‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 15 sur 251 · Pline, Hist. nat., XXXVII, i · texte numérisé non relu

Pline, Hist. nat., XXXVII, i

tES OnrCtNÊS du SUJRT dans la littérature grecque I,)

fondre avec elles. Une bonne part de ces inventions revient aux auteurs d'ouvrages sur les merveilles du monde*; Callimaque est un des premiers en date ; ils recueillirent de tous côtés, mais surtout chez les géographes, qui eux-mêmes étaient souvent aussi riches d'imagination que dépourvus de critique, les renseignements les plus extraordinaires sur la faune et la flore des pays lointains. Peut-être à l'origine ces écrivains n'avaient-ils d'autre but que d'amuser ; mais, quelle qu'ait été leur intention, il n'est guère douteux qu'ils aient beaucoup contribué à fausser la science. Leurs compilations furent à leur tour une source, où vinrent puiser des naturalistes peu scrupuleux, et l'on vit paraître de nouvelles études sur les minéraux, sur la botanique et la zoologie', qui enregistraient gravement de fabuleuses métamorphoses au milieu d'observations irréprochables, prises chez Aristote ou chez Théophraste. Dès lors il y a des poètes qui mettent en vers l'histoire naturelle, des naturalistes qui cherchent des documents dans les compositions des poètes, et les uns et les autres font souvent leur pâture des mêmes légendes. Il y en a qui, étant h la fois poètes et naturalistes, ont autant de goût pour la fiction que pour la science et passent volontiers de l'une à l'autre: Nicandre, qui traite de la morsure des animaux venimeux et des moyens de s'en guérir, rassemble aussi les traditions fabuleuses de la Grèce, classées dans l'ordre géographique ; il est en même temps un des principaux auteurs de Métamorphoses ,

Cette littérature moitié scientifique, moitié romanesque, est en grande partie perdue pour nous ; mais il y a un naturaliste qui s'en est beaucoup inspiré, tout en s'eflTorçant de donner une bonne idée de sa méthode : c'est Pline l'Ancien. Aucun exemple ne montre mieux combien l'incrédulité sous les premiers empereurs comportait de nuances, et combien il s'en fallait qu'elle fût toujours conséquente avec elle-même. Voilà un écrivain qui semble

1. 0au{i.fltaia, "ATCiaTa, IlapaSoÇa. Susemihl, chap. xvii. Les fragments des IlapaôoÇoypasoi ont été réunis par Westermann (1889), puis par Keller (1877). ^^^ édition des "ATTiaia vient d'être donnée par Festa (1903). Voyez Ghassang, Le roman dans Vantiquiié^ p. 129; Rohde, Griech. Roman, p. 167 ; Berger de Xivrey, Traditions tératologiques (i836), p. xi-xxxii.

2. Mellraann, p. 64 ; SusemihU I, p. 85 1. V. notamment les AiGtxa du pseudo- Orphée, 536-571 et 636-652. Galien, IIcpl xpdfasojç xai SuvajjLîwç twv ocjîXwv çapfxàxoiv, VI prooem., p. 68, édit. de Bâle, déplore la crédulité des grammairiens comme Pamphile, qui ont mêlé des histoires de métamorphoses à la description des plantes, pour le plus grand dommage de la science.

l6 LES METAMORPHOSES D*OVIDE

présenter toutes les garanties qu'on peut exiger d'un vrai savant : l'étendue de ses lectures est prodigieuse; il a dépouillé, nous dit-il, deux mille volumes ; les Grecs sont représentés, dans la liste de ses sources, par plus de trois cents noms. A l'occasion il répudie hautement ceux qui lui paraissent indignes de confiance ; il les discute, il les taxe d'absurdité. Ce naturaliste a philosophé ; son scepticisme va même très loin ; il nie l'immortalité de l'âme* ; il n'admet ni la Providence, ni l'existence d'un dieu personnel, distinct du monde *. Aussi à plus forte raison condamne-t-il les métamorphoses légendaires. Sophocle avait raconté que l'ambre était produit dans l'Inde par les larmes de certains oiseaux qui pleuraient Méléagre. Pline s'écrie : « Comment ne pas s'étonner que Sophocle ait cru un pareil conte, ou qu'il ait espéré le faire croire aux autres? Trouverait-on même un enfant assez ignorant pour s'imaginer que des oiseaux pleurent annuellement, que des larmes soient aussi abondantes et que des oiseaux aient été de la Grèce, où Méléagre est mort, le pleurer dans les Indes? Quoi donc, dira-t-on, est-ce qu'il n'y a pas chez les poètes beaucoup de traditions aussi fabuleuses? Mais avancer sérieusement une telle absurdité sur une matière aussi commune que l'ambre, qu'on apporte tous les jours, et pour laquelle il est si facile d'être convaincu de mensonge, c'est se moquer tout à fait du monde et conter eflFrontément des fables intolérables^. » Ainsi nous sommes édifiés; Pline ne croit pas aux métamorphoses chantées par les poètes. Ajoutons qu'il a beaucoup voyagé, beaucoup observé par lui-même ; né à Come, il a été conduit par les hasards de sa carrière en Germanie, en Espagne, en Gaule, en Afrique et en Judée, et il n'a jamais cessé de prendre des notes. Assurément nous sommes disposés à accorder à un pareil homme toute notre confiance. Pourtant il serait long de dresser le catalogue de ses erreurs ; et il ne s'agit pas seulement de celles que l'on peut pardonner, mais de celles qui nous confondent, parce qu'elles révèlent soudain chez cet incrédule un fond de crédulité extraordinaire. Que Pline admette que l'écorce des arbres « se change » en vers, on ne saurait le lui reprocher bien vivement*. Mais que dire lorsqu'il raconte qu'il a vu de ses yeux un hippocentaure? Ce monstre avait été; apporté

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