‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 17 sur 251 · XIX. — Lafay£. — Ovide · texte numérisé non relu

XIX. — Lafay£. — Ovide

l8 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE

chefs d'État le dénouement prévu de leur existence terrestre; la flatterie officielle s'associant à Timagination populaire, on vit monter au ciel les rois de la Macédoine, de la Syrie et de l'Egypte, puis César et les empereurs ; ils allèrent rejoindre Hercule, Leucothoé et Palémon\ Ici encore il se rencontra une science assez complaisante pour prêter son concours à ces fables nouvelles : ce fut l'astronomie. Lorsque Conon signale aux Alexandrins une constellation qu'il a découverte, Callimaque y reconnaît aussitôt une boucle de cheveux de la reine Bérénice, et Conon n'a garde de le démentir. Une comète vient-elle à paraître au moment de la mort de César, c'est son âme qui a été reçue au milieu des astres ; le météore est le signe visible de son arrivée dans l'Olympe. La voûte céleste accueille les uns après les autres les empereurs, et même des femmes de leur sang; ils prennent place « parmi les astres ' ». Lucain se demande si Néron après sa mort remplacera le soleil sur son char ; s'il se contente d'une simple étoile, il le supplie de faire son choix de façon à briller exactement au zénith de Rome^. Sans doute les vrais savants et les philosophes souriaient de ces fantaisies, surtout quand elles étaient inspirées par un Néron ; mais souvent aussi^ lorsque le personnage avait plus de titres à la vénération publique, elles étaient acceptées et consacrées par la religion. Ainsi se fortifia naturellement l'idée que les astres, auxquels la mythologie avait, dès le temps d'Homère et d'Hésiode, rattaché le souvenir des anciens héros, devaient leur origine à des métamorphoses semblables ; ce qu'on racontait de la chevelure de Bérénice donna un nouveau crédit aux vieilles fables sur les constellations des Gémeaux, des deux Ourses ou de la Couronne d'Ariane*.

Enfin il n'est pas jusqu'à la philosophie elle-même, qui n'ait contribué à grossir la matière oflFerte aux curieux de métamorphoses ; elle a condamné les légendes primitives comme ridicules et immorales ; mais les conceptions qu'elle y a substituées sont souvent bien faites pour dédommager de cette perte les imaginations ardentes. D'abord avant Socrate elle embrasse dans dévastes systèmes la nature tout entière ; elle cherche à expliquer Tori-

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