Archaeologische Zeitung^ i883, p
4. Monumenti deW fstituto archeologico di Roma, II, pi. ôg, fig. i.
5. Annali delV Istituto archeologico di Bornât i865, tavola d'aggiunto IK ; le peintre a représenté par erreur un taureau au lieu d'une vache.
LtCâ ORIGINES ftU SUJET DANS LA LITTERATURE GRECQUE l3
OU par le louable désir de dresser, comme dans d'autres genres, l'inventaire du passé ? Cette opinion est assez répandue ; on admet plus volontiers encore que les poètes et les mythographes contemporains des Ptolémées se rient de leur matière ; il faudrait les considérer comme des sceptiques, pour qui, dans un ouvrage, la forme est tout, et le fond n'est rien. Il'^st certain que cette conclusion paraît légitime, quand on voit le goût des Grecs pour les Métamorphoses se répandre au fur et à mesure que s'étend et se précise leur connaissance de la nature, en sorte que les progrès de ce genre mythologique sont en raison directe de ceux des sciences positives. Mais ne demandons pas aux poètes du ni" siècle de mettre dans leurs croyances une logique et une unité que nous ne mettons pas dans les nôtres ; tant qu'il y aura dans le monde un seul problème que la raison sera impuissante à expliquer, la foi aux miracles restera vivace. Aujourd'hui même beaucoup d'hommes, qui ne manquent ni d'instruction, ni d'intelligence, déclarent surnaturels tous les phénomènes dont la science n'a pas encore découvert la loi, ou sur lesquels il leur semble qu'elle n'a pas fait une lumière complète. Si certains esprits, frappés surtout de son insuffisance, sont encore rebelles à ses -enseignements, que pouvait espérer la science antique, et comment aurait-elle réussi à ruiner complètement dans l'opinion des gens cultivés les croyances consacrées par une longue tradition ? Mais le pis est qu'à côté de la vraie science l'époque alexandrine voit s'en développer une fausse, qui flotte incertaine entre le roman et les méthodes exactes ; celle-là côtoie sans cesse la première, elle s'y mêle souvent et la trouble, au point que des hommes sincères et éclairés ne peuvent pas toujours les distinguer l'une de l'autre ; et alors il arrive qu'aux vieilles superstitions restées intactes viennent s'en ajouter de nouvelles, qui les confirment au nom de prétendues découvertes.
Grâce à la conquête d'Alexandre, l'histoire naturelle a singulièrement élargi le champ de ses observations ; Aristote et Théophraste lui ont tracé la voie avec une sûreté et une précision qui font encore l'admiration des modernes. Mais après la mort de ces grands hommes elle ne dépasse guère le point extrême où ils étaient parvenus ; bien souvent elle s'égare et elle revient en arrière*. Comment nier la possibilité des métamorphoses, lors-
I. Littré, préface de sa traduction de Pline l'Ancien, p. vi et suiv. ; Barthélemy- Saint-Hilaire, préface de sa traduction d'Aristote, Histoire des animaux, 1. 1, p. xc.
l/l tES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
qu*elle-même, à la suite d'enquêtes superficielles ou incomplètes, elle en donne des exemples merveilleux ?
On peut assigner k ses erreurs deux causes principales: la première, c'est qu'elle ne pèse pas à leur juste valeur les témoignages qu'elle enregistre de tous côtés ; la seconde, c'est qu'elle ne sait pas se défier des trahisons du langage : lorsque le Nil est rentré dans son lit après avoir inondé les campagnes environnantes, on voit pulluler dans les sillons encore humides des myriades d'animaux naissants; de là à conclure que c'est la terre elle-même qui les engendre il n'y a qu'un pas, et l'imagination des savants alexandrins l'a vite franchi. Bien plus, on assure que parmi ces animaux on en voit, chez qui la métamorphose n'est pas encore complète, si bien qu'ils sont moitié vivants et moitié fange*. Un essaim d'abeilles peut prendre naissance dans le cadavre d'un bœuf; Philétas, le faux Démocrite et Magon l'enseignent^ avant Virgile ; « tout le pays du Nil voit dans cette génération artificielle une ressource assurée » contre les maladies qui dépeuplent les ruches'*. Archélaus ajoute qu'un cadavre de cheval peut de même produire des guêpes*. D'après Alexandre de Myndos, les cigognes, arrivées au terme de la vieillesse, partent pour les îles de l'Océan, et là elles sont changées en hommes ; c'est la récompense des soins pieux dont elles ont entouré leurs parents ^ Sotakos range au nombre des pierres précieuses la draconite, ainsi nommée parce qu'elle provient du cerveau des serpents ; elle n'est fine qu'autant qu'on coupe le cerveau sur l'animal vivant, attendu que l'animal, se sentant mourir, la gâte par envie ; en conséquence on coupe la tête au serpent, tandis qu'il est endormi. Sotakos avait vu des draconites chez un roi; il racontait les procédés employés par les chasseurs pour les recueillir dans toute leur beauté ^ On ferait un livre en réunissant les fables de cette catégorie qui sont venues à l'époque alexandrine prendre place à la suite des traditions mythologiques, et souvent, comme chez Virgile, dans l'épisode d'Aristée, se con-
1. Lucrèce, V, 838; Pompon. Mêla, I, 4i6; Diod., I, lo, tous évidemment % d'après des sources alexandrines.
2. Philétas, i^^yji'oT., 5, Bach ; Siisemihl, Geschichte der griechiscken Litte^ ratur in der ALexandriner Zeit, t. I, p. 83o, 835 et 838, note 39.