‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 10 sur 40 · EULER · texte numérisé non relu

EULER

ILRY

Goliath de Drury (mâle).

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Fig.

côtes de Guinée et du Gabon, vivant de la séve des arbres, d’un blanc ou d’un jaune mat, avec des taches ou des bandes d’un noir velouté (fig. 75); les femelles n'ont pas la tête bicorne des mâles et leurs jambes de devant sont munies d’épines, sans doute pour fouiller les arbres pourris où elles pondent ; puisles Trichies, communes en France sur les fleurs, à bandes parallèles noires et jaunes, dont les larves vivent à l'intérieur des vieilles poutres en respectant leur superficie.

Les cultures maraichères, qui emploient fréquemment aux environs de Paris la tannée de

Fig. 76. Fig. 71.

Tête d'oryete nasicorne mâle. Tête de la femelle.

l'écorce de chêne, ont rendu très-commun un gros coléoptère brun, bien connu sous les noms de rhinocéros ou de licorne (oryctes nasicornis). II est beaucoup plus rare dans les bois où se rencontrent peu souvent les écorces assez divisées pour ses larves. Le mâle porte sur le front une corne dont la femelle est dépourvue (fig. 76, 77). Les larves vivent trois ou quatre ans, analogues à celles du hanneton, mais bien plus fortes ; elles mangent les détritus ligneux du terreau et attaquent aussi les racines des plantes. De même en Amérique les énormes scarabtes, tels que les scarabées Hercule et Jupiter, ont sur

la tête, chez les mâles, de longs appendices dont manquent les femelles. Leurs larves vivent dans les bois décomposés.

La prédilection des larves de ce groupe pour les matières ligneuses altérées nous explique les précieux services rendus par certains insectes pour débarrasser le sol des excréments des animaux herbivores. Les mœurs les plus curieuses sont celles de scarabées de genres voisins, plaçant leurs œufs dans de petites boules de fiente qu’ils roulent, et qu’ils enterrent. Les larves se développent dans ces boules, au milieu des aliments azotés qui leur conviennent.

Nous devons donner le premier rang, parmi les rouleurs de boules, aux ateuchus, à cause de la vénération qu'avaient pour certains de ces insectes les anciens Égyptiens. Le plus célèbre est l'ateuchus sacré, qui se trouve dans le Midi de la France, et plus ordinairement en Provence qu’en Languedoc; il est commun à Marseille sur les bords de la mer, du côté de Montredon. Il habite en général tout le littoral de la Méditerranée, et remonte jusqu’à Montpellier. On le trouve à Cette, à Perpignan, etc. Il déploie, sous l'influence de la chaleur solaire surtout, une activité incroyable. IL choisit d’ordinaire un terrain en pente pour y placer sa boule. On voit souvent, au printemps ainsi qu’au commencement de l’été, dans les dunes ou dans les sables du bord de la mer, les ateuchus se livrer au travail nécessaire pour enfouir leurs pilules. Hs grattent avec une grande vivacité la terre qu’ils amoncellent d'abord derrière leurs pieds de derrière, puis, se

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Fig. T8. — Scarabées sacrés roulant leurs boules.

retournant et se servant de leur front comme d’une pelle, ils poussent plus loin les débris qui les embarrassent.

Leur front large est muni de six dentelures, comme des rayons, et leurs pattes antérieures sont dépourvues de tarses qui auraient pu se briser en fouissant, ou, peut-être, tombent-ils immédiatement; la jambe étalée et tranchante fonctionne comme une pioche. C’estentre les pattes de derrière, longues, épineuses, arquées, que sont logées les boules, confectionnées avec les débris stercoraires séparés des pailles et des grains non digérés. L’insecte marche à reculons sur les quatre pattes de devant, jusqu’à ce que, parvenu au trou qu'il a creusé, 1l y précipite sa boule. On peut dire que les ateuchus contribuent à la salubrité atmosphérique et à disséminer les engrais dans le sol. Les larves qui sortent des œufs déposés dans les boules sont conformées sur le plan commun des larves de scarabées, dont le type est la larve du hanneton. Elles vivent en terre, dans les trous où ont été projetées les boules et aux dépens de la matière de celles-ci; c'est là aussi qu’elles deviennent nymphes dans une coque de terre et de débris.

Les ateuchus, avons-nous dit, sont obligés de marcher à reculons; ils sont renversés fréquemment pour peu que le terrain soit inégal, et se relèvent avec peine. Ces difficultés, loin de les rebuter, semblent redoubler leur zèle. Ils font concourir leurs efforts à un but commun, et, pour l'obtenir, paraissent fort indifférents au droit de propriété ;

quand une boule, par la culbute de son possesseur,

vient à rouler au loin, un autre s’en saisit, et le dépossédé relevé de sa chute prend la première boule qu'il voit à sa portée, ou travaille avec ardeur à en faire une nouvelle.

Les prêtres égyptiens, à l'aspect des ateuchus, de leurs boules roulant sans cesse comme le monde dont ils trouvaient l'emblème, comparèrent leurs travaux à ceux d’Osiris ou du Soleil.

D’après Porphyre, on honorait l'ateuchus sacré comme la figure de cet astre. Aussi les monuments, les hiéroglyphes représentent, multipliée de mille facons, l'image du scarabée sacré; il est ciselé, quelquefois de taille gigantesque, sur les murs des temples, sur les chapiteaux des colonnes, sur les obélisques, gravé sur les pierres précieuses, sur des médaillons, des cachets, des grains de colliers ou de chapelets. Il était le symbole de la transmigration des âmes et placé dans la tombe des personnes pieuses comme un dieu tutélaire. Une momie rapportée de l'expédition d'Égypte, par E. Geoffroy Saint-Hilaire, renfermait un scarabée sacré parfaitement conservé, Les mages et les empiriques le pendaient en amulette, d’après Pline, au bras sauche des malades qu'il devait guérir des fièvres intermiltentes; le zodiaque de Dendérah le présente dans les signes célestes au lieu du Scorpion des Grecs. Enfin cet insecte, sculpté au bas de la statue des héros, exprimait la vertu guerrière, exempte de toute faiblesse.

De tous les auteurs anciens qui ont parlé du scarabée sacré, Hor-Apollon est celui qui a traité ce sujet avec le plus d’étendue. Hlui a consacré le

COLÉOPTÈRES. 115 chapitre X d’un ouvrage intitulée : De la sagesse symbolique des Égyptiens, ouvrage mystique et compilation confuse qui ne mérite pas de citation textuelle. Nous y voyons que tous les individus des ateuchus étaient regardés comme mâles. Les boules demeuraient en terre vingt-huit jours, temps d’une révolution lunaire, pendant lequel la race du scarabée s'animait. Le vingt-neuvième jour, que l'insecte connait pour être celui de la conjonction de la lune avec le soleil et de la naissance du monde, il ouvre cette boule et la jette dans l’eau. Il en sort un nouveau scarabée.

Les anciens voyaient bien cet insecte enterrer sa boule, mais, convaincus de l'existence d’une génération spontanée, il fallait nécessairement supposer que l’insecte venait ensuite la déterrer et la Jeter dans Peau, élément nécessaire pour produire, selon leurs idées, avec le concours.de la chaleur, les êtres qui n'avaient ni père ni mère.

Un fait intéressant doit nous frapper dans les récits confus el erronés de Hor-Apollon. Il lance, dit-il, en parlant du scarabée sacré, des rayons analogues à ceux du soleil. On remarque fréquemment que les images sculptées de cet insecte ont été dorées. Latreille, dans son mémoire sur les insectes sacrés, avait d’abord supposé que les six dentelures du front représentaient les rayons de l’'astre, mais une intéressante découverte amena une hypothèse plus vraisemblable. En 1819, M. Cailliaud (de Nantes), découvrit à Méroë, sur le Nil Blanc, dans son voyage au Sennaar, un autre rouleur de boules, très-semblable de forme à l’ateuchus sacré.

avec six dents comme lui en avant de la tête; mais, au lieu de la couleur noire uniforme de l’insecte de la basse Égypte, celui-là présente une belle couleur d’un vert doré, rappelant en conséquence, par ses reflets, les rayons étincelants de l’astre du jour. Or les Égyptiens, originaires de l’Éthiopie, c'est-àdire des régions élevées de la vallée du Nil, vénérèrent d'abord ce brillant scarabée et, plus tard, quand le delta du Nil suffisamment accru devint habitable, ils y réunirent, dans une superstition commune, son noir congénère des bords méditerranéens.

C’est dans cette croyance trèsvraisemblable que Latreille a appelé la seconde espèce ateuchus des Égyptiens.

L'Europe ne renferme que des ateuchus d’un noir brillant. Outre l'ateuchus sacré,

Fig. D. on possède en France, dans les

Ateuchus à large cou. mêmes locahtés, une espèce de

dimensions moindres , l’ateu-

chus demi-ponctuë. L'espèce la plus réduite comme

taille, et qu’on rencontre dans notre pays le plus au nord, est lateuchus à large cou.

Le front a six dentelures, comme dans les précédents, mais les élytres sont fortement et régulièrement sillonnées. On voit cet insecte dans plusieurs de nos départements du Midi; il est commun près d’Aix en Provence. On le trouve dans l’Ardèche, et aussi, mais assez rarement, dans certaines parties des environs de Lyon, particulièrement sur les

monts-d'Or et les coteaux de la Pape. Il n’a pas été constaté aux environs de Paris, ni même, je crois, au centre de la France.

Les mœurs de toutes ces espèces sont toujours analogues à celles de lateuchus sacré. IT y a des espèces où les mâles aident, dit-on, parfois les femelles à rouler leurs boules. Ils paraissent d’habitude beaucoup moins occupés que leurs compagnes, et des observateurs peu attentifs leur ont fait Pinjure de les comparer à ces guerriers des peuplades sauvages, laissant aux femmes les pénibles travaux. Cependant, le fait seul que les mâles survivent à la fécondation et demeurent assidus auprès des femelles doit nous amener à une opinion plus conforme aux lois naturelles, qui ne laissent la vie qu'aux êtres nécessaires pour perpétuer l’œuvre du Créateur. Une espèce du midi de l'Espagne, étudiée sur les rivages de Malaga par M. de la Brülerie, nous donnera une idée exacte du rôle des mâles.

«En certains endroits de la plage sont parqués, dans des clôtures mobiles, des porcs en nombre considérable. L'élève de ces animaux est une des richesses de la contrée, et Malaga l'un des principaux marchés où on les conduit. Là où les pores ont séjourné, viennent bientôt les histérides, les lamellicornes coprophages, et notamment l’ateuchus cicatricosus. Je Le vis rouler ses boules.

«La femelle seule se charge de ce soin, et, comme les autres espèces du genre, marche à reculons et se sert de ses pattes de derrière pour maintenir son précieux fardeau. Le mâle surveille le travail avec un intérêt visible, mais sans y prendre une

part active. Qu'un obstacle se rencontre, et que la boule qui contient sa progéniture tombe dans une inégalité du sol, il faut voir comme ils’agite, tourne tout autour, pousse sa femelle du chaperon, et l’excite, j'allais dire de la voix, mais plutôt en faisant relentir, sur un {on désespéré, le bruit que produit le frottement de son abdomen contre ses élytres.

« Si l'observateur prend la femelle et la pose à terre, à quelque distance, le mâle redouble son cri plaintif. La femelle l'entend; elle parait imdécise, consulte les quatre points cardinaux, s'oriente enfin, et de sa course la plus rapide revient, tout en trébuchant, ressaisir la boule, objet de sa maternelle sollicitude.

« Vous accusez le mâle d’être un paresseux jouant le rôle de la mouche du coche. Mouche peut-être, mais mouche indispensable, car, si vous le prenez, la femelle s'arrête et reste la tête baissée sur le sable, de l'air le plus piteux du monde.

« Elle serre toujours sa boule dans ses pattes de derrière, mais rien ne la fera bouger, et, si on ne lui rend son compagnon, je crois qu’elle mourra sur place !. »

Un second groupe de constructeurs de boules est formé par les gymnopleures, de couleur noire, qu’on reconnait au premier abord parce que les flanes du premier arceau ventral sont mis à découvert par un rétrécissement brusque des élytres au-dessous des épaules. Is ont des tarses très-grèles anx membres antérieurs, de même que les sisyphes, du

MOUP CCD 022:

groupe suivant. Une espèce très-commune dans le midi de la France est le gymnopleure pilulaire. W abonde aux environs de Lyon. Ces insectes vivent rassemblés en troupe plus ou moins considérable, et couvrent parfois de leur multitude les déjections des chevaux et des bœufs ; mais, à peine les approche-t-on, surtout dans les journées chaudes, qu'ils s’envolent avec facilité, au point que, dans un instant, on n’en voit plus un seul.

On a trouvé cette espèce jusqu'à Pithiviers, mais Je ne crois pas qu’elle arrive plus près de Paris.On prend quelquefois, mais rarement, dans les chaudes journées de juin, près de la capitale, .

une seconde espèce Gymnopleure flacellé, de profil. de gymnopleure, un peu plus petite, à surface chagrinée, le Gymnopleure flagellé. Ces insectes recherchent les matières stercoraires des ruminants. Ils volent autour des chèvres etdes moutons, et, à défaut de leurs propres boules, se jettent sur les crottins et les roulent.

Quelquelois une véritable intelligence semble présider à leurs travaux. « Souvent, dit M. Mulsant, surtout parmi les scarabées!, qui construisent une pelote beaucoup plus grosse qu'eux, un ami obligeant vient prèter ses bons offices. Il se place sur le sommet du corps sphérique, et, en se

1 Hist. natur.des Coléopt. de France, Lamellicornes, 1842, p. 41.

penchant en avant, l’entraine dans un mouvement de rotation. Par moment un accident arrive : la boule tombe dans un trou, et y resterait inévitablement sans le secours de nouvelles forces nécessaires pour l’en extraire. Un gymnopleure auquel semblable mésaventure était arrivée se dirigea, dit Iliver, vers un tas de bouse voisin, et revint bientôt avec trois camarades ; tous quatre réunirent leurs efforts pour tirer la pelote du précipice, et ils y parvinrent enfin; ce résultat obtenu, les trois compagnons, dont la tâche était accomplie, s’en retournèrent aussitôt à leur ouvrage. »

Les sisyphes forment un troisième groupe, ainsi désigné par Latreille en souvenir de ce fils d'Éole et d’Arénète condamné, suivant la fable, à rouler au sommet d'une montagne un rocher qui lui échappait toujours au moment où 1l croyait toucher au terme de ses peines. Les Sisyphes ont le corps court et ramassé, les pattes grêles et très-élendues , surtout celles de derrière, qui sont courbées pour mieux embrasser la boule. Cet aspect des membres a valu le nom de bousier araignée (Gcoffroy) au sisyphe de Schæffer, la seule espèce d'Europe, qu’on a pris quelquefois accidentellement près de Paris. Ce noir et bizarre animal vit dans les matières les plus rebutantes; il marche gauchement à cause de ses longues pattes postérieures, se plait sur les

Fig. 81.

Sisyphe de Schæffer.

terrains en pente, les coteaux exposés au soleil. On peut dire de lui qu’il a la monomanie du jeu de boules ; sans relâche les sisyphes sont occupés à en construire ou à en rouler, et, souvent, ils contentent leur instinct, à peu de frais, avec des crottins de chèvres. Écoutons encore les curieuses observations de l’entomologiste lyonnais :

« Les mâles, écrit M. Mulsant, montrent en général un attachement moins vif que l’autre sexe pour ces petites pelotes qui doivent servir de berceau à leurs descendants. Souvent, pour mettre à l’épreuve leur amour maternel, il m'est arrivé de transporter dans la main un couple de sisyphes avec le fruit de leurs travaux. Dès que je leur rendais la liberté, le mâle en usait pour s'envoler ; la femelle ordinairement restait attachée à la pilule, objet de ses espérances, et se résignail à la conduire seule. J'ai vu quelques-unes de ces créatures surprises par la nuit avant d’avoir pu enterrer assez profondément leur globule; le lendemain, de grand matin, je les retrouvais le tenant entre leurs paltes, comme un trésor dont elles n'avaient pu se séparer. » Ces instincts affectueux sont propres à tous les scarabées rouleurs de boules.

En creusant la terre on trouve souvent, avec une boule, le couple d'insectes qui l’ont produite. On dirait qu'ils ont voulu rester attachés à cet objet pour veiller à sa conservation ou pour attendre, près de ce dépôt précieux, la mort qui doit mettre fin à leurs travaux.

Malgré l’odieuse exploration qu'exige l’étude des bousiers, nous oserons encore continuer un peu ce

sujet, tant les mœurs de ces insectes, toujours liées à leurs métamorphoses, tiennent en suspens la curiosité. La science n’est-elle pas comme le charbon ardent qui purifiait les lèvres du prophète Isaïe!

Les copris ne construisent pas habituellement de boules, mais creusent des trous proportionnés à leur taille sous les matières stercoraires, et y accumulent, mêlées à leurs œufs, les substances nécessaires à la nourriture des larves, qui, s’entourent, pour se transformer, d’une coque de bouse séchée. C’est ainsi qu'opère le copris lunaire ou bousier capucin de Geoffroy, très-commun dans le Midi, mais qu'on peut voir aussi près de Paris, surtout dans les lieux sablonneux où ont passé des chevaux. Il est d’un noir brillant et remarquable par les trois cornes qui ornent son corselet, celle du milieu étant la plus grande, et la corne qui se dresse au centre du front, longue et pointue dans le mäle, courte et tronquée chez la femelle. IL fait entendre une stridulation en frottant ses élytres contre le dos.

Les aphodiens sont les plus petits scarabées des fientes, les seuls communs dans les régions du Nord, existant même en Laponie. On les voit voler le soir en abondance sur les routes parsemées de déjections. Leur corps est arrondi et convexe en dessus, mais plat en dessous. Ils n'ont pas d'industrie, ne creusent pas la terre au-dessous des bouses dont ils se repaissent, dont ils ont percé la surface de petits trous et qu'ils sillonnent de galeries. Les femelles pondent dans le milieu où elles vivent, et c'est là que les larves se développent. Rien de plus

COLÉOPTÈRES. 123 commun que l'aphodie du fumier, noire, avec des élytres rouges striées. Quand on a bouleversé sa triste demeure, linsecte fait le mort. Les cuisses courtes et aplaties, les jambes larges et dentelées indiquent un fouisseur. Chose étrange ! de son asile immonde il sort net, sec et brillant, comme d’un bain immaculé.

Il est impossible de ne pas accorder notre attention aux géotrupes qui volent le soir, avec un bourdonnement sourd, sur tous nos chemins ; leur présence dans les airs indique au laboureur qui regagne sa chaumière que le temps sera beau le lendemain. Leur abdomen est très-court, et par contre leur thorax énorme, donnant attache à des pattes larges, crénelées, éperonnées, constituées pour fouir avec force. Ils font entendre une stridulation par le frottement d’une saillie de l’article d’articulation du membre postérieur, contre le bord de la cavité où il s’emboite. Leur corselet n’est pas armé de cornes, du moins dans les espèces ordinaires. Les géotrupes creusent sous les dé- Jections des trous verticaux ou obliques, ayant parfois plusieurs décimètres de profondeur, à louverture desquels ils se tiennent pendant le jour, occupés à satisfaire leur appétit et prêts à s’y réfugier en cas de danger. Le soir, après des mouvements répétés de leurs élytres à la façon des hannetons, pour gonfler d'air leur corps massif, ils se dressent sur leurs pattes de derrière et essayent de prendre leur essor ; mais souvent leur premier coup d’aile, frappant l'air avec trop de force, les rejette en arrière sur le dos, et ils doivent s’y reprendre à plu-

sieurs fois. Ils rasent la terre d'un vol court, lourd et sinueux, se frappent contre les obstacles et retombent étourdis. Si on cherche à les saisir, ils se renversent sur le sol et contrefont les morts, en étendant leurs pattes qui demeurent roides et sans fléchir aux articulations. Ces insectes sont tourmentés par une mullitude de gamases, petites arachnides d'un fauve terne, dont nous avons parlé à propos des nécrophores; ils couvrent souvent le corps des géotrupes. Les espèces les plus communes sont le géotrupe stercoraire, d’un noir brillant, le plus souvent avec reflet bleu ou bronzé, et le géotrupe printanier, plus petit, d’un bleu foncé à reflet rougeñtre, à élytres moins fortement striées.

Très-voisins des scarabtes et des hannetons par leurs larves et leurs nymphes, les lucanes ou cerfsvolants présentent quelques différences à l’état parfait. Leurs antennes sont coudées et les lamelles, au lieu de se replier comme les feuillets d’un livre, demeurent écartées. La plus grande espèce de notre pays, le lucane-cerf, d’un brun foncé, est bien connue par ses énormes mandibules, bifurquées à l'extrémité, crénelées, avec une forte dent au milieu. L'usage de ces énormes appendices qui simulent un bois de cerf, est mal connu ; ils n’existent que chez les mâles ; la femelle ou biche ne les offre qu'à l’état ordinaire (fig. 82, 83, 84, 85). Ils peuvent serrer la peau jusqu'au sang et soulever un poids considérable. Les Romains suspendaient ces mandibules cornues au cou de leurs enfants, pour les préserver des maladies du jeune âge. Linnæus dit qu'un éléphant qui aurait une force proportion-

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Lucane cerf-volant, larve, nymphe, insectes mâle et femelle.

Fig. 82, 85, 84, 85.

COLÉOPTÈRES. 127 née à celle d’un lucane, ébranlerait une montagne. On croit, dans certaines parties de l’Allemagne, qu'ils prennent des charbons ardents entre ces pinces et vont propager des incendies. Leurs mœurs sont douces, ils sucent avec délices, au moyen de leurs mâchoires en forme de houppe, les liqueurs qui suintent des crevasses des chênes. Ils mangent aussi les feuilles de ces arbres. Ils sont très-friands de miel et on prétend qu’ils peuvent s’apprivoiser. Swammerdam, dit-on, en avait un qui le suivait comme un chien quand il lui présentait du miel. Accrochés pendant le jour au tronc des chênes, ils ne volent que le soir et du vol le plus lourd, se tenant presque verticaux pour ne pas basculer par le poids de leurs gigantesques mandibules. Leur taille varie beaucoup. La collection du Muséum en présente deux énormes individus, provenant de la dernière expédition de Syrie. Ils étaient venus frapper avec tant de force dans le schako d'un capitaine commandant un détachement, que celui-ci erut d’abord à une agression à coups de pierres. La femelle pond ses œufs dans les vieux troncs de chêne. La larve enroulée, ressemblant beaucoup à celle des hannetons, à anneaux moins marqués, vit près de quatre ans et commet souvent de grands dégâts. On ne sait trop si c’est à cette larve ou à celle du grand capricorne, dont nous parlerons bientôt, qu’il faut rapporter ces vers, nommés cossus par les Romains, remplis d’une crème délicate, et qui figuraient avec honneur sur les tables de Lucullus. Les meilleurs à manger, dit Pline, sont les gros vers des chênes, ce qui se rapporte aux larves des deux genres. Les

dames demandaient à cette nourriture substantielle un embonpoint qui prolongeait leur beauté.

Pour se changer en nymphe, la larve s’enveloppe d'une coque de parcelle de bois agglutinée, et l’adulle passe souvent l'hiver dans cette coque après son éclosion pour se consolider.

Passons rapidement sur le triste groupe des mélasomes, coléoptères au manteau noir. Nous y rencontrons les blaps, dont l'espèce commune, la blaps obtusa, à odeur repoussante (fig. 86), et la blaps

Fig. 86. Fig. 87, 88.

Blaps obtus. Ténébrion de la farine et sa larve

mortisaga \(présage de mort), à élytres soudées avec une pointe terminale, sans ailes, se trainant dans les caves, les celliers, les grottes obscures, vivant de débris animaux et aussi des limaces de cave, et les ténébrions, habitant les boulangeries. Leurs larves séjournent dans la farine, ont un corps cylindrique et comme vernissé. Les amateurs d'oiseaux les recherchent pour nourrir les jeunes rossignols et divers oiseaux insectivores. Trop souvent nous en trouvons avec dégoût les débris dans le pain, ainsi que les restes noirs de l'adulte (fig. 87, 88).

Un très-grand intérêt sous le rapport des métamorphoses encore imparfaitement connues, s’attache à la famille des coléoptères vésicants, fournissant à l'art de guérir un puissant caustique dérivatif et aussi un dangereux poison. Les plus employés en Europe sont les cantharides, au corps et aux longues élytres molles, d’un beau vert brillant, s’abattant en immenses essaims sur les frênes, dont elles dévorent le feuillage, et quelquefois sur les lilas. Dans le midi de l'Europe, en Orient, en Chine, on se sert, comme vésicants, des mylabres, qu'on rencontre en grappes sur les fleurs des composées, les chicorées, les chardons, etc. Les Romains en faisaient le même usage, et la loi Cornelia punissait de mort les empoisonneurs par les mylabres. Enfin, au printemps surtout, dans les prairies, on voit courir des coléoptères d’un noir violet brillant, aux élytres très-courtes, sans ailes, et dont les femelles trainent avec peine un énorme abdomen rempli d'œufs. Les Allemands les nomment scarabées de mai (Maykæfer). Si on les saisit, ils replient leurs pattes, et de toutes leurs articulations suinte une liqueur jaune, onctueuse, fétide. Ce sont les bouprestis ou enflebœufs des anciens, car on à vu des bestiaux gonfler et mourir pour en avoir avalé. Dès le commencement d'avril, le méloë proscarabée, le plus commun, se rencontre en abondance dans les prairies qui sont contre le pont d'Ivry et bordent le confluent de la Seine et de la Marne. On à complétement ignoré longtemps les premiers états des coléoptères vésicants. Newport en Angleterre, M. Fabre en France, ont soulevé le voile en grande partie.

On avait rencontré sur diverses abeilles solitaires, construisant des nids en terre et les approvisionnant du miel des fleurs pour leur progémture, des petits êtres cramponnés dans leurs poils. On les prenait pour des parasites et ils furent décrits sous les noms de pou de la mélitte, de triongulin. Ce sont les premières larves des vésicants. Les nombreuses transformations d’une espèce nommée Sitaris huméral ont été observées par M. Fabre (fig. 89). La larve

Fig. 89. Fig. 90.

Sitaris huméral (grossi). Première larve (très-grossie).

est tour à tour carnivore et mellivore. La femelle va pondre à reculons dans les conduits terreux qui mènent aux nids des abeilles solitaires. De ces œufs sort une très-petite larve, d’un millimètre de longueur seulement, très-agile, à fortes mâchoires, à longues pattes, à longues antennes, avec des filets caudaux, une peau cuirassée et des yeux au nombre de quatre (fig. 90). Elle attend patiemment tout Phiver. Au printemps sortent du nid les mâles, éclos les premiers. Prestement elle s'accroche à leurs poils; ils la font passer soit directement, soit par linter-

COLÉOPTERES. 151 médiaire des fleurs où 1ls l’ont déposée, sur les femelles. Celles-ci ont fait un nid comme leur mère, ont garni les cellules d’un doux miel pour leurs enfants ; dans chacune doit être pondu un œuf. La petite larve a l’instinet de se laisser tomber sur cet œuf, l'ouvre, se nourrit de l'intérieur et se sert de la coque comme d’un radeau pour ne pas se noyer dans le lac de miel qui l'entoure. Après la mue parait une seconde larve (fig. 91). Combien

Fig. 91.

Deuxième larve. Pseudonymphe.

elle diffère de la première! Elle est aveugle, n’a que des pattes et une bouche à peme formées, un énorme ventre renflé. Elle mange peu à peu tout le miel de

Fig. 95. Fig. 94.

Troisième larve. Nymphe.

la cellule. Puis, dans la peau desséchée de cette seconde larve, mais distincte, se forme une pseudonymphe, ovalare, segmentée, inerte et ne mangeant pas, de couleur ambrée, passant l'hiver (fig. 92). Il en sort une troisième larve (fig. 93) très-analogue à la seconde, devenant bientôt une

nymphe ordinaire, d’un blanc jaunâtre, à organes repliés et d’où sort un sitaris adulte, ne vivant que peu de Jours pour la reproduction et la ponte (fig. 94).

Les méloës pondent dans de petits trous, sous les gazons, des amas d’œufs oblongs, d’un beau jaune citron. Les premières larves qui en sortent

Fig. 95. — Cantharide mâle Fig. 96. — Cantharide femelle

volant. avant la ponte.

grimpent aux fleurs, de là passent sur des mellifiques, et subissent toute une série analogue de transformations. Il doit en être de même, pour les mylabres el pour les cantharides, dont les femelles ont peine à voler, tant leur abdomen est gonflé par les œufs, tandis que les mâles volent vivement au soleil autour des frênes ou des lilas; mais l’observation directe est encore à faire (fig. 95, 96).

La plupart des coléoptères dont il nous reste à dire quelques mots ont des larves souvent sans pattes, molles, blanchâtres, ne se mouvant que par replation, vivant cachées dans les tiges, les graines, les fruits des végétaux. Ils se rattachent de plus ou moins près à uneimmense famille,les charançons ou porte-becs, comptant bien 20 000 espèces, offrant un

prolongement allongé du front qui porte les antennes, le plus souvent coudées. On leur donrie le nom latin de cureulio ou gurgulio, à cause de leur voracité et de leurs dégâts :

Le charançon ravage un vaste champ de blé Virg., Géorg., liv. E[, vers 185.

dit le poëte en parlant de la calandre des grains, fléau de nos réserves de céréales. Chacun de nos légumes secs a son hôte funeste. La bruche du pois, brune, tachetée de blanc, ne sort du pois

Fig. 97, 98. — Bruche du pois et pois percé.

qu'à la fin de l’été. Chaque femelle, qui peut pondre une centaine d'œufs, dépose à la fin de la floraison, sur la jeune gousse, un œuf par pois. La larve vide peu à peu le pois, qui grossit avec elle, et l’adulte sort en perçant un trou circulaire Wig. 97, 98). La bruche des fèves dépose ses œufs dans les champs de fèves et marque chaque fève d'un à trois points noirs. Une fève peut nourrir plusieurs larves. La lentille et la vesce ont aussi leurs bruches spéciales. C'est un charançon dont la larve dé xore la noisette et qui sort de la coque par un trou arrondi. Tous les végétaux sont rongés par une ou plusieurs espèces de ces coléoptères : ainsi la vigne,

les arbres fruitiers, les bouleaux, les peupliers, les coudriers, les pins et les sapins, etc. Il y a des charançons qui sautent au moyen de leurs pattes postérieures repliées. Ainsi les orchestes qui minent le parenchyme des feuilles. Le docteur Laboulhène à

Fig. 99. — Pissodes notatus.

décrit la métamorphose d'une de leurs espèces (Ann. Soc. ent. de France, 1858, p. 286). Parfois les femelles ont l'instinct de couper à demi les jeunes tiges ou les pétioles des feuilles oùelles doivent pondre, afin que la séve n’afflue que difficilement dans l'organe flétri et ne puisse étouffer les jeunes, larves (fig. 99). À côté, nous trouvons les scolytes, les hylésines, les bostriches, dont les larves vivent dans les galeries qu’elles creusent entre l'écorce et le bois des arbres de diverses essences (fig. 100): Chaque espèce a sa propre forme de galeries. Ces petites larves sont sans pattes, à peau très-froncée, repliées en deux, à bouche armée de pièces solides

COLÉOPTÈRES. 155 (fig. 101). Les adultes dévorent les feuilles des arbres où vivent les larves. On prétend que par là ils affaiblissent ces végétaux et les rendent plus faciles à attaquer par leurs larves, et que l'instinct les porte à choisir pour la ponte des arbres ou vieux ou lan-

Fig. 100. Fig. 101.

Hylésine du pin (grossi). Larve de scolyte replié (grossie).

guissants, moins résistants que ceux où abonde la séve. Ces insectes, qui creusent des galeries dans le bois, ont des mandibules si dures qu’il y a dans la science des exemples où ils ont perforé des plaques de plomb et même desclichés typographiques, formés d’un alliage plus dur que le plomb.

On dirait que certains charançons, principalement d'Amérique, cherchent à faire pardonner, par leurs riches couleurs, les méfaits de leur race. Cet éclat est dû, non aux téguments mêmes qui sont noirs, mais à de brillantes écailles, imbriquées comme les tuiles d’un toit, et que Le frottement enlève. Dans le midi de la France, vit sur les tamarix une petite espèce de cette sorte, verte avec points

d'un rouge vif, qui étincelle au soleil comme des perles de feu.

Ce sont encore des larves sans pattes, ou à pattes très-rudimentaires, et vivant dans les bois, qui produisent ces magnifiques coléoptères nommés richards ou buprestes, aux colorations Les plus vives, aux teintes métalliques (fig. 102). Aux Indes, en Chine, les femmes s'en servent pour leur coiffure ou comme pendants d'oreilles, et une mode analogue commence à s’introduire en France. La forme extérieure des buprestes rappelle un peu celle des taupins. Ils ne sautent pas, et, par une exception unique chez les coléoptères, leurs ailes ne sont pas repliées en deux sous les élytres. La France n’en possèdeque de petites espèces, surtout du Midi. Les larves sans pattes ont une petite tête, un très-large thorax, sont très-allongées et vont en s'amincissant, comme un pilon aplati. Elles vivent isolées entre l'écorce et le bois, se creusant des galeries irrégulières, et sont parfois, dit-on, de dix à vingt ans avant de donner Padulte. Nous figurons une de ces larves appar-tenant à une espèce qui vit dans les jeunes arbres des pins maritimes des Landes, le bupreste de Solier, larve bien propre à montrer la forme typique, et qui vit une année. Nous devons citer la plus grande espèce d'Europe, le Buprestis mariana, atteignant 0,02 de longueur. Il cst d'un beau vert foncé à

Fig. 402.

Bupreste impérial.

reflet cuivreux. 11 vit sous les écorces des arbres verts et se rencontre de la Suède à la Méditerranée, zone d'habitation très-étendue, fait wénéral pour les insectes des conifères.

Les buprestesn'ont que de petites antennes; mais leurs larves sont très-voisines, comme formes et comme mœurs, de celles des longicornes ou capricornes, dont les très-longues antennes, surtout chez les mâles, formées d’articles en Fig. 103.

fuseau, ont, dans certaines espèces, "5 ner" deux et trois fois l'étendue du corps. Le type de ces insectes est le grand capricorne (CGerambyx heros), qu'on rencontre en juin sur les chênes (fig. 104). Il est d’un brun presque noir. Le mieux pour les amateurs qui veulent recueillir toutes ces espèces à longues et si fragiles antennes est de les renfermer dans de grands sacs de toile pleins de feuilles. La larve, dite gros ver du bois, creuse ses larges galeries dans l’intérieur des chênes parvenus à toute leur croissance, et gâte les plus belles pièces de charpente. Elle est allongée, sans pattes, à thorax renflé, mais sans un rétrécissement aussi fort que chez les larves de buprestes (fig. 106). Toutes les larves de longicornes ont une forme qui rappelle, plus ou moins, celle d'un prisme à six pans, à arêtes obtuses. La tête est enchässée dans un prothorax très-développé, et les segments portent, en dessus et en dessous, de forts mamelons rétractiles, tantôt lisses, tantôt chagrinés, tantôt

tubereuleux. Parfois les pattes manquent complétement; quand elles existent au thorax elles sont très-courtes, et le genre de vie est le même, dans les galeries creusées dans les troncs et les branches, ce qui montre que ces pattes n'ont aucune importance. Certains longicornes répandent des odeurs agréables : il en est ainsi de cet élégant insecte, d’un vert métallique, vivant sur les saules, volant parfois à la forte ardeur du soleil de juin, et qui exhale le parfum pénétrant de la rose.

Le longicorne européen le plus curieux par la

Fig. 107,108, — Æstinomus edilis, mäle et femelle.

grandeur démesurée des antennes est celui que les entomologistes nomment Æstynomus edilis où montanus. Long de 0,012 à 0",015, il est un peu déprimé, d'une couleur cendrée, nébulense, avec un duvet jaunâtre et deux bandes arquées, irrégulières, brunâtres sur les élytres. La femelle porte en ar-

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rière un tube droit, lui servant à pondre sous les écorces. Les antennes sont près de trois fois aussi longues que le corps dans les femelles, et jusqu’à cinq fois aussi longues chez le mâle. De tels appendices antérieurs seraient bien gènants pour le vol; aussi ces insectes se tiennent fort tranquilles sur les troncs des pins ou des sapins dans lesquels ils ont passé leurs premiers états. On trouvera ces curieux insectes dans toutes les localités où existe un bois de conifères un peu étendu. Nous recommandons sous ce rapport la forêt de Fontainebleau aux jeunes amateurs parisiens. Les adultes éclosent en août et septembre, et la femelle fait aussitôt sa ponte, surtout sur les souches et tiges des arbres morts. La larve Fig. 409, 110.

est déjà parvenue à Larve et nymphe de l'Æstinomus edilis. moitié de sa crois-

sance à l'entrée de l'hiver, et creuse de larges galeries dans les couches intérieures de lécorce. Elle vit une année, du moins dans les pins maritimes des Landes où l’a observée M. Perris. Son corps est d’un blanc jaunâtre, entièrement revêtu de poils très-fins. Elle est aveugle et sans pattes. Elle a soin, en creusant le bois, de laisser toujours une épaisseur d’écorce ou d’aubier suffisante pour se protéger contre le bec des pics et la longue tarière des ichneumoniens, en prenant cette précaution

d’autre part, que l'épaisseur ne soit pas trop grande: il ne faut pas que l'insecte adulte demeure emprisonné et ne puisse la percer pour sortir. Elle se change en nymphe dans une cellule ainsi creusée dans la tige, en se retournant toujours de façon que la nymphe se trouve la tête en haut.

Un travail organique considérable s’opère alors, surtout pour le développementdes énormes antennes de l’adulte, remplaçant les très-petites antennes de la larve. La nymphe, couverte d'épines rousses, présente les longues antennes des mâles disposées avec une admirable symétrie. Elles forment un double peloton qui passe en dessous du corps entre les pattes; puis elles se contournent en décrivant trois quarts de cercle, et, remontant le long de la poitrine, passent par-dessus la tête, longent toute l'étendue dorsale du corps, et se courbent pour se croiser près de l'extrémité du dernier segment.

En terminant cette revue rapide des coléoptères, reparaissent des larves pourvues de pattes bien développées. Elles sont obligées de se déplacer pour ronger les feuilles de proche en proche. Les chrysomèles, à couleurs vives et tranchées, à corps globuleux, ont des larves ovoïdes, molles, sauf la tête coriace. Telle est la larve assez allongée, d’un gris verdàtre terne, qui dévore les feuilles des peupliers et des trembles. L'adulte a les élytres rouges et le corselet bronzé (fig. 111).

Les criocères ont des mœurs étranges. On trouve en abondance sur les lis des petits coléoptères, à élytres d’un rouge luisant, faisant entendre une petite stridulation lorsqu'on les saisit. La larve est

COLÉOPTÈRES. 145 très-molle et serait promptement desséchée par le soleil. Son anus se recourbe vers le dos et les excréments se projettent au-dessus de la larve, de façon à lui constituer un manteau protecteur d’où elle ne laisse sortir que la tête (fig. 112). Vient-on à

Fig. 111. — Larve de chrysomèle Fig. 112. — Criocère du lis, du peuplier. larve et adulte.

lui enlever ce vêtement malpropre et singulier, elle se met à manger avec voracité afin de réparer le plus promptement possible le désordre de sa toilette. Elle marche assez vite, en attaquant les feuilles de lis par le bord. La Criocère de l'asperge a des habitudes analogues. Ses élytres sont fauves, barrées de noir. Les larves des criocères deviennent nymphes en terre dans une petite coque. Les cassides, à corps aplati et élargi, leur ressemblent. La larve de la casside verte, qui vit sur les chardons et les artichauts, dont les côtés sont bordés d'épines rameuses, présente le dernier anneau du corps

recourbé sur le dos en une longue fourche. Cette fourche retient les peaux des mues et les excréments. Cette larve n’a pas un manteau, mais un parasol.

Les coccinelles ne nous rendent que des services et méritent bien leur nom de bêtes à bon Dieu, vaches à Dieu. Elles ont des points noirs sur leurs élytres globuleuses à fond rouge ou jaune, ou bien la disposition des couleurs est inverse, car ces insectes offrent de continuelles variétés (fig.115). Elles

Fig. 113. Fig. 114.

Coccinelle à sept points. Sa larve grossie.

laissent suinter une humeur jaune, fétide, moyen de défense. Si elles se promènent sur les végétaux, ce n’est pas pour leur nuire, mais pour les débarrasser d’ennemis acharnés. Elles pondent, en petits tas, des œufs jaunes, allongés, au milieu des pucerons. Les larves à six pattes, que Réaumur nomme vers mangeurs de pucerons, ont un corps allongé et mou, hérissé de petits tubercules de couleur chocolat ou bleuâtre, avec des taches jaunes ou rouges (fig. 114). Leur extrémité postérieure est munie d’un mamelon visqueux, qui leur sert à marcher et à s'accrocher. Leurs pattes antérieures s opposent l'une à l’autre et saisissent, un à un, les pucerons pour les porter à la bouche. Quand la nymphe doit se former, la larve s'attache à une tige ou à

COLÉOPTÈRES. 145 une pierre par son tubercule postérieur, qui se colle au moyen d’une sécrétion visqueuse. L’animal se gonfle, se raccourcit; sa peau, fendue le long du dos, se dessèche et reste en manteau sur la nymphe, dont les élytres écartées ressemblent à une fleur flétrie.

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