Apollonius, Argon., III, 771 k
3. Voyez d'une part dans Sénèque, Controv., I, a, Sacerdos prostiiuta ; 3, Incesta de saxo.,., etc., et de Tautre, Libanius, *H6nofai, Ttvaç av sI'tcoi Xd^ouç ;cdpvîj atofpovrjaaaa, dans ses Œuvres, éd. Reiske, t. IV, p. io44. Rohde, Griech. Roman, p. 338.
4. Weil, dans la Revue des études grecques, IX (1896), p. 169. — Études de littérature et de rythmique grecques, 1902, p. 82-89.
5. Blass, dans les Neue Jahrbûcher fur Philologie, 1896, p. 347- Cf. Grusius dans le Philologus LV (1896), p. 353; Wilamowit?-Môllendor£F, dans les Nachrirhten de TAcadémie de Gœttingue, philol. hist. Klasse, 1896, p. 209.
LA POÉSIE ROMANESQUE, LIDYLLE ET l'ÉLÉGIE I^Q
là un exercice d'école, une [jLsXéTY;, comme il s'en rencontre chez les rhéteurs du ii® et du m® siècle de notre ère*. On voit combien il est difficile de préciser l'origine et le genre de ces monologues, où l'élégie, le mime, l'épyllion et la rhétorique semblent se rejoindre et se confondre. Aussi la plupart du temps ne peuton décider avec certitude quels sont les véritables modèles des monologues d'Ovide, quoiqu'on sente bien qu'ils doivent se troiiVer dans ces productions composites de l'art alexandrin.
Cependant il n'est guère douteux que le monologue de Médée a été inspiré à Ovide par la lecture d'Apollonius*; s'il en est ainsi, il faut bien donner l'avantage au poète grec. Dans l'original le discours qui traduit les pensées secrètes de Médée est simple et nerveux : le parti auquel elle s'arrête, c'est de se tuer ; elle se tuera sur le champ pour échapper à l'alternative de trahir son père ou de laisser périr son amant. Mais au moment d'exécuter son dessein, elle est reprise par le charme de la vie, par le souvenir des plaisirs de sa jeunesse ; aucune explication ne vaut celle-là ; car c'est la nature même que peint ici Apollonius, et ce qui est dans la nature n'a pas besoin d'être expliqué. Ovide, en donnant au discours de Médée un développement deux fois plus long, risque fort de s'écarter de cette tragique simplicité ; en eflFet son héroïne raisonne trop, elle voit trop loin et trop clairement dans l'avenir; elle est séduite par l'idée de visiter les villes fameuses de la Grèce, d'observer de près les mœurs et les arts de leurs habitants; elle prévoit qu'elle passera un jour entre Charybde et Scylla et elle appréhende la trahison future de Jason. Tout au rebours de la Médée d'Apollonius, quand elle quitte la demeure paternelle, elle a vaincu momentanément son amour: devant ses yeux s'étaient dressés le devoir, la piété filiale et la pudeur ;
An te oculos rectum pietasque pudorque Gonstiterant ^ .
Tant de raison nous surprend un peu chez une Médée ; nous nous sentons trop près des personnages dont les sentencieux discours remplissent les tragédies de Sénèque. Et pourtant on n'a
I. Blass rapproche, parmi les Rhetores graeci (Speagel, tome II), Hermogène, page i5 ; Aphthon., page 44 ; Théon, page ii5.
•j. Apollon., Argon., III, 771 à 801 ; Ov., VII, 11 à 71. Zôllner, Analecta Ovidiana, diss., Leipzig, 189a, a étudié les rapports d'Ovide avec Apollonius.