‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 38 sur 251 · Non. Marcell.,1, p · texte numérisé non relu

Non. Marcell.,1, p

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enfin répris pour toujours son premier sexe dans l'empire des morts*. Ailleurs il transforme en nymphes les navires d'Enée*. Dans les passages où il rapporte ces prodiges, la touche du poète est aussi sobre et aussi légère que celle des modèles grecs de la grande époque. Mais on n'en peut pas dire autant de Tanonyme qui, peu de temps après, a écrit la pièce intitulée ÏAigrette (Ciris). Il raconte le châtiment de Scylla, attachée au mât d'un navire par Minos qu'elle aimait, et pour qui elle avait livré sa patrie; Amphitrite, ayant eu pitié d'elle, mit fin à son supplice et fit d'elle l'oiseau de mer qu'on appelle une aigrette. Il ne faut pas moins d'une trentaine de vers à l'auteur pour analyser cette métamorphose, et il ne se contente pas de nous dire ce que devient son héroïne; il nous dit aussi ce qu'elle aurait pu être, et ce qu'elle ne fut pas. Jamais l'ingéniosité d'Ovide n'a fait dans ces sortes de peintures un effort plus prolongé pour donner l'illusion d'un phénomène réel: « Émue par tant de souffrances, la souveraine du royaume azuré, l'épouse de Neptune, métamorphosa les membres de cette vierge infortunée. Cependant elle ne voulut pas revêtir la jeune fille d'une tunique d'écaillés et exposer une si tendre créature à la dent perfide des poissons ; le troupeau d'Amphitrite est trop vorace. Elle aima mieux l'enlever dans l'espace sur des ailes aériennes ; ainsi apparut dans le monde celle qu'on appela en souvenir de son forfait Ciris ^, Ciris plus belle que le cygne amycléen de Léda. Comme on voit dans la blanche substance de l* œuf germer la tendre ébauche de Vanimaly et d'imparfaits ligaments flotter et s'unir sous l'action d'une chaleur nouçellcy ainsi le corps de Scylla baigné de tous côtés par les eaux, ainsi ses membres, déjà parties indécises d'une bête à demi formée, enfantaient et subissaient mille changements. D'abord ce gracieux visage, ces lèvres qui provoquèrent tant de désirs, ce beau et large front, se développèrent en se rapprochant ; le menton s'allongea en un bec effilé. Puis sur la ligne qui partage la tête par le milieu, voilà que tout à coup une aigrette de pourpre, image de l'insigne paternel, agita au sommet sa pointe mobile. Un moelleux duvet, où se mêlaient plusieurs couleurs, revêtit de sa légère enveloppe

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