‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 155 sur 251 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LA TRAGÉDIE ET LA RHETORIQUE l 1 65

habile que son Ajax. Ce prince de Téloquence débute, lui aussi, en se mettant fort au-dessus de tous les chefs de Tarmée : ils sont tous également ses obligés; c^est lui qui veille, ce quand Ajax ronfle S). Il compare ce héros tantôt à un sanglier et tantôt à un âne^. La subtilité que lui attribue la fable dégénère ici en une affectation d'esprit, sous laquelle on cherche vainement une pensée ; si les Grecs, dit-il, sont venus en Asie, ce n'était pas pour se battre, mais pour ravoir Hélène et pour prendre Troie 3. Ulysse sait d'avance les épithètes qu'Homère ajoutera à son nom et il les invoque comme un titre de gloire*; il prédit le suicide d'Ajax*. Que sont devenues dans cette diatribe la haute raison, la finesse, l'ingéniosité, les dons séduisants du favori de Minerve ? Laissons là le rhéteur grec et lisons Ovide ; le discours qu'il prête à Ulysse est un modèle de narration oratoire ; le héros débute par un exorde insinuant et modeste, où il semble demander pardon pour le talent naturel que les Grecs lui reconnaissent; puis il passe en revue toute sa carrière depuis le jour où il tira Achille de sa retraite de Scyros jusqu'à celui où il ravit le Palladium aux Troyens; et il poursuit dans Tordre historique la longue énumération de ses services, en tournant à son avantage chacun des faits de la cause et en réfutant pas à pas les allégations de la partie adverse. Il sait mettre de son côté les chefs de l'armée, humiliés par la vantardise d'Ajax; il exalte leur courage, il cite par leurs noms quelques-uns des plus braves, enfin il termine sur une péroraison émouvante, où il fait pressentir, sans abuser des prophéties trop faciles, qu'on peut encore avoir besoin de son secours pour porter à Ilion le coup suprême*. Il n'est pas possible d'appliquer avec plus d'art ce que la rhétorique ancienne appelait colores, c'est-à-dire ces moyens qui consistent à présenter des faits litigieux sous des couleurs favorables à l'orateur.

Personne n'a jamais prétendu qu'Ovide ait imité les deux déclamations du faux Antisthène et il serait tout à fait superflu d'insister; peut-être même ne les a-t-il jamais lues ^. Mais nous

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