BOIS DE BOULOGNE
Les duels étaient nombreux autrefois au bois de Boulogne : nous en citerons deux dont nous avons gardé la mémoire. C'était au printemps de 1812; deux officiers de la garde impériale, à la suite d'une violente querelle, s'étaient donné rendez-vous près de la mare d'Auteuil pour le lendemain au point du jour. La cause de cette rencontre devait rester secrète, ils étaient convenus de se battre sans témoins. Tous deux arrivent à l'heure convenue et mettent l'épée à la main. Bientôt le plus ardent des deux fait rompre son adversaire. Ce dernier, pendant quelques instants, continue à rompre, attendant que la fatigue de son ennemi lui permette de prendre avec avantage l'offensive ; mais bientôt un arbre séculaire, qui se trouve derrière lui, l'empêche de rétrograder davantage, et, au même instant, d'un coup droit, son adversaire lui traverse le corps de part en part et le cloue littéralement à l'arbre. Le coup avait été si violent que l'épée de celui qui l'avait porté s'était brisée un peu au-dessous de la garde. Le vainqueur jette aussitôt le tronçon de son arme pour secourir le blessé; mais en même temps il croit entendre du bruit dans le fourré, et, pensant que quelque garde s'approche , il prend la fuite . Il était cinq heures du matin; par un hasard fatal, ce ne fut que vers midi seulement que des promeneurs , passant sur le lieu du combat, aperçurent le malheureux officier qui, bien qu'évanoui, était demeuré debout. On s'empresse de le secourir; mais la lame qui lui traverse le corps est si profondément entrée dans le bois de l'arbre qu'on ne peut l'en arracher, le défaut de garde ne laissant point de prise. Un des promeneurs court alors à Auteuil, et au lieu d'un chirurgien, qu'il n'a pas trouvé, il ramène un maréchal-ferrant qui, avec ses tenailles, parvient enfin à arracher l'arme de l'arbre et du corps du blessé. A la grande surprise des assistants, ce dernier reprit connaissance et se fit transporter à Paris. Deux mois après il rejoi-