CHAMP DE MARS
Or il était beaucoup question des jésuites à cette époque ; on ne parlait que de cela. A la Chambre des députés, l'opposition affirmait qu'ils étaient partout en France, contrairement aux lois qui les en avaient chassés. M. Dupin disait ou répétait : « La Compagnie de Jésus est un long poignard dont le manche est à Rome et la pointe partout. » Le ministère soutenait qu'il n'y avait de Jésuites nulle part. Deux jours après la brouille du jeu de billard que nous venons de rapporter, alors qu'à la Chambre un orateur ministériel venait de déclarer pour la centième fois qu'il n'y avait point de jésuites en France, un orateur de l'opposition monte à la tribune, et, après un court exorde, il déplie un parchemin et offre à tous les regards un brevet de jésuite revêtu de tous les caractères d'authenticité possibles. Ce brevet était celui de Martial Marcet de Laroche- Arnault, qui se vengeait ainsi du ministre, et qui, peu de temps après, publiait chez le libraire Ambroise Dupont les Mémoires cV un jeune jésuite, dont le succès fut immense.
Citons encore l'esplanade des Invalides avec ses belles allées d'arbres; le jardin du Luxembourg, situé près du magnifique palais de Desbrosses, considérablement réduit par les récents travaux; le champ de Mars, situé entre l'École militaire et la Seine, et où se trouve le palais de l'Exposition de 1867. C'est un immense parallélogramme de 787 mètres de longueur sur 455 de largeur. Vingt mille hommes en armes pouvaient s'y mouvoir à l'aise. En 1790, le champ de Mars fut le théâtre de la Fédération. Le 17 juillet 1791, après la fuite de Louis XVI à Varennes, un grand nombre de citoyens s'y réunirent pour signer une pétition tendant à l'abolition delà royauté. Le 5 décembre 1804, Napoléon y distribua ses aigles à l'armée, et, en 1815, eut lieu le champ de mai, où l'on proclama l'acte additionnel.
Nous parlerons plus tard du Jardin des plantes.
Quais de la rive droite et de la rive gauche. — Anecdotes.
Les bords de la Seine offrent eux-mêmes une très-jolie promenade : le fleuve est bordé de chaque côté par de fort beaux quais, dont les parapets servent aux bouquinistes pour étaler leurs livres, leurs médailles et leurs gravures. Dans de certains endroits les quais, par leur mouvement animé, offrent l'aspect d'un port.
Voici la liste des quais de la rive gauche en partant de Bercy :
Quais de la Gare-d'Austerlitz, Saint-Bernard, de la Tournelle, Montebello, Saint-Michel, des Augustins, Conti, Malaquais, Voltaire, d'Orsay, de Grenelle, de Javel.
Rive droite en partant d'Auteuil : quais de Passy, de Billy, de la Conférence, des Tuileries, du Louvre, de l'École, de la Mégisserie, de Gesvres, de Pelletier, de l'Hôtel-de-Ville, des Ormes, Saint-Paul, des Célestins, de Henri IV, de la Râpée, de Bercy.
Dans l'île de la Cité :
Quais des Orfèvres, de l'Horloge, Napoléon.
Dans l'île Saint-Louis :
Quais Bourbon, d'Orléans et de Béthune.
Sur le quai des Orfèvres débouchait autrefois la petite rué de Jérusalem qui conduisait à la préfecture de police , et qui n'existe plus aujourd'hui. Tout un côté de cette rue était occupé par un bâtiment servant d'archives à la cour des comptes. Il y avait, de l'autre côté quelques boutiques, entre autres celles d'un pharmacien et d'un restaurateur. On sait qu'en 1812, lors de la conspiration de Mallet, Lahorie et Guidai, les conjurés, à l'aide de faux sénatus-consulte,
étaient parvenus à arrêter le ministre de la police et le préfet de police, qui était alors M. Pasquier. Ce dernier écroué à la Force, n'y resta que quelques instants. Tout avait été promp tement découvert, et les chefs de la conspiration étaient arrêtés. M. Pasquier ne trouvant point de voiture (il était sept heures du matin), revint à pied à l'hôtel de la préfecture ; mais il trouva la porte gardée par des soldats aux ordres des conspirateurs, qu'on n'avait pas encore eu le temps de relever et qui, reconnaissant le préfet, voulurent s'emparer de sa personne. Sur le point d'être saisi, M. Pasquier se réfugia dans la boutique du pharmacien dans le comptoir de duquel trônait la pharmacienne, petite boulotte très-coquette qui tâchait de dissimuler ses cheveux rouges sous une perruque blonde, frisée à la Titus. Les soldats n'avaient pas poursuivi le préfet, mais "ils gardaient toujours la porte de la préfecture où M. Pasquier voulait rentrer à tout prix.
« De grâce, trouvez-moi un déguisement, dit- il au pharmacien. »
Ce dernier regarda autour de lui, saisit la perruque de sa femme dont il coiffe le préfet, puis il lui met une couche de safran sur le visage, lui jette son carrick sur les épaules, et dit :
— Maintenant, monsieur le préfet, vous êtes méconnaissable. »
C'était vrai, M. Pasquier passa cette fois, sans être reconnu, et put pénétrer dans ses appartements où s'étaient réunis à la hâte les commissaires de police et les officiers de paix. Il eût fallu être de pierre pour ne pas rire. Le préfet seul ne rit pas. Il saisit la perruque et la jeta dans le feu, puis il courut dans son cabinet de toilette, et put bientôt reparaître en costume convenable devant ses subordonnés.
Tout n'était pas fini. La pharmacienne voulait que le