyen ilge à la ligne droite et au macadam du dix-neuvième siècle.
Le marché des Innocents a disparu dans cette immense bagarre qui rajeunit la vieille Lutèce, et un beau square a remplacé ce carreau de la halle si pittoresque, fréquenté par une population unique, formant une société à part dans la société.
Sur l'emplacement qu'occupait ce marché se trouvait autrefois le cimetière des Innocents, célèbre par son charnier et sa fameuse danse macabre, espèce de tragi-comédie pleine de philosophie. Ce cimetière, entouré de maisons de toutes parts, situé dans un quartier très-populeux, prit, malgré le lugubre aspect de ses tombes, un air animé qui lui faisait ressembler plutôt à un champ de foire qu'à un champ de repos.
Il était encadré par une espèce de galerie dallée, recouverte d'une voûte soutenue par des colonnes; cette galerie devint un passage fréquenté, on y installa de nombreuses boutiques et ce fut bientôt le rendez-vous à la mode.
En 1785, on convertit l'enclos des Innocents en une place publique destinée à servir de marché aux légumes et aux fruits. On détruisit l'église et on se servit des parties de la fontaine construite par Pierre Lescot et sculptée par Jean Goujon, pour la nouvelle fontaine que l'on établit au milieu du marché.
Les marches entourant la fontaine furent bientôt envahies par des cuisines en plein vent, installées sous d'immenses parapluies rouges et offrant à un bas prix impossible la soupe et le bœuf, des saucissons, des pommes d'e terre frites et des beignets; pendant que tout alentour les marchandes, également installées sous des parapluies, oll'raient leurs marchandises aux chalands dans un lan-
gage trivial, affectant des formes rudes, un accent rauque que l'on retrouve encore dans certains quartiers de Paris.
Les marchands de vin qui entouraient le marché des Innocents restaient ouverts toute la nuit. Aussi, vers minuit, on voyait se rabattre de ce côté toute une population de flâneurs, d'élégants débauchés ; et il fut un temps où PaulNiquet, Bordier, Chandelier et autres jouissaient, dans la jeunesse dorée, d'une réputation que le Café Anglais ou la Maison Dorée ont acquise depuis, mais à d'autres titres, hâtons-nous de le dire.
Il fallait un certain courage et une grande curiosité pour se hasarder dans la boutique de Paul Niquet. Près d'un comptoir en étain luisant se tenait toute une population hâve, décharnée, déguenillée, sans domicile et ayant abdiqué, avec un certain orgueil, toutes les vaines puérilités du confort de la vie.
Dans tout ce monde, composé principalement de chiffonniers, se faufilaient de temps en temps des voleurs, et il n'était pas rare d'avoir le spectacle de la police enlevant un assassin, ou d'une bataille en règle.
Des ouvriers venaient dépenser en une nuit, à la halle, tout le gain d'une semaine et remportaient le dégoût et l'ennui.
Maintenant on a établi un beau jardin qui purifie l'air de ce quartier. Les marchands de vins ne jouissent plus de l'immunité d'avoir leur établissement ouvert toute la nuit. La fontaine, restaurée et arrangée, tient la place d'honneur du square, et tous les bambins des environs s'y donnent rendez-vous.
Sur une petite place, abritée par le chevet de la cathédrale de Paris, se trouve la petite fontaine Notre-Dame élevée en i845, et dont les trois frêles colonnettes supportent une aiguille entourée de clochetons; sous les colonnettes est
une statue de la Vierge, posée sur un socle triangulaire décoré de trois Anges foulant aux pieds' les Hérésies qui laissent tomber par la bouche des filets d'eau dans deux bassins superposés. L'ensemble de ce monument est une des meilleures imitations du style gothique.
La fontaine Cuvier, adossée à une maison formant l'angle des rues Cuvier et Saint-Victor, se compose d'un piédestal semi circulaire, sur lequel repose l'Histoire naturelle, à ses côtés, sont un lion et un hibou, elle tient des tablettes avec cette inscription : Rerum cognoscere causas (Heureux qui peut approfondir les principes des choses). Autour d'une calotte de sphère sur laquelle elle pose ses pieds, on a sculpté plusieurs animaux amphibies. M. Feu chères a sculpté la figure de l'Histoire naturelle, les ornements et les animaux sont de M. Pomateau, mort il y a quelques années, presque inconnu du public et dans toute la force de l'âge et de son talent.
Fontaine Saint-Sulpice. — Cette fontaine, construite sur la place Saint-Sulpice, sur les dessins de Visconti, et inaugurée en 1847, se compose de trois bassins, dont le plus élevé sert de base aune construction quadrangulaire, terminée par une calotte sphérique ; sur chaque face de cette construction est une niche renfermant une statue; quatre magnifiques lions de F. Derre décorent le premier bassin. Les quatre statues représentent Bossuet, Fénelon, Massillon, Fléchier. La plus remarquable de ces statues, celle de Bossuet, est de M. Feuchëres.
L'éclairage de la ville, comptant 30 000 becs de gaz et 1400 lampes à huiles coûte annuellement 4 250000 francs.
Paris ne centralise pas seulement presque toutes les forces intellectuelles de la France, il est également le foyer du commerce, de l'industrie et de la banque. En ces derniers