‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 14 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les abeilles: mères, faux-bourdons, ouvrières. — Éducation des larves, « influence de la nourriture. — Les mélipones, ou abeilles sans aiguil- | lon. — Les bourdons — Parasites de leurs nids. — Abeilles solitaires, perce-bois, maconnes, coupeuses de feuilles et tapissières. — Anthidies. — Guêpes et polistes. — Guèpes solitaires. — Hyménoptères fouisseurs. — Le philanthe apivore. — Le pompile des chemins. — Pélopées. — Fourmis; travaux, soins maternels, combats. — Essaimage des mâles et des femelles. — Ichneumoniens zoophages. — Cynips et galles végétales. — Hyménoptères purte-scies; ravages, perforations.

Si notre intention était de faire connaitre dans “ leurs merveilleux détails l'intelligence et l'instinct, 4 les mœurs et l’industrie des insectes, aucun ordre … dela classe ne nous arrêterait aussi longtemps que 4 les hyménoptères, qui tiennent le premier rang par leurs aptitudes. Nous trouverons, au contraire, une grande uniformité dans l’étude des larves et des nymphes. La majeure partie des hyménoptères ont des larves privées de pattes et demeurant toute leur vie dans le berceau où la mère est venue pondre son œuf. Ces insectes qui, à l’état adulte, sont les plus élevés de leur classe, comme division du travail physiologique et développement de la sensibi-. lité, sont au contraire très-peu avancés en sortant de « Pœuf. Rien ne varie plus que la première demeure,

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ainsi que l'alimentation propre au jeune insecte. Un instinct admirable à guidé la mère dans le choix et la disposition de ces nids, dans leur approvisionnement, et toute la vie de l'adulte est destinée à assurer la conservation d’une postérité que la mère ne connailra jamais, dans la plupart des cas. Les différentes provisions qui serviront à nourrir les larves nous amènent, de la manière la plus naturelle, à classer les objets de notre examen.

Les mets les plus délicats et les plus suaves, puisque les anciens en faisaient le seul aliment des dieux immortels, sont offerts à la progéniture des hyménoptères mellifiques. Le nectar, ou miel des fleurs, mêlé à leur pollen, constitue une gelée parfumée, sorte d’ambroisie, servie à ces enfants débiles, et soignés avec la plus tendre et la plus inquiète sollicitude. Les anciens, qui ne connaissaient pas le sucre, avaient divinisé le miel exquis des habitantes de l'Hymette et de l’Ida. Is savaient qu’il existait dans chaque ruche d’abeilles un individu unique, mais ils le croyaient mâle et le nommaient roi (Bxsnebs, rex); malgré les idées prédominantes de la génération spontanée des abeilles, Aristote avait pressenti sans doute leur reproduction sexuelle ; il semble croire que les faux-bourdons sont des femelles, et les ouvrières des mâles particuliers. C’est Swammerdam qui, le premier, par une anatomie interne, établit la vérité à cet égard. L'individu unique est une mère ou femelle, qui porte à tort le nom de reine, car elle n’exerce pas de commandement ; les faux-bourdons ne sont pas ses soldats, mais ses époux aléatoires ; les ou-

vrières ne sont pas ses sujets, mais de singuliers et indispensables compléments de sa fonction maternelle. En effet, si deux êtres différents sont en général nécessaires, mais suffisants, pour assurer la perpétuité de l'espèce, les insectes nous offrent certains exemples où il en faut un plus grand nombre. Nous avons la manie d’affubler les animaux de nos gouvernements. La ruche n’est ni une monarchie ni une république, c’est une communauté de trois sortes d'individus d’une utilité forcée pour la reproduction, et chez qui tous les instants de l'existence concourent à ce but, avec la plus parfaite concordance harmonique. Les faux-bourdons servent à assurer la fécondité complète de la mère, de telle sorte qu’elle puisse pondre des œufs des deux sexes; mais cette mère, cetle reine imaginaire que ses enfants retiennent souvent captive ou dont ils retardent l’éclosion, est incapable de recueillir sa propre nourriture, de construire la demeure de son innombrable postérité, d’en nourrir les premiers âges. Les ouvrières, ou femelles imparfaites, rempliront ce rôle accessoire de la maternité, Pabeille mère passant uniquement sa vie à pondre. Cette mère est plus allongée et plus grosse que les ouvrières, surtout au moment de la grande ponte. Sa couleur est plus brillante et plus fauve, surtout dans sa jeunesse, car elle vit quatre à cinq ans. Ses paltes sont plus colorées et plus longues que celles des ouvrières, mais sans brosse ni cuilleron pour

récolter le pollen. On la distingue tout de suite en

ce que ses ailes ne dépassent guère le milieu de son abdomen, lorsqu'elles sont couchées sur le dos «

(fig. 493). Un aiguillon, plus fort et plus recourbé que chez les neutres, arme l'extrémité terminale de son corps. La prétendue reine, avec ce glaive redoutable, est très-timide, se cache au moindre danver dans la partie la plus reculée ‘de la ruche, alors que les ouvrières furieuses se pressent à l'entrée et se jettent sur l’agresseur. On peut saisir impunément la reine sans qu'elle sache piquer votre main; une abeïlleétrangère ne craint pas de Pig. 455.

la molester, de lui tirerles ailes Abeille femelle.

et les pattes; singulière har-

monie ! Ce craintif insecte devient un tigre féroce à égard de tous ses pareils. Deux mères ne veulent pas exister ensemble ; elles se poursuivent avec fureur et se lancent adroïtement, entre les jointures des anneaux, le mortel aiguillon. Quand une seule mère, après l’essaimage ou la mort de ses rivales, est restée maîtresse de la ruche, elle se hâte d’aller tuer dans leurs berceaux les mères plus Jeunes encore emprisonnées, de sorte que normalement il ne s’en trouve qu’une seule en activité par ruche. Les mâles ou faux-bourdons sont au nombre d'’environ quinze cents par ruche ; ils sont plus gros et plus longs que les ouvrières, sans organes collecteurs de pollen. Leur couleur est d’un brun noirätre, leurs yeux énormes occupent toute la tête et se rejoignent (fig. 154). Leur abdomen arrondi et poilu à l'extrémité n’a pas d’aiguillon, fait général chez les mâles des hyménoptères. Malgré la grosse tête,

le cerveau de ces mâles est plus petit que celui des neutres ou ouvrières ; aussi sont-ils peu intelligents.

Ils ont des mœurs douces et paisibles, comme il convient

à des êtres désarmés. Ils dorment dans la ruche quand le temps incertain ou le vent ne les invitent pas à la promenat nade. Ils mangent du miel à

À RS leur fantaisie, puis, par les beaux jours de printemps,

se décident à sortir, font autour de la ruche ees évolutions sonores qui leur valent leur nom, car leur bruit en volant est bien plus fort que celui des ouvrières et bien différent, ainsi que leur odeur. Leur vie est limitée forcément, comme nous le ver- Pons, à deux ou trois mois. Les ouvrières varient en nombre de quinze mille à trente mille par ruche, et dix mille pèsent un kilogramme. Elles vivent 5 de douze à dix-huit mois. Elles Fig. 155. voient à grande distance, et leur Abeille ouriéré odorat subtil les guide, à deux ou

trois kilomètres, vers les fleurs préférées. Leurs!

ailes atteignent presque le bout de l'abdomen (fig. 155). On y distingue deux classes d'individus : les pourvoyeuses et nourrices s'occupent de récolter au dehors le miel et le pollen, de nourrir les larves, d'aider à l’éclosion des nymphes, de ventiler la ruche lorsque la température s’y élève trop, en agitant rapidement leurs ailes près de l'entrée, et déterminant ainsi un courant d’air frais, de faire sentinelle

#, 2 Post ls fiate. se

LS

- à la porte pour écarter les ennemis ou jeter le signal

d'alarme auquel répond ce bourdonnement aigu précurseur de la sortie de l’armée. Les autres sont

les cirières où architectes, à abdomen plus long que

celui des précédentes, ressemblant plus à la mère. Elles ramassent entre les anneaux de leur abdomen de minces plaques de cire, produit d’une sécrétion intérieure, la pétrissent et construisent les alvéoles des gâteaux. Selon beaucoup d'apiculteurs, et notamment M. Hamet, la division des fonctions n’est pas absolue. Les jeunes ouvrières sont cirières, les vieilles butineuses. En outre, par Les beaux jours, la plupart vont récolter au dehors; elles construisent beaucoup plus au dedans dans les jours moins

propices. Les architectes font trois sortes de cellu-

À je.

les. Les trois quarts des cellules des gâteaux sont les plus petites. Elles ont une section hexagonale, comme par une géométrie innée chez les abeilles, la figure de l'hexagone régulier étant celle qui permet de remplir une surface donnée du plus grand nombre de compartiments. Ces cellules servent à deux usages. Les unes sont des réserves de miel et sont bouchées par une mince couche de cire formant un couvercle plat; les autres sont employées comme berceaux des larves et des nymphes d’ouvrières, et remplies elles constituent leur couvain. Il en est qui contiennent du pollen, servant à la pâtée des larves. Chaque gâteau olfre deux rangs de cellules se touchant par le fond. D'autres cellules de même forme, un peu plus grandes, sont destinées uniquement au couvain des males. Enfin, sur le bord des gà-

fecaux sont construites d'énormes cellules arron-

178 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 3400 dies, en très-petite quantité, employant de cent à »

cent cinquante fois plus de cire qu’une cellule d'ouvrière. Ce sont les cellules royales, à surface ouillochée de petits trous triangulaires (fig. 156), et où s’élèveront les mères. Les ouvrières, sans avoir vu les œufs que pondra la mère, ont le pressentiment exact des cellules à édifier et varient leur travail selon les époques.

Au milieu du printemps, de mai à juin chez nous, selon la température extérieure, une activité extraordinaire s'empare de la ru-

couvain , et de nombreux

Fig. 156.

Diverses cellules d'abeilles. respirent avec force, par de

che. Elle est remplie de.

mâles sont nés. Les abeilles -

rapides pulsations ; ellesfré-

missent continuellement des ailes, et, en raison de la combustion considérable qui se produit en elles, une chaleur étonnante est dégagée, maintenue, puis accumulée par les parois de la ruche, qui conduisent très-mal la chaleur. Un thermomètre placé dans la ruche peut alors monter de 40° à 45°, et Réaumur a vu parfois la cire des gâteaux couler à demi fondue. C’est aussi, pour les visiteurs de ru-

ches, le moment dangereux. Une véritable fureur :

maternelle à saisi les ouvrières, ces mères imparfaites, qui gardent la progéniture de la mère com: mune ; continuellement de nouveaux défenseurs

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