I. Horace, Art poéf
LE CHOIX DES FABLES 'jS
exprès : le nom commun de Toiseau devenait un nom propre, qu'il supposait avoir été porté à l'origine par un héros. Boéus avait à ranger parmi les oiseaux de bon ou de mauvais augure l'épervier, le vautour, le héron, le bruant, le chardonneret, la chouette, la grive, le geai et l'effraie ; a son commandement apparaissent Hiérax, iEgypios, Érodios, Schœneus, Acanthyllis, Byssa, Laios, Céléos, iEgolios *, toute une phalange qui pénètre à la fois, de gré ou de force, dans le monde héroïque. Il y a même, à côté des espèces communes, des variétés, dont la description devait être prise chez les naturalistes : tel VhypsiaietoSy qui se distingue de l'aigle proprement dit par la grandeur de sa taille et par la couleur plus claire de son plumage*. Ailleurs Boéus désignait l'oiseau par une périphrase poétique, et cet oiseau est si peu commun que Libéralis, ne pouvant en retrouver le nom précis, s'est borné à résumer la description : Aegypius et Néophron sont changés tous deux en oiseaux de la famille des vautours ; mais le second est plus petit que le premier et d'une autre couleur^. On peut juger par là de l'effort que cette mythologie savante avait dû faire pour ne jamais être en reste avec la zoologie. L'effort est d'ailleurs plus apparent que réel; car la fable ne varie guère : une divinité a été outragée ; elle se venge en Métamorphosant les coupables ; ou bien au contraire des héros malheureux, qu'une divinité protège, sont préservés d'une mort affreuse par une transformation subite ; il n'y a que les noms qui changent. Sans doute beaucoup de fables qui ont eu plus de succès avaient été conçues sur le même type; celles d'Alcyone, de Picus, d'Echo, de Narcisse, d'Hyacinthe, de Cyparissus ou de Daphné n'ont pas été formées par une autre méthode que celles qui sont propres au recueil de Boéus ; mais c'est précisément parce que de pareilles inventions étaient trop faciles, qu'il fallait savoir y mettre un terme.
Ovide a le mérite de l'avoir senti ; si nous avons pu surprendre chez lui un certain goût pour les nouveautés, elles y sont, somme toute, l'exception. Sur douze fables de Boéus il y en a sept qu'il lui a laissées*, et ce sont justement celles où l'abus du procédé est le plus manifeste. Encore ne connaissons-nous pas toutes les