I. Sur ce sujet voyez notamment Liebau, p. 7. a. Kiiasiç
tains problèmes archéologiques? Mais si Ovide a été sur ce point plus difficile que ses prédécesseurs il faut Ten féliciter ; car on peut bien se dispenser de viser h Tunité dans un poème où Ton expose des connaissances générales et théoriques ; elle est tout a fait nécessaire dans un poème narratif, surtout lorsqu'il présente une étendue considérable ; à supposer qu'Ovide ait conçu les Métamorphoses comme un poème didactique, ce qu'il enseigne ce sont des faits ; il fallait qu'il trouvât le moyen de les ordonner de telle sorte que l'exposition fût claire et intéressante. Il nous dit lui-même ce qu'il a voulu faire, quand il adresse cette prière aux dieux : « Favorisez mes desseins et conduisez mon poème sans interruption depuis l'origine du monde jusqu'à mon temps;
coeptis Adspirate mais primaque ab origine mundi Ad mea perpetuum deduclte tempera carmen ^ »
Ainsi les Métamorphoses formeront un carmen perpetuum^ où les fables s'enchaîneront dans un ordre historique, ou censé tel. Et en effet du moment qu'elles deviennent l'objet principal, au lieu de servir à élucider des questions d'érudition, ce plan est le seul qui convienne.
Mais Ovide a-t-il imaginé lui-même de l'appliquer à son sujet ? Nous connaissons trop mal les auteurs de Métamorphoses pour l'affirmer absolument ; nous ne pouvons parler avec quelque précision que de Boéus et de Nicandre; les autres nous échappent. Élevons donc un peu la question ; un poète, grec ou latin, quel qu'il soit, a classé ainsi dans un ordre apparent de consécution des légendes très disparates. Quel est dans la littérature grecque, le genre de poèmes dont se rapproche cette méthode de composition ? Ce ne sont pas assurément les épopées homériques : même à les prendre comme l'œuvre collective d'une série de poètes, elles ont chacune un sujet dominant, qu'on ne perd point de vue au milieu des accroissements successifs du texte. Ce n'est pas l'épopée d'Apollonius de Rhodes ; elle comporte bien des digressions et des morceaux à effet ; mais on y trouve un héros principal et une action suivie, quia ses limites. Ce n'est pas davan-
I. Ov., I, a-4. Ovide semble bien ici se rappeler le préambule de VHécalé, où Gallimaque répondait à ses adversaires: « lis me reprochent, disait-il, de n'avoir janaais su composer un poème un et continu, eivsxsv où/^ ev àsiajxa SiTjvexèç rjvuaa. » CalLimacheaj Schneider, t. II, fragm. 287; cf. p. 176. Le cas d'Ovide est tout pareil.
tage VHécalé de Callimaque, petite composition de moins de cinq cents vers, où l'auteur, avec la netteté un peu sèche qui lui était propre, avait concentré tout l'intérêt sur un épisode unique, choisi entre beaucoup d'autres dans la légende de Thésée. Ovide, ou son modèle, semble avoir reproduit un type de composition qui n'est ni si ancien, ni si récent. Il y a eu, après Homère, après Hésiode, une période où cette idée de ranger les mythes dans un ordre chronologique a donné naissance à toute une famille d'ouvrages en vers ; on voit alors l'épopée et le poème didactique se pénétrer mutuellement ; d'une part les poètes cycliques recueillent en les coordonnant les traditions qui étaientrestées en dehors des limites de V Iliade et de V Odyssée \ de l'autre des inconnus, couverts du grand nom d'Hésiode, s'attachent à fixer les généalogies des dieux et des héros. Les uns et les autres, prédécesseurs immédiats des premiers logographes, se proposent également de faire œuvre instructive. Alors un poète cyclique, Pisandre, publie ses Théogamies héroïques ; et c'est aussi le moment où se répandent, sous le nom d'Hésiode, la Théogonie et le Catalogue des héroïnes aimées par les dieux, cet ouvrage qu'un ancien a appelé « une épopée en l'honneur des femmes* ». Nous avons là, à n'en pas douter, comme le premier germe des Metamorphoses d'Ovide ; ces exemples nous autorisent suffisammient à ne pas leur marchander le nom d'épopée*. Ovide n'a pas pu prendre ailleurs l'idée de cette chronique fabuleuse, qui remonte jusqu'à l'origine même de l'univers, et où tous les faits semblent s'enchaîner régulièrement d'un âge à l'autre. Comme les poètes cycliques, il a l'air de tourner autour des deux chefs-d'œuvre d'Homère ; il faut aller jusqu'au livre XII pour arriver au siège de Troie ; puis, quand Tauteur nous a conduits jusque-là, il passe brusquement par-dessus les dix années de la guerre et mentionne en quelques vers la mort d'Hector et la mort d'Achille'; les modèles qu'il parait utiliser dans la direction générale du récit, ce sont, pour la période antérieure au sujet de \ Iliade, les Chants cjrpriens jde Stasinus, pour la période postérieure, VEthiopide d'Arctinus et la Petite Riade de Leschès*. De même au chant XIV,