‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 3 sur 256 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

cialetnent et à faire refleurir sur le sol romain la tradition de l'alexandrinisme ? Tel est le sujet que je me suis proposé d'examiner dans ce livre.

Depuis une vingtaine d'années on a analysé avec un soin minutieux les fables contenues dans les Métamorphoses pour en retrouver l'origine, la filiation et le sens caché. On s'est demandé dans quel pays elles avaient pris naissance, quels écrivains les avaient développées, comment elles s'étaient transmises des uns aux autres, et avec quelles variations. Quoique ces travaux n'eussent pas toujours directement Ovide pour but, je ne pouvais m'en désintéresser ; car les versions qu'il a accueillies fournissent souvent des indications utiles sur ses sources littéraires ; ainsi nous sommes très tenté de croire qu'il a imité les Bacchantes d'Euripide ; mais si sa narration repose sur une version différente, il est probable pour le moins qu'il ne s'est pas inspiré uniquement de cette tragédie. Les dissertations consacrées aux mythes des Métamorphoses se sont beaucoup multipliées dans ces derniers temps ; je suis heureux de déclarer qu'elles m'ont été d'un précieux secours. Mais je crois aussi que l'étude des versions adoptées par le poète ne conduit pas toujours à des conclusions certaines sur ses modèles et qu'elle peut même nous égarer : personne ne connaît la véritable source de la légende de Philémoii et Baucis ; pourtant un des points sur lesquels on s'accorde le mieux, c'est qu'Ovide y a imité ÏHécalé de Gallimaque ; donc les noms, les personnages et le lieu de la scène ne sont pas tout, et il est à craindre que l'on n'ait mis quelque intempérance dans les inductions que l'on en a tirées. En général, je me suis attaché à exposer des résultats acquis plutôt qu'à discuter et à proposer des hypothèses ; l'étendue considérable de la matière m'en faisait une loi, et aussi la conviction oii j'étais, que je n'aurais pu que substituer des chimères à d'autres. Parmi les poètes alexandrins un petit nombre seulement ont été épargnés parle temps ; la prudence est donc ici particulièrement nécessaire ; car il nous faut toujours tenir compte de ce qui nous manque. A la condition de nous défier sans cesse de nos lumières, ces sortes d'enquêtes peuvent avoir une grande utilité ; elles nous

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forcent à décomposer pièce à pièce les œuvres des auteurs anciens et nous permettent de pénétrer plus avant dans leurs desseins ; c'est un exercice qui a encore son prix, même quand on ne se flatte pas d'arriver à la certitude.

Ovide n'a pas subi seulement l'influence des poètes grecs ; souvent aussi il a fait des emprunts aux écrivains de sa nation. Je n'avais pas à rechercher ce qu'il leur doit ; cependant je n'ai pu m'en dispenser, quand j'ai abordé certains passages des Métamorphoses, où il y a lieu de se demander si la source est grecque ou latine ; négliger les Latins en pareil cas eût été fausser l'enquête et donner pour résolu ce qui est précisément en question. Quelquefois aussi Ovide a lutté avec d'autres poètes latins dans l'imitation d'un même modèle grec ; il a fallu, pour bien comprendre Ovide, le comparer à ces poètes. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer ici, par exception, les noms des tragiques latins, de Varron ou de Virgile.

Paris, 4 juillet 1904.

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