LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE ÙO'J
le nomme pas. M. Rusch, qui est convaincu que Strabon, Plîne, et aussi Sénèque\ doivent en effet à Posidonius la substance de leur théorie, le premier directement, les deux autres par une voie détournée, met Ovide à part, en alléguant qu'il est beaucoup plus sobre d'exemples*. La raison n'est nullement décisive : Ovide était obligé de s'enfermer dans les limites beaucoup plus étroites qu'un géographe, un naturaliste et un philosophe ; on pourrait même trouver qu'il est encore bien long et qu'il pèche plutôt ici par excès. L'essentiel, c'est que dans l'ensemble il s'accorde avec tous les trois ; et ceci, il est difficile d'en douter. Ils donnent plus d'exemples que lui ; mais il en donne un au vers 296, sur lequel ils sont muets ; seul il rapporte qu'une colline s'est subitement formée près de Trézène par un puissant effort- des vents enfermés au sein de la terre. Il n'en est pas moins vrai qu'il reproduit en cet endroit une théorie acceptée et développée par les stoïciens, notamment par Posidonius^.
Ce n'est pas à dire cependant qu'Ovide ait lui-même consulté ce philosophe dans le texte original. Au milieu du morceau où il traite des bouleversements du sol sont énumérés plusieurs noms de fleuves*; on a vu la une trace de désordre^, parce qu'il a groupé un peu plus loin ce qui concerne les cours d'eau®. Mais il y a une grande différence entre les deux passages ; dans le second il met en lumière les propriétés merveilleuses de certaines eaux, qui changent la nature des corps ; dans le premier au contraire il
1. Sénèque, Quest. nat., VI, 21, a: a Duo gênera sunt, ut Posidonio placek, quibus movetur terra. » Voyez les chapitres suivants, aa à 26 et II, a6, 3 : « Majorum nostrorum memoria, ut Posidonius tradit, cum insula in Aegeo mari surgeret, spumabat ante diu mare. »