‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 37 sur 251 · Jbid · texte numérisé non relu

Jbid

LES RECUEILS DE MÉTAMORPHOSES AVANT OVIDE 4l

tures que leur prêtait la fable ? Voilà ce que Boéus s'efforçait de montrer dans son poème didactique *. Ainsi l'aigle de mer et l'alcyon étaient d'un heureux présage, parce qu'ils avaient été métamorphosés par une faveur de Jupiter, au temps où ils s'appelaient Pandare et Aidonis ^. Au contraire la chouette n'annonçait que des malheurs, parce que, dans un moment de colère, Mercure avait imposé à Eumélus, un de ses ennemis, la forme de cet oiseau'*. On s'explique ainsi pourquoi l'auteur de VOrnithogonie avait cru bon de l'attribuer à une antique prêtresse de Delphes ; elle prenait l'apparence d'un recueil d'oracles, destiné à éclairer les humains sur l'art d'interpréter les signes de la volonté céleste.

Il y a pour nous, il faut bien l'avouer, quelque chose de bizarre dans tous ces écrits ; nous avons peine à concevoir comment on a pu goûter ce mélange de superstitions grossières et de prétentions didactiques, ces raffinements d'immoralité qui se cachent sous des dehors religieux, enfin ces compositions nécessairement décousues, où des fables sans rapport entre elles sont rattachées par un semblant d idée. Cependant on se tromperait beaucoup, si on croyait que ce sentiment a été celui des premiers lecteurs, et surtout celui des Romains. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les poètes latins, qui ont vécu au temps de César et d'Auguste, pour se convaincre qu'ils ont été charmés par ces récits merveilleux, et pour s'expliquer comment Ovide a été conduit à s'en inspirer. Que chante Catulle dans l'élégie sur la Boucle de cheveux de Bérénice, sinon une métamorphose ? A côté de lui son ami Cinna consacre une laborieuse épopée aux infortunes de Smyrna, qui fut changée en oiseau de mer; Cicéron, dans un poème en hexamètres, intitulé les Alcyons, retrace la douloureuse histoire de Céyx * ; Virgile montre à l'occasion qu'il connaît les métamorphoses célèbres, et non les moins étranges ; parmi les héroïnes qui peuplent les enfers, il n'hésite pas à évoquer l'ombre de Cénée, qui fut d'abord une jeune fille, puis un. homme, et qui a

Page 1