‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 75 sur 251 · Korn et Ehwald sur XII, 39, 575 et XIII, i · texte numérisé non relu

Korn et Ehwald sur XII, 39, 575 et XIII, i

il dit ce que fit Polyphème après la fuite d'Ulysse*; une seule fois il taille résolument en pleine Odyssée, lorsqu'il raconte le séjour d'Ulysse dans Tîle de Circé '. En somme, à ne considérer que l'ensemble, les Métamorphoses suivent la marche des poèmes cycliques, et même il est probable qu'Ovide en a tiré plus d'une fois les éléments du récit jusqu'à l'apparition d'Énée, c'est-à-dire presque jusqu'à la fin du treizième chant.

Tels sont les rapports que son ouvrage présente, quant à la composition, avec la poésie des anciens âges. Mais il n'y en a pas d'autres. Nous ne voyons pas qu'aucun des poètes cycliques ait jamais parcouru une carrière aussi vaste ; Ovide ne choisit pas parmi eux un guide unique ; il effleure en passant les diverses parties du cycle tout entier. II ne se distingue pas moins des successeurs d'Hésiode; rien chez lui de cette ordonnance si régulière, qui apparaît, par exemple, dans la Théogonie, à la condition de dégager le texte des morceaux plus récents qui s'y sont introduits^. Ces vieux aèdes vont tout droit leur chemin, sauf à presser le pas quand ils se sont attardés ; ils font fi des transitions et des combinaisons savantes qui mettent un lien entre les fables ; l'auteur des Catalogues^ célébrant dans son quatrième livre les mortelles aimées par les dieux, entamait l'histoire de chacune d'elles par ces simples mots : « Telle fut Alcmène », « Telle fut Coronis », ou encore « Telle fut Antiope. » N'insistons pas sur ces contrastes manifestes. On sait le goût des Alexandrins pour les ouvrages attribués à Hésiode ; peut-être l'ont-ils communiqué à Ovide ; mais à coup sûr ce qu'ils lui ont appris surtout c'est l'art de transformer par un habile enchevêtrement des parties les naïves énumérations des épopées primitives ; il n'y a pas dans la littérature latine un ouvrage qui offre plus d'exemples de ce système que les Métamorphoses.

Le sujet n'avait pas seulement le défaut d'être trop vaste ; si le poète l'avait traité d'une manière purement didactique, il ne pouvait guère éviter que le développement parût à la fois monotone et décousu ; monotone, parce que beaucoup de ces drames mythologiques se nouaient de la même manière, et que dans tous on aboutissait au même dénouement ; décousu, parce que le lieu de la scène devait changer à chaque instant, et que, dans la multi-

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