Ov., VII. 394 à
7. Ovide a cherché plus rarement à peindre l'amour paternel. Voyez I, 568 à 667; II, I à 400; VIII, i83 à 235.
l6o LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
venons d'étudier : le sujet même ne fournissait que rarement à Ovide l'occasion d'imiter le langage des assemblées délibérantes ^ Mais il a voulu une fois montrer de quoi il était capable dans une suasoria voisine du genre judiciaire : le livre XIII s'ouvre par deux discours d'une étendue tout à fait exceptionnelle : ce sont les plaidoyers prononcés par Ajax et Ulysse lorsqu'ils se disputent les armes d'Achille devant les chefs de l'armée grecque ^ Nul doute que ce morceau ait eu beaucoup d'importance aux yeux d'Ovide et qu'il ait été très goiité, surtout dans les écoles ; S^nèque le père et Quintilien en citent des passages ; Juvénal y fait allusion. Le thème devait être banal au temps où Ovide s'exerçait a la parole, et il le devint encore davantage plus tard : nous savons que le fameux Porcius Latro, un de ses maîtres, l'avait traité de vive voix ; un des arguments que le poète met dans la bouche de son Ajax est emprunté h la suasoria du rhéteur^. Mais suivant son habitude il a dû mélanger ici avec les souvenirs que lui avaient laissés les leçons de ses professeurs ce qu'il avait appris dans les livres. La dispute survenue entre Ajax et Ulysse, après la mort d'Achille, poijr la possession des armes du héros avait été racontée d'abord par les poètes qui entreprirent de donner une suite aux épopées homériques, par Arctinus dans son Ethiopide et par Leschès dans sa Petite Iliade. La légende fut mise en action par Eschyle dans une pièce distincte, r'OrXwv y.p(j'.ç, dont nous avons quelques fragments, puis par un poète tragique postérieur à Euripide, Théodecte*. Chez les Romains Pacuvius et Accius avaient composé chacun un Armorum judicium". Quels rapports le morceau d'Ovide présente-t-il avec ces différents ouvrages ? la question est des plus obscures ; essayons au mtins de préciser quelques points.
A la fin du livre XII Ovide a résumé les indications nécessaires pour comprendre la mise en scène du drame : le corps d'Achille vient d'être consumé sur le bûcher; Ajax et Ulysse se disputent ses armes ; Agamemnon, ne voulant pas s'attirer la
1. Voyez les deux discours de Jupiter, IX, 243 à 258 et XV, 807 à 842.
2. Ov., XII, 607 à 628 et XIII, I à 898. C'est par erreur qu'on a appelé ces discours des controverses. Aucune des controversiae que nous connaissons ne porte sur un sujet mythologique et d'ailleurs Sénèque le père (Controv.y II, 2 (10), 8) appelle formellement le discours d'Ajax une suasoria.