Ov., IX
7 Ov., I, 453-567, 568-760, 689-712
LA COMPOSITION q3
espacer les trois fables autant qu^il l'aurait voulu ; s'il les réunit c'est qu'il se sent très capable de tirer de ce rapprochement même des effets variés. Dans l'aventure de Daphné, ce qu'il met en pleine lumière, c'est, pour ainsi dire, le premier acte, la poursuite ; comme le dieu, nous n'avons de regards que pour la nymphe qui fuit ; au moment où elle tombe, la scène est à peu ^ près finie. Au contraire, dans l'épisode où parait lo nous arrivons presque tout de suite au dernier acte, à sa métamorphose, à la douleur de son père, au meurtre d'Argus ; nous voyons la malheureuse victime de Junon fuir éperdue à travers le monde ; et enfin Ovide nous montre sa délivrance et son apothéose. L'histoire de Syrinx, glissée entre les deux autres, est abrégée par un de ces subterfuges imprévus, qui sont les trouvailles des gens d'esprit ; il sera bien difficile que la déclaration de Pan courant derrière Syrinx ne rappelle pas celle d'Apollon à Daphné ; Ovide suppose que l'aventure de Syrinx est contée par Mercure à Argus; le dieu s'interrompt brusquement, parce qu'il s'aperçoit que le monstre s'est endormi* et que l'occasion est propice pour le tuer. C'était l'instant précis où il allait rapporter la déclaration de Pan ; elle est donc indiquée d'un mot et quelques vers rapides résument en style indirect le dénouement. Il est impossible de se jouer avec plus de souplesse d'une difficulté qu'on s'est soimême créée à plaisir. On pourrait même aller plus loin et d?re que cette recherche de la variété dans la composition fait oublier à Ovide tout le reste. Depuis Fontenelle* on s'est beaucoup moqué du long discours où Apollon énumère ses propres mérites tout en courant sur les traces de Daphné ; et en effet Ovide a commis là une indiscutable faute de goût. Mais probablement il lui aura semblé que sans ce discours la fable était bien maigre, et qu'elle ne formait pas un contraste suffisant avec celles qui suivent ; il en était à son premier livre ; il n'était pas encore blasé sur ces histoires de nymphes poursuivies ; il a voulu nous donner une fois le tableau dans tous ses détails ; il ne nous fait grâce de rien, pas même des propos enflammés d'Apollon, s'ils peuvent nous apprendre que ses dieux savent être galants jusque dans les violences de leur amour*.
1. Fontenelle, Diverses petites pièces de poésie. Sonnet dans ses OEuvres coni' plètes (1818), t. III, p. 161.