‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 100 sur 251 · Voyez plus haut, chap. 11, p. 29 et 4o · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, chap. 11, p. 29 et 4o

lo6 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE

mais il est clair que tous les poèmes de Callimaque étaient également familiers à Ovide et que l'influence de ce recueil a dû aussi s'exercer sur lui directement ; quoiqu'elle soit peut-être moins sensible ici que dans les Fastes, il est aisé d'en saisir la trace. Ovide énumère des animaux, des plantes et des pierres qui ont été autrefois des créatures humaines ; d'où vient ce changement ? C'est le sujet de chacun des épisodes du poème ; toute métamorphose a une cause, que l'auteur explique par un récit ; il écrit pour un lecteur curieux, qui, partant de l'état actuel de la nature, remonte à l'origine des temps et veut savoir pourquoi les êtres ont changé de figure : c'est exactement la méthode de Callimaque. Quelquefois même Ovide emploie ce mot de cause, qui rend certain le rapprochement avec les Aetia ; ainsi un personnage veut connaître pour quelle cause Méduse, seule entre les filles de Phorcus, eut une chevelure de serpents; un autre pour quelle causeXe. dieu Achéloiïs ne porte qu'une corne sur son front: une fable plus ou moins développée sert de réponse *. Le cadre est commode, et en somme il n'y a pas une seule partie du poème où il ne puisse servir ; mais Ovide a eu le bon goût de n'en pas abuser, en raison de sa banalité même.

Un des procédés les plus ordinaires de l'art alexandrin consiste à grouper autour d'un nom célèbre de la mythologie des détails empruntés à la vie familière, de façon qu'une action héroïque devienne le prétexte d'un ou de plusieurs tableaux de genre : la grandeur des personnages forme alors un contraste piquant avec le réalisme de la peinture'. Il n'y a pas un chant d'Ovide qui ne nous en offre plusieurs exemples, et peut-être, à y regarder de près, est-ce la la principale raison pour laquelle ses dieux et ses héros provoquent l'irrévérence : car leurs amours mêmes ne nous choquent pas dans les vieux poètes, et Ovide ne les a point inventées. Mais à trop rapprocher le monde surnaturel du monde des humains il a fini par dissiper complètement ce respect qu'augmente la distance ; quoiqu'il n'ait aucune intention satirique, on pourrait dire qu'il a mieux que personne préparé la vole à Lucien,

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