‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · COR | F · texte numérisé non relu

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espèces, les emmenant captives et en faisant de véritables nourrices sur lieu. Les fourmis sont trèsbatailleuses et pillent parfois les habitations d’autres espèces, les expulsent, les détruisent même. Ainsi dans les serres chaudes du Muséum, il n'existe plus,

- depuis une dizaine d'années, qu'uue seule espèce de

fourmis, la Formica gracilescens, très-agile, poilue, à longues pattes grèles. Elle s’est d'abord montrée dans la serre des orchidées et vient probablement

de la Guyane; elle à détruit toutes les espèces

francaises. Les serres chaudes de Vienne et de Schænbrunn sont envahies par une espèce indienne ; celle d’Helsingfors, par la Formica vividula, étrangère à l'Europe, d’origine inconnue. Dans les maisons de Paris, on trouve une très-petite espèce importée, la Formica Pharaonis, qui s'attaque à tout.

Beaucoup d’hyménoptères, avons-nous vu, ali-

mentent leur larves de proie vivante engourdie,

disposée d'avance auprès d'elles. D’autres, dont les larves sont pareillement carnassières, déposent leurs œufs sous la peau de divers insectes, prineipalement à l’état de larves ou de chenilles. Ces hyménoptères, qui constituent plusieurs grandes familles, sont de véritables protecteurs de Pagriculture. Une continuelle alternance s’opère entre les insectes nuisibles aux végétaux et les parasites intérieurs qui les dévorent. Ces derniers finissent ainsi par anéanlir presque entièrement la race des insectes herbivores, mais alors les carnassiers meu-

rent presque tous de faim, et les insectes nuisibles,

au bout de peu de générations, reparaissent en abondance, donnant ainsi une pâture excessive aux

carnassiers, qui ne tardent pas à prédominer à leur tour. C’est ce qui explique comment les ravages de nos arbres forestiers, de nos vignes, de nos céréales ne se produisent que par intermittences. Tous ces hyménoptères sont dépourvus de Paiguillon. Il s’est transformé en une tarière entourée de deux valves, ou tube destiné à percer la peau des victimes et à pondre l'œuf. Ces tarières peuvent parfois percer nos doigts si nous saisissons ces insectes : la douleur est vive; mais passagtre, car 1l n’y a pas de venin versé dans la piqüre. Les plus grandes espèces appartiennent au groupe des ichneumoniens, dont le nom vient de celui de l’ichneumon, ce carnassier vermiforme, vénéré autrefois par les Égyptiens, et que les anciens croyaient, à tort, pouvoir faire parvenir ses petits dans l’intérieur du corps du erocodile, où ils dévoraient ses entrailles. La plupart des ichneumoniens introduisent leurs œufs sous la peau des chenilles, et celles-ci paraissent marquées de points noirs. Les petites larves sont privées de pattes, avec des yeux rudimentaires etdes mandibules crochues. Elles ont l'instinct de vivre d’abord aux dépens des tissus graisseux, en respectant les organes essentiels de la digestion, de la circulation et de la respiration, qu'elles n’attaquent qu’en dernier. Tantôt elles sortent de la chenille ou de sa chrysalide pour se transformer au dehors ; tantôt elles demeurent sous sa peau desséchée. Elles se filent des petits cocons ovoïdes, en soie blanche, jaune ou brunâtre, parfois ceinturés de bandes brunes. On voit finalement sortir un ou plusieurs hyménoptères au lieu du papillon, et c’est ce qui avait donné l'idée

HYMÉNOPTÈRES. 217 à d'anciens observateurs des insectes de véritables transmutations. Les adultes paraissent se nourrir de nectar des fleurs et de pollen, surtout des ombellifères. On les voit voler au soleil le long des talus, des troncs d'arbres, des murs. Toujours en quête de la proie, 1ls courent en agitant continuellement leurs longues antennes, souvent noires et blanches. La même espèce peut s'attaquer à divers insectes ; elle cherche avant tout de la chair fraiche. Ces adultes répandent parfois des odeurs variées, tantôt fortes et acides, tantôt agréables, de rose ou de tubéreuse.

Lesichneumonsproprement dits ont une tarière courte; ils pondent leurs œufs sous la peau des larves en repliant l’abdomen en avant sous la poitrine et s’appuvant sur leurs pattes. Les pimples, au contraire, ont, chez les femelles, une très-longue tarière qui, avec ses deux appendices latéraux, simule trois soies (fig. 182); aussi

Fig. 182. — Pimple manifestateur femelle.

les anciens observateurs les appelaient Muscæ tripiles. Ces longues tarières permettent aux femelles de piquer les larves au milieu du bois ou dans les nids maternels. L'insecte s’arc-boute avec ses pattes et replie son ventre en dessous. La tarière s'enfonce à angle droit, s’il faut atteindre des larves de capricornes (coléoptères), ou les chenilles de sésies (lépidoptères), au milieu des tiges. Elle se place paallèle au corps, si elle doit se glisser entre l'écorce et le bois. Les ophions

WA sont remarquables par ; leur abdomen amine en faucille (fig. 185). Ils pondent leurs œufs en dehors des chenilles, attachés à leur peau par un pédicule contourné. Les larves qui sortent de l'œuf se mettent aussitôt à ronger leur victime, et leur tête est engagée sous sa peau, alors que Fig. 185.— Ophion obscur, leur ventre est encore

de profil. , à

dans lœuf. II ne sort par

chenille qu'un ou deux sujets de ces grandes espèces. Si la chenille est attaquée par une femelle de braconiens, qui sont de très-petite taille, c’est une nuée de larves qui percent la peau de la victime et se filent à côté une série de petites coques de sote agglomérées (fig. 184); tels sont les amas de petits cocons jaunes du Microgaster glomerator, qui attaque les chenilles du papillon blanc du chou.

Le

Dans les luzernes on trouve souvent les chenilles attaquées par une espèce voisine, le Microgaster perspicuus. Ses petits cocons, filés par les larves

Fig. 184. — Chenilles attaquées par des microgasters.

sorties de la chenille, sont enchevètrés les uns dans les autres et non isolés, comme ceux de l’espèce précédente. Aussi on croirait voir un cocon unique de quelque ver à soie. Comme l’a reconnu le docteur Giraud, ces cocons peuvent être blancs ou jaunes, sans doute selon l'espèce de chenille dontse sont nourries les larves. Quand on fait éclore les cocons des microgasters, on voit sortir, outre les MIClOLAS-

ters bruns, de brillants petits insectes à quatre ailes d’un vert doré: ce sont des chalcidiens, parasites de parasites, qui mangeaient les larves des premiers, toujours dans la chenille, théâtre et victime des combats. M. Giraud a même constaté l'existence de parasites du troisième degré! Ces harmonies admirables maintiennent le balancement des espèces. Une innombrable multitude d’imperceptübles ennemis s’acharnent après les plus minimes insectes; il

en est qui pondent leur œuf dans l'œuf d’un pi-

pillon, suffisant à nourrir leur larve.

De petits hyménoptères, noirs ou fauves, ont, chez les femelles, une tarière cachée dans l’abdomen , tantôt droite, tantôt très-grèle et roulée en spirale (fig. 185). Celles à tarière droite, ou des vrais cynips, piquent les végélaux, et autour de l’œuf naît une excroissance ou galle, par un afflux de séve. Les autres, à tarière effilée, introduisent leurs œufs dans les galles une fois formées et dont leurs larves doivent vivre en parasites. Au centre des galles s’amasse de la fécule, nourriture des larves; peu à peu cette fécule se transforme en matière grasse, nécessaire à la nymphe. L’adulte sort en perçant la galle d’un petit trou circulaire. Ces galles ont des formes parfaitement spécifiques. Elles sont chevelues sur les églantiers (bédéguars); elles forment un gonlement aux tigres de ronce, de chardon. Le chène semble larbre de prédilection des galles. Tantôt et

Fig. 185. — Cynips des baies de chêne, grossi.

ss

selon les espèces de cynips, pareilles à des pommes de moyenne grosseur, elles terminent les rameaux, ou, comme de petites boules vertes et rouges, se groupent sur les feuilles (fig. 186). Des galles modifient les bourgeons et les

développent en forme de pe- Uts artichauts; d’autres, dites en groseilles, se balancent portées sur les chatons ou fleurs du printemps. Les plus curieuses, telles que de grosses truffes dures, s’attachent au chevelu des racines en hi-

Fig. 187.

Cynips aptère femelle et sa larve.

ver, à plusieurs décimètres sous terre. Ilen sort, provenant de larves blanches enroulées, des cynips aptères (apophyllus), semblables

à des fourmis à gros ventre, marchant lentement au pied des chènes sur la terre humide ou sur la neige (fig. 187), en faisant vibrer leur longues antennes. On ne connait encore que des femelles de cette espèce, et cela arrive pour beaucoup de eynips, notamment ceux qui, en Syrie, au nombre d’un: ou plusieurs espèces, font nai-

Fig. 186.

Galles des feuilles de chêne.

tre sur les chênes les noix de galle, riches en tannin,

servant à faire l’encreetlesteintures noires (fig. 188 Les voyageurs qui font le pèlerinage de la terre sainte rapportent, des bords de la mer Morte, les pommes de Sodome, grosses galles pleines de larves et d’une poussière sèche. Quand on recueille les galles, il arrive souvent

Fig. 188.

Noix de gale qu’au lieu des sombres Cynips qu’on

coupée. : ; . ar : s'attend à en voir sortir, apparaissent

de charmants petits insectes, verts ou bleus, à reflet métallique. Ce sont des chalcidiens, famille d'hyménopières que nous avons déjà citée, dont la mère était venue déposer son œuf au milieu de la galle, dans les larves qui y vivent.

Les larves des chalcidiens dévorent celles des eynips ou légitimes propriétaires de la galle et celles de leur commensaux, ou Synergus. De perpétuelles luttes, qui laissent toujours survivre les œuvres du Créateur, agitent ces microscopiques atomes.

Les derniers hyménoptères ont des larves d’un aspect tout nouveau. Elles doivent résider sur les végétaux qu'elles ravagent. Elles ont des pattes multiples pour se déplacer. Les adultes ont été appelés porte-scies, à cause de la tarière des femelles, dentelée en scie pour inciser les végélaux où elles déposent leurs œufs. En outre, l'abdomen ne fait plus la faille de quêpe; au lieu d’une insertion étroite, il s'implante largement sur le thorax. Les tenthrédiniens à l'état de larve vivent sur les feuilles. Ces larves, dites fausses chenilles, simulent au premier aspect des chenilles de papillon; mais leur grosse tête globuleuse, non échancrée, leurs pattes

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abdominales, en nombre généralement supérieur à dix, les en distinguent (fig. 189). La plupart, si on les touche, retroussent et agitent, d’un air menaçant, la partie postérieure de leurs corps.

Elles laissent souvent suinter un liquide d’odeur désagréable. Elles se transforment en nymphes dans des cocons de soie qu'elles se filent.

Elles y demeurent long- \ temps enfermées avant Fig. 189. — Fausse chenille de changer de peau, et eo souvent passént ainsi tout l'hiver. Elles deviennent nymphes et nullement chrysalides, comme on pourrait le croire d’après leur ressemblance avec les chenilles. Ces nymphes,comme celles de tous les hyménoptères, n'ont qu’une mince peau, sur l’insecte parfait, et éclosent prompltement. Nous citerons Fig. 190.

comme exemple le lo- Lophyre du pin, mâle grossi. phyre du pin. Sa Wrve dévore les feuilles des forêts d'arbres verts; le mâle a de belles antennes pectinées (fig. 190).

Les tenthrédiniens ont de petites espèces trèsnuisibles à divers végétaux utiles : ce sont Les cèphes. Plusieurs cèphes ont des larves atlaquant les cé-

réales, le cèphe comprimé se porte sur les pommiers, elc.

Les Sirex percent les bois des arbres verts, et leurs larves vivent à l’intérieur plusieurs années. Assez rares en France, ils sont fréquents dans les

e ss Ÿ No Fig. 191. — Sirex géant, femelle.

forêts de sapins du nord de l’Europe; ils bourdonnent comme des frelons, auxquels ils ressemblent par leurs couleurs jaunes et noires. Une longue tarière droite sort du corps de la femelle. Les larves de ces insectes ont une incroyable force dans laction de leurs mandibules. Après la guerre de Grimée, M. le maréchal Vaillant présenta à PAcadémie des sciences, en 1857, des paquets de cartouches dont les balles coniques de plomb étaient percées par les larves du Sirex juvencus. Le même fait s’est reproduit plus {tard pour des balles de plomb de l'arsenal de Grenoble, perforées par le Sirex gigas (HE TO):

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