‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 92 sur 256 · Ov., XV · texte numérisé non relu

Ov., XV

XIX, — Lafaye. — Ovide. 7

doutes sur la réalité des métamorphoses elles-mêmes, comme le montre par exemple ce passage : « Achéloûs avait fait silence ; tous étaient émerveillés d'un si grand prodige ; mais, plein d'orgueil et de mépris pour les dieux, le fils d'Ixion* raille la crédulité de ses compagnons : ce sont des fables que tu nous contes, dit-il, et tu prêtes aux dieux trop de pouvoir, Achéloûs, si tu crois qu'ils puissent donner aux corps certaines formes et les leur retirer.

Ficta refers nimiumque putas, Acheloe, potentes Esse deos, dixit, si dant adimuntque figuras. »

Ovide, il est vrai, prend ses précautions : il a soin de présenter le fils d'Ixion, Pirithoûs, comme un impie, dont les discours font horreur à ceux qui l'écoutent et provoquent aussitôt une protestation indignée : « De telles paroles excitèrent à la fois l'étonnement et le blâme universels ; le premier, Lélex, dont l'âge avait mûri la raison, s'exprima ainsi : la puissance du ciel est immense et ne connaît pas de limites; les dieux n'ont qu'à vouloir : ils sont obéis ;

immensa est finemque potentia caeli Non habet, et quicquid superi voluere, peractum est-, »

Voilà qui justifie le poète d'avoir choisi le sujet qu'il traite ; mais nous sentons trop que son Pirithoûs , est un Romain du temps d'Auguste, qui a lu les vers de Lucrèce, et que dans ce Pirithoûs il y a un peu de l'esprit d'Ovide lui-même. En tout cas le débat, à lui seul, est déjà de trop. Nous assistons à une scène analogue lorsqu'Ovide nous introduit dans la demeure des Minyades. Les merveilles racontées par Leuconoé charment les oreilles de ses compagnes. « Les unes refusent d'y croire, les autres soutiennent que les dieux véritables peuvent tout.

Pars fieri potuisse negant ; pars omnia veros Posse deos memorant^. »

Nous sommes ici très loin non seulement du monde héroïque, mais même de l'âge où les poètes croyaient aux légendes ; on en a trop créé de nouvelles et de contradictoires ; il faut bien choisir; à cette tâche l'esprit des poètes a perdu toute ingénuité. Callimaque écrit dans son Hymnç à Diane: a On dit que tu aimas* la

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