LA POÉSIE ROMANESQUE, L IDYLLE ET L ÉLÉGIE
rien dé commun avec de pareilles inventions, on pourrait trouver que Vénus est bien cruelle pour la jeune.fille, lorsqu'elle la punit de s'être refusée à un prétendant qu'elle n'aimait pas. Mais chez Hermésianax l'héroïne, en allant voir passer le cadavre du désespéré, voulait l'insulter une dernière fois ; Ovide a adouci ce dernier trait, comme s'il l'avait trouvé trop odieux pour être vraisemblable ; Anaxarète est punie au moment même où pour la première fois elle partage la commisération générale ; c'est peu logique, mais le sentiment est plus humaine
Ovide n'a pas tenté une seule fois dans les Métamorphoses une peinture complète et détaillée de l'amante abandonnée ou trahie ; on en comprend aisément la raison; il était assez inventif pour ne pas se laisser décourager par l'Ariane de Catulle ou la Didon de Virgile^; mais il avait déjà traité ce thème abondamment dans les Héî'oïdes; la plus grande, partie du recueil était remplie par les plaintes des infortunées que la nécessité ou une rivale avait séparées de leurs aniants. Aussi le poète, cette fois, passe rapidement sur les tristes aventures de Médée, d'Ariane et de Déjanire'^. Dans l'histoire de Céphale et de Procris il a esquissé à grands traits la situation de deux époux que tourmente la jalousie et qui tour à tour se soupçonnent injustement l'un l'autre, jusqu'au jour où l'un des deux tombe victime d'un accident auquel il s'est exposé par cette folle inquiétude *. Mais ici Ovide n'a pas poussé très loin l'analyse des passions, et de plus nous ignorons quel a été son modèle ; son récit diffère sur plusieurs points de celui que Libéralis a tiré des Métamorphoses de Nicandre ^ : c'est tout ce qu'il nous est permis de constater ®.
1. Anton. Liber,, 89: a 'ApatvoT) Tcpoç û6ptv è:T:s0i5[jLr)a£v tô cfûfjLa tSeïv. » Ov., XIV, 761 : « Mota tamen : Videamus, ait, miserabile funus. »
2. Ovide n'hésitait pas à reprendre un sujet déjà traité par un de ses prédécesseurs latins, quand il le trouvait à son goût. Sénèque (^Lettre 79. 5) fait très justement cette remarque : a Quem locum (la description de l'Etna) quominus Ovidius tractaret (Met, XV, 34o) nihil obstitit quod jam Vergilius (En., Ul, 571) impleverat ; [ei] praeterea féliciter hic locus se dédit. »