BOIS DE BOULOGNE
gnait son régiment, et huit jours plus tard il tuait son adversaire d'un coup presque semblable à celui qui l'avait, pendant sept heures entières, tenu cloué à un arbre du bois de Houlogne.
Voici l'autre, qui eut lieu à la même époque.
Un écuyer du théâtre de Franconi , situé alors rue Mont- Thabor, se croyant insulté par un auteur de mimodrames, fournisseur du lieu, lui dit : Monsieur, je vous tuerai ou vous me tuerez. — On ne tue pas un drôle de votre sorte, répondit le mimodramaturge; on le pend. — Eh bien! nous verrons qui de nous deux pendra l'autre. Demain matin je vous attendrai à la porte Maillot; je serai muni d'une corde neuve ayant un nœud coulant : ayez soin d'apporter une arme semblable.
La partie est acceptée, et le lendemain les adversaires se rencontrent assistés de leurs témoins. Le lieu du combat ayantété choisi, les combattants se placent à quinze pas l'un de l'autre. Au signal donné, l'auteur de mimodrammes s'avance vers l'écuyer, qui ne bouge pas. — C'est bien le moins, lui crie l'auteur, que vous fassiez la moitié du chemin pour être pendu de la main d'un honnête homme. — Monsieur, répond l'écuyer, remarquez, je vous prie, que je suis sous un chêne superbe dont les belles branches, rien qu'à les voir, donnent envie de s'y balancer.
Le mimodramaturge furieux se précipite sur son adversaire, mais celui-ci prend son temps et, à deux pas de distance, il lance le nœud coulant avec tant d'adresse que la corde se dessine comme un collier sur la cravate de son ennemi. En même temps, l'agile écuyer atteint d'un bond une des premières branches de l'arbre sous lequel il s'est placé, et l'on voit presque aussitôt l'auteur infortuné se balancer dans l'espace. Les témoins accourent, et un d'eux se hâte de couper la corde d'un coup de canif. L'écuyer
PLACE DAUPHÏNE. 111
s'en plaint; mais le cas n'avait pas été prévu, et un duel de ce genre ne pouvait avoir de règle précise; il fallut qu'il se résignât à laisser vivre son pendu.
Tout à côté du bois de Boulogne se trouve le Jardin d'Acclimatation avec d'immenses serres et un aquarium de dimensions colossales : on y a élevé une statue à Daubenton, l'éminent collaborateur de Buffon.
Le bois de Vincennes, situé à l'ouest de la ville, autrefois fort solitaire, ne servait que de lieu d'excursions pour les amateurs de plaisirs champêtres et de dîners sur l'herbe. Depuis 1857, on y a exécuté de nombreux travaux d'embellissements; des ruisseaux, des lacs, des îles et des grottes sont venus l'orner, et lui permettent de rivaliser avec le bois de Boulogne. Cependant le monde élégant le fréquente peu, et la population ouvrière de Paris n'y va guère que le dimanche. Les courses de chevaux de Vincennes sont trèssuivies par les amateurs de sport. (V. page 89.)
Dans la cité, on remarque la place Dauphin e, qui date de Henri IV.
Cette place, dit M. Fré ville, a la forme d'un triangle, au centre duquel on a érigé en 1803 une fontaine monumentale en l'honneur de Desaix, d'après les dessins de Fontaine et Percier. Ce monument, restauré en 1830, représente la France couronnant le buste de Desaix. Deux Renommées gravent les noms des batailles où il s'est illustré. Au-dessous on lit cette inscription;: « Allez dire au premier Consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas assez fait pour la postérité. » Landau, Kehl, Weissembourg, Malte, Chebreis, Embabé, les Pyramides, Sedimon, Samanhoue, Kane, Thèbes, Marengo, furent les témoins de ses talents et de son courage. Les ennemis l'appelaient le juste; ses soldats, comme ceux de Bayard, sans peur et sans reproche. Il vécut,